María Alonso

C’est une tradition de prendre de nouvelles résolutions pour le nouvel an qui commence : arrêter de fumer, perdre du poids, aller à la gym… Depuis le début de l’année 2012, aujourd’hui sur le point de s’achever, les Espagnols de la classe moyenne ont été obligés de subir de nombreuses résolutions drastiques : dégradation de la justice, perte des droits sanitaires les plus élémentaires, disparition d’un système universitaire égalitaire…

D’après les enquêtes du Centre de Recherche Sociologique (CIS) parues en 2012, les problèmes les plus graves auxquels font face les Espagnols sont : le chômage, la situation économique et les conflits au sein de la classe politique. Cette dernière interpelle plus particulièrement l’opinion publique pour la première fois depuis le début de la période démocratique : 73,2 % des Espagnols pensent que la situation politique est « mauvaise » ou « très mauvaise ». Pourquoi la population se sent-elle tellement concernée par les affaires politiques ? Transparency International, dans son rapport annuel sur la perception de la corruption dans le monde, place l’Espagne au 30e rang (la France y occupe le 22e rang). Sur le terrain, la réalité parle d’elle-même.

L’affaire « ERE » a mis la corde au cou du PSOE (principal parti d’opposition). Cette affaire commença par la découverte d’un millionième détournement de l’argent public par le gouvernement de l’Andalousie, pour lequel est accusé l’ancien directeur du Travail, Francisco Javier Guerrero, ainsi que ses successeurs dans le bureau, Daniel Alberto Rivera et Juan Marquez. Le procès éclata quand il a été révélé que certains fonds détournés ont été dépensés en « drogues, petits [et gros] plaisirs et en fêtes », selon le résumé du journal Público.

Mais le PSOE n’est pas le seul parti plongé dans des affaires louches. Depuis 2009, la justice espagnole enquête sur le présumé pillage des ressources de l’institution publique « Palau de la Música » par la fondation Trias Fargas, du parti politique Convergence Démocratique de Catalogne (CDC). Cette fondation est également proche du parti catalan Convergència i Unió. Les principaux accusés sont l’ancien trésorier du CDC, Daniel Osàcar, et le président du Palau, Fèlix Millet, ainsi que son adjoint, Jordi Montull.

Mais ce sont surtout les membres du PP (parti au pouvoir) qui cumulent les scandales judiciaires. En 2008, s’est ouverte une enquête pour détournement de fonds publics (62 millions d’euros), et faux témoignages, connue comme l’affaire « Palma Arena ». Le principal accusé, le président du gouvernement des Iles Baléares, Jaume Matas (PP), a été condamné à six ans de prison le 20 mars. Matas a aussi été accusé du détournement de 2,3 millions d’euros à la suite de l’affaire « Noos », qui impute Iñaki Urdangarín, beau-fils du roi Juan Carlos I, de délits de corruption. Il est accusé d’avoir détourné plus de 16 millions d’euros des caisses de l’État avec son partenaire, Diego Torres, pendant neuf ans à Valence. Ville bien connue pour les affaires de corruption, c’est notamment là-bas qu’a eu lieu l’affaire « Gürtel », qui a impliqué certains hauts responsables du gouvernement régional (PP). Paradoxalement, ce processus judiciaire a fini par déposséder le juge Garzón de ses pouvoirs pour avoir ordonné d’enregistrer des conversations entre les principaux inculpés de l’affaire et leurs avocats pendant leur détention.

Cette « condamnation » du justicier espagnol, dont la reconnaissance nationale et internationale n’est plus à prouver, a fait sortir dans les rues des milliers de personnes qui ont exigé la révocation de la sentence qui interdit à Garzon l’exercice du métier de juge pendant les onze années à venir.Mais la condamnation du juge Garzon n’a pas été la seule cause de mobilisation. 44 manifestations citoyennes de protestation ont eu lieu lors du premier trimestre de l’année 2012, bien que l’Espagne n’aie pas, à l’instar de la France, par exemple, une longue tradition de descendre dans la rue pour manifester. Mais les coupes budgétaires drastiques ont poussé la population à lutter pour défendre leurs acquis sociaux.

De janvier à avril, des millions de personnes sont descendues dans les rues des principales villes du pays pour demander l’abrogation de la réforme du travail, la fin des coupes budgétaires (et leur répartition inégalitaire car soulignons que ces restrictions ne touchent pas beaucoup l’Église ou la monarchie), la fin du processus de privatisation de l’assurance maladie, les coupes en éducation publique, la montée des impôts… Ces manifestations populaires ont parfois été violemment réprimées par la police anti-émeutes, comme par exemple à Valence, où des lycéennes ont été abattues par la police, événement tragique qui a initié le début du « printemps valencien ». Ces expressions ponctuelles reflètent le malaise social ambiant  qui règne en Espagne. Le 29 mars, a même eu lieu la première grève générale de l’année.

Les Espagnols se demandent désormais comment il est possible de nier les relations entre les affaires de corruption omniprésentes dans la classe politique et l’enlisement du pays dans la crise ?

Beatriz Alonso

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