Aujourd’hui (samedi), j’avais un brin d’espoir. Bon, c’est vrai, il était mince. Je savais que les modifications ne seraient pas grandes. Mais de l’espoir, j’en avais assez pour me jeter sur le nouvel horaire des CFF à la façon de la fashionista qui découvre les collections printemps-été. Oui, sauf que moi, j’ai vite compris que je n’aurais rien à me mettre sous la dent. Pas une once de poil de changement. L’espoir ? Aux oubliettes. Car j’ai beau pointer mon doigt, je ne le vois pas. Quoi ? Eh bien, ce dernier train. Celui qui me permettrait de rentrer un peu plus tard que Cendrillon, de finir mes verres et mes conversations, de ne pas avoir à partir avant le début de la soirée, de ne pas avoir à payer vingt balles (13 euros) de parking et refuser toute boisson alcoolisée.

Encore une fois, ce train de nuit, il me passe sous le nez et stoppe toujours net à Cossonay (commune du canton de Vaud dans la banlieue de Lausanne, ndlr). D’accord, je l’admets, Chavornay, c’est un peu paumé et Andreas Meyer, le patron des CFF, ne va sûrement pas y passer ses vacances d’été. Pourtant, au bout de la ligne, il y a Yverdon et c’est tout de même la deuxième ville du canton. Et là-bas, en plus, je suis sûre qu’il y est déjà passé, le grand patron. Alors, tout en croquant rageusement dans mon Ragusa, il me vient une pensée pour toutes ces localités oubliées, tous ces voyageurs brimés et j’ai tout à coup un goût amer dans la bouche.

C’est que j’avale de travers en pensant à Andreas Meyer. Sûr, lui, qu’avec sa paie annuelle de 700 000 francs (445 000 euros), il utilise plus le TGV que les régios (TER) débraillés et s’il veut rentrer après minuit, eh bien, Andy, il prend un taxi. Faudrait qu’il m’accompagne lors ma prochaine soirée. Histoire qu’il prenne conscience qu’il est nécessaire d’avoir plus de trains de nuit… Car on n’a pas tous le même train de vie.

Laureline Duvillard (Lausanne Bondy Blog)

Laureline Duvillard

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