Il a le regard de ceux qui n’ont pas vu la lumière du jour pendant des lustres. Le visage émacié de ceux qui ont soif de justice. Et pourtant il sourit. Remercie les gens d’être venus. De l’avoir soutenu. Celui qui, jusqu’en décembre dernier n’était qu’un portrait-photo-fantôme absent des médias, ne faisant pas le poids face aux portraits géants de son presque alter-ego israélien Gilad Shalit, est bien là.

Arrêté en mars 2005 à l’âge de 20 ans, il est accusé, sans preuve, d’avoir eu l’intention d’assassiner Ovadia Yossef, ancien grand rabbin d’Israël  et accessoirement chef de file spirituel du Shass, parti religieux ultra-orthodoxe d’extrême-droite. Salah Hamouri, étudiant en sociologie de son état avant son arrestation, est aussi soupçonné d’appartenir à une mouvance réputée proche du parti historique du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine). Sans preuve là aussi.  « Le tribunal qui a jugé Salah n’est pas un tribunal classique mais un tribunal militaire. Un tribunal d’occupation non conforme au droit international, précise Jean-Claude Lefort soutien de la première heure de Salah Hamouri et président de l’Association France Palestine Solidarité, aucun fait ne lui a été reproché. Le délit d’intention est en théorie puni de 5 ans d’emprisonnement, on lui en a mis 7 « parce qu’il était jeune » selon le tribunal militaire. »

Libéré le 18 décembre 2011 après “6 ans, 9 mois et 15 jours” dans les geôles israéliennes, Salah Hamouri revient de loin. “Salah n’a commis aucun acte. Pour le faire sortir, nous avions deux murs face à nous : l’État israélien et le gouvernement français. Nicolas Sarkozy avait pourtant affirmé durant sa campagne présidentielle de 2007 qu’il irait au secours de tous les Français. Il a refusé de recevoir la famille de Salah” raconte, dépité, l’ancien député du Val-de-Marne Jean-Claude Lefort.

Une campagne de parrainage pour les 4 600 prisonniers politiques palestiniens

Pudique, presque avec retenue, Salah Hamouri ne s’étend pas sur ses conditions de détention à lui. Il préfère parler des autres détenus qu’il a côtoyés des années durant, encore retenus captifs aujourd’hui, survivant parfois à huit par cellule : « Des hommes, des femmes, des enfants qui ne voient la lumière du jour que trop peu souvent. Des personnes malades, handicapées sont enfermées dans des conditions d’un autre âge. Certains sont entre la vie et la mort.  Ce sont des faits méconnus au niveau international. » Il parle furtivement des interrogatoires interminables et des tortures psychologiques subis à ses débuts d’enfermement, à ses 20 ans. Mais il relativise, « même si elles étaient très limités, j’avais tout de même droit à quelques rares visites de ma famille, ce qui n’est pas le cas de tous les prisonniers. Certains n’ont jamais eu droit à aucune visite de l’extérieur. » Traitement de défaveur qui détruit psychologiquement les détenus et leurs familles.

C’est pour contrebalancer cette privation avec l’extérieur que  l’Association France Palestine Solidarité lance une opération de parrainage de prisonniers politiques palestiniens. Chaque parrain s’engageant à envoyer mensuellement un courrier à un prisonnier-filleul. Une opération pacifique et active “comme la mer qui finit par faire tomber les falaises. Cette mer des peuples va faire en sorte de submerger les prisons israéliennes, un acte très simple mais hautement symbolique” pour Jean-Claude Lefort. “Une bouffée d’oxygène, ajoute Salah Hamouri,  pour les prisonniers, recevoir un courrier c’est respirer un peu”.

Insatiable, Salah Hamouri, aujourd’hui âgé de 27 ans, est boulimique de liberté. Tellement qu’il ne s’arrête pas de fendre les quatre coins de la France depuis sa remise en liberté. “Pour remercier les personnes qui se sont mobilisées durant ma détention. Mais aussi pour parler des 4 600 prisonniers politiques encore détenus en Israël aujourd’hui”, lance-t-il. Avec Jean-Claude Lefort,  ils ont parcouru des milliers de kilomètres. La veille, ils étaient à Strasbourg, au Parlement européen. Les jours suivants, après avoir fait un crochet à La Courneuve pour la Fête de l’Huma à laquelle l’ex-détenu était invité d’honneur cette année, ils se sont rendus à Angers, Montpellier, Perpignan… « On a déjà fait plus de 500 réunions » précise son comparse Lefort. Salah Hamouri profite de ces derniers jours de septembre pour rencontrer un maximum de citoyens français, avant de retourner à Jérusalem-Est. Ses professeurs lui ont donné une dérogation d’un mois. Dans quelques jours, les cours de droit reprendront à l’université pour celui qui veut devenir avocat.
Hanane Kaddour

Publié le 19 septembre 2012

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