Un endroit exilé, dans la banlieue sud de Madrid, entouré par la voie ferrée et la route nationale 401 qui mène à Tolède ; ce coin, c’est Getafe. La ville est connue des fans de football, son équipe de football s’est propulsée en finale de la Coupe d’Espagne à plusieurs reprises. Néanmoins, ce quartier reste dans l’ombre de sa grande voisine, Madrid.

Comme en région Parisienne, toutes les banlieues ne se ressemblent pas. Chaque ville possède ses beaux quartiers et ses cités. À Getafe, existe une zone qui avait été coupée du reste par les voies ferrées, Alhóndiga. Aujourd’hui, malgré le désenclavement du quartier, quelque chose de spécial survit.

Alhóndiga signifie « auberge » en espagnol : dans les années soixante le quartier offrait des logements aux gens qui quittaient les petites villages, les pueblos, pour venir tenter leur chance dans la capitale. Quarante ans plus tard, les habitants ont changé. Se sont désormais des immigrés qui ont put s’installer là où d’anciens habitants, plus chanceux, ont laissé un logement vacant. La Alhóndiga est resté un quartier populaire. Alhóndiga désigne aussi un « grenier à blé », mais actuellement, ce que le quartier accumule c’est chômage, le manque de ressources, l’absentéisme scolaire. Mais la vie dans le quartier c’est aussi et surtout de la solidarité et de l’entre aide entre voisins.

Le quartier n’a pas échappé à la crise qui frappe durement le pays (l’Espagne compte actuellement plus de 4 millions de chômeurs, soit près de 20% de la population active). Un nombre incalculable de personnes sont arrivées du jour au lendemain. Il semblait il y avoir du travail pour tout le monde. Maintenant dans le quartier, on peut voir des pères promenant leurs enfants dans des poussettes tandis que les mères travaillent d’arrache-pied : on a toujours besoin de femme de ménage, mais pas toujours de main d’oeuvre dans la construction ; secteur qui avait donné beaucoup d’emplois auparavant.

Beaucoup des familles – aussi bien espagnoles qu’immigrées – ont du mal à tenir jusqu’à la fin du mois. La plupart se tournent vers les organismes sociaux, où on leur propose nourriture et aides pour payer le loyer ou les médicaments, bien que les consultations soient gratuites, certains médicaments restent à la charge des patients. Alors, chacun aide comme il peut. A l’instar de l’association de professeurs bénévoles qui offre des cours d’espagnol aux migrants. Plus on maîtrise la langue, plus les chances de trouver un emploi sont importantes.

La Alhóndiga est un quartier jeune. La moitié de la population a entre, trente et trente cinq ans. Beaucoup d’enfants sont scolarisés dans les écoles du quartier, la moitié d’entre eux sont issus de l’immigration : Équatoriens, Roumains, Bulgares, Colombiens, Polonais, Péruviens, Chinois, Brésiliens, cohabitent, sans pour autant se mélanger.

Clara a travaillé comme professeur d’anglais dans une de ces écoles. Elle se souvient quand ses élèves colombiens lui racontaient qu’ils lançaient des pierres sur les enfants maghrébins.« Le problème, dit-elle, c’est qu’il n’ont pas d’endroit où aller, il n’existe pas d’associations qui proposent une alternative aux adolescents et aux enfants ». En jetant simplement un coup d’œil sur une des places de La Alhóndiga : on voit des gens en train de zoner, les mêmes, regardant le temps et leurs espoirs s’envoler.

Le niveau dans les écoles est très bas. « Les élèves arrivent au lycée avec de grandes faiblesses. Une fois l’école terminée, peu d’entre eux accèdent aux études supérieures », ajoute Clara. Les statistiques sont claires : il y a 40% d’absentéisme. « Il existe, poursuit-elle, un énorme problème de motivation et de laisser-aller. On compte sur les psychologues et les enseignants, mais cela ne suffit pas ». La Alhóndiga a besoin d’être vu et écouté. Ses habitants ne peuvent pas se permettre le luxe de tomber dans l’oubli. Chacun s’exprime à sa manière. Clara apprend à ses élèves qu’avec une bonne éducation, personne ne pourra leur enlever leur dignité. Pour d’autre parler n’est pas suffisant. Un enfant du quartier, le rappeur Eloy – dans la vidéo ci-dessous – a lui besoin de crier ses désirs et ses espoirs, de chanter son envie d’avancer, « en construisant un quartier » meilleur.

Beatriz Alonso

Photo: Maria Alonso

Vidéo du rappeur Eloy, quartier d’Alhóndiga, sud de Madrid

Beatriz Alonso

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