IMG_20150424_203921Il est 20 heures quand débute le rassemblement. Une cinquantaine de personnes se sont données rendez-vous. Au pied de la mairie de Saint-Denis, des bougies sont posées à terre pour former un cercle. Plusieurs manifestants se relayaient pour les rallumer, mais elles s’éteignent au bout de quelques minutes à cause d’un vent frais qui a surpris tout le monde. Une minute de silence a été demandée. A ce rassemblement, des associations telles que : la Cimade, la coordination 93 de lutte pour les sans-papiers  et d’autres organismes ont fait le déplacement. Parmis les manifestants, des citoyens lambda, des sans-papiers et quelques politiques comme l’ancien mairie d’Aubervilliers  Jacques Salvator (PS) et Yveline Yonnet sénatrice (PS) de la Seine-Saint-Denis (remplaçante de Claude Dillain) venus soutenir le mouvement. Durant deux heures, différents intervenants ont pris la parole pour exprimer leur tristesse et leur colère sur cette effroyable catastrophe humaine qui a beaucoup touché l’ensemble des personnes présentes hier soir.
Des sympathisants de sans-papiers du collectif de « coordination 93 de lutte pour les sans-papiers » ont souhaité lire aux manifestants leur lettre pour exprimer leur  solidarité : « Ce soir, nous sommes en colère. Nous pleurons 800 morts ensevelis dans le cimetière qu’est devenue la Méditerranée. Comme nous, ils avaient rêvé d’un avenir nouveau dans une « Europe de la liberté », des droits de l’Homme comme ils le disaient. Comme nous, ils ont voulu quitter leur pays pour fuir une guerre, la misère, fuir les violences qui meurtrissent nos corps, afin de pouvoir donner une vie meilleure à nos enfants, nous soigner ou vivre autrement tout simplement ».
Une femme, sans-papiers, poursuit la lecture : « Vous nous demandez pourquoi nous sommes si nombreux à vouloir quitter notre pays. C’est simple : depuis des décennies et aujourd’hui encore l’Europe et l’Occident pillent nos richesses, nos terres, nos frères et sœurs en toute impunité avec l’accord de nos dirigeants ». Un autre sans-papiers s’exprime à son tour : « Nous sommes là pour dénoncer l’Europe qui construit des murs, celle qui collabore avec nos Etats pour nous laisser mourir sur les routes de l’exil. Cette Europe nous insulte encore une fois en faisant semblant de s’indigner, de pleurer nos morts en faisant toute la responsabilité sur les passeurs et les réseaux mafieux alors que c’est sa politique qui nous oblige à risquer notre vie ».
IMG_20150424_203921Dans le public, des personnes distribuent des mini-pancartes afin que ceux qui le souhaite, écrive un petit mot à leur tour qui sera accroché sur un panneau bleu mis à leur disposition. On pouvait y lire : « fraternité entre les peuples, tous ensemble pour la régularisation des sans-papiers» ou encore «abrogation de la loi frontex ». Marie Martin, chargée de programme sur l’immigration et l’asile pour une organisation le réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme évoque la campagne « Frontexit » que son association et 18 autres organismes situés en Europe, au Maghreb et en Afrique de l’Ouest participent. Elle lit ce qui est inscrit sur sa pancarte qui fait référence à cette campagne de sensibilisation : « L’Europe en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente ». Elle explique cette démarche : « Avec cette campagne, on souhaite dénoncer les violations des droits des migrants et des réfugiés. On a pris comme exemple FRONTEX qui est l’agence de l’union européenne des frontières extérieures à l’union européenne. Nous nous considérons que l’Europe est en guerre car elle déploie des moyens quasi militaire, en l’occurrence des bateaux des hélicoptères et ce sont des gens qui ont le droit d’utiliser la force éventuellement si nécessaire car ce sont des gardes-frontières. Donc, le but de ces gardes-frontières est de surveiller et de contrôler les frontières en interceptant le migrant qui tente de franchir une frontière européenne non autorisée. Nous on considère que tout le monde pourrait rentrer car ils peuvent avoir besoin de la protection au niveau internationale ou peuvent avoir besoin ou envie d’être sur le territoire européen. Les empêcher de venir par le biais de moyens quasi militaires de plus en plus sophistiqués par la coopération des Etats d’origines en plus et bien cela provoque des routes de plus en plus dangereuses. Puis que le migrant et le réfugié sont obligés de contourner ces contrôlent-là. Nous nous dénonçons le coté extrêmement grave des violations des droits car quand FRONTEX intervient, ça ne se fait pas toujours dans les règles de l’art et donc les droits de ces personnes ne sont pas respectées. Et en plus, cela caricature les flux dis « illégaux » car nous disons que ces gens ne sont pas illégaux. Le cœur du problème est que les gens ne peuvent pas circuler librement et si tout le monde avait accès à la liberté et au droit de circuler nous aurions pas ce genre de problème ».
Gilbert est un manifestant qui lutte depuis plus de 15 ans pour les droits des sans-papiers. Avec sa pancarte, il dénonce le manque d’initiative de la France qui est sous la coupelle de l’Europe : « la République française est sous le dictat de Bruxelles, à bas l’Europe des naufrageurs ». D’ailleurs, un sommet européen s’est réunis à Bruxelles ce jeudi et n’a formulé aucune proposition en termes d’accueil des migrants. Dix propositions ont été faites concernant notamment le renforcement des opérations de contrôle et de sauvetage (Triton et Poséidon mises en œuvres par Frontex pour augmenter le champ d’actions territoriales des pays l’UE), configuration et destruction des embarcations ou encore un programme pour les renvois rapides.
IMG_20150424_200408Sidy président de l’association « intégration 21 » est venu dénoncer cette politique migratoire européenne : «  Cette politique consiste a ériger des barrières meurtrières au niveau des frontières terrestres et maritimes. C’est devenu tellement banal, les morts se répètent chaque jour. Ces morts passent parfois même inaperçu, mais pas pour nous car ce sont nos parents, nos frères et sœurs qui se sont fait tués et ils ne sont pas morts de causes naturelles. Et qu’est-ce qui fait que ces migrants quittent leurs pays d’origine pour venir en Europe ? Ce n’est pas par choix délibéré, mais nous, nous en sommes contraint et l’Europe le sait très bien. Ce sont des pays comme la France qui ont créé dans certains pays des conditions de guerre et c’est pour cette raison que les gens quittent une zone de conflit pour sauver leurs vies. Pourquoi créer une guerre dans un pays qui est en paix ? Juste pour assouvir ses besoins économiques. Et quand ces pays sont en guerre, les gens veulent fuir et bien on les en empêche, ce n’est donc pas normal ».
Depuis le début de l’année 2015, 1700 réfugiés et migrants sont décédés ou ont disparu en mer. Une situation que dénoncent de nombreuses associations depuis des années ; ces naufrages de bateaux perdurent sans que les dirigeants européens s’attaquent réellement à la source du problème pour empêcher les passeurs de continuer leur trafic. Des associations demandent que l’article 13 du droit universel sur la libre circulation soit respectée pour l’ensemble des individus. Cette loi stipule que : « toutes personnes a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un état. Toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien et de revenir dans son pays d’origine ». Ces associations demandent également que des moyens soient mises en place pour accueillir ces réfugiés et migrants dans les meilleures conditions afin de leur permettre de construire une vie meilleure sur le territoire européen. Amnesty international fait circuler une pétition qui s’adresse aux Gouvernements de l’Union Européenne afin que la Méditerranée ne devienne pas un cimetière.
 
Hana Ferroudj
 
 

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