Un soir de février 2010, Khalid, Ahmed et votre serviteur discutons dans ma magnifique voiture peinte d’un tonique vert « Heineken ». Entre deux gorgées, Khalid nous parle de son frère, parti s’installer avec sa femme à Bolton, en Angleterre. Il y donne des cours dans une madrassa, une école religieuse où les élèves apprennent à lire le Coran et reçoivent des cours sur les sciences du hadith (compilation regroupant les conseils, sagesses, gestes et mises en garde du prophète Mohamed). L’Angleterre, pour nombres de musulmans français, c’est « the place to be ». Ça le sera peut-être moins depuis que le premier ministre britannique David Cameron a déclaré que le « multiculturalisme » était une « échec ».

Sur un coup de tête, nous décidons de prendre nos billets d’avion et de partir illico à Bolton pour aller voir de nos propres yeux ce qu’il en était. En arrivant, nous découvrons la gastronomie made in UK, réputée pour sa mixité audacieuse : une pizza, par-dessus des frites arrosées de ketchup et de sauce à l’ail… Le pire c’est que c’est bon quand t’as rien bouffé durant un voyage low cost.

Bolton est une ville typique d’Angleterre. Des briques rouges partout. Les maisons, les boutiques et mêmes les mosquées ! A l’image de la grande mosquée de la ville avec son immense minaret. Bouh ! L’immense minaret qui fait si peur, avec tout plein de musulmans à l’intérieur. Cette mosquée comme nombre d’autres lieux de cultes musulmans est gérée par la communauté indienne qui est omniprésente à Bolton et de tendance tabligh pour une grande part d’après ce que j’ai pu voir. Le mouvement tabligh a vu le jour en Inde, cette mouvance musulmane se base sur un effort personnel s’appuyant sur le prêche et la maîtrise de son égo.

Une maitrise de l’égo qui n’empêche pas des fidèles de s’afficher en berlines et 4×4 de grand standing, garés sur le vaste parking de la mosquée. Si on peut mesurer la condition d’un peuple à travers son automobile, je dirais tout en prenant des pincettes que les Indiens de Bolton ne sont pas à plaindre. En comparaison, le parking de la mosquée de Bagnolet est rempli de Clio 2 et autres 206. Je ne vous parle pas de celui de la mosquée d’Aubervilliers…

On nous conseille très vite d’aller faire un tour du côté de l’Université de Bolton qui dispose d’une « chaplaincy » qui sert à la fois de « quiet room » pour les chrétiens et de « prayer room » pour les musulmans. On trouve le même genre de locaux à l’aéroport de Liverpool et dans un centre commercial de Manchester, dans le genre tout en un : une salle pas plus grande qu’un studio, un crucifix accroché au mur, une flèche plus loin indique la direction de La Mecque, une autre celle de Jérusalem, une petite bibliothèque avec la Bible, le Coran, la Thora et de courtes publications pour chaque culte. Pour être francs, les seuls fidèles que nous avons vus dans la salle de prière de l’Université de Bolton étaient musulmans. Pour info, la tête du Christ n’a pas été délogée au C4 et il n’y avait pas de croix gammées vertes autour de la flèche indiquant Jérusalem pour les juifs.

J’ouvre une parenthèse : chose que beaucoup ignorent et qui est passé dans les oubliettes de la législation française, des circulaires de 1962 et 1988 autorisent les chefs d’établissements de l’enseignement public à mettre à disposition des élèves un lieu de culte sur simple demande. Parenthèse fermée. Je vous propose sans plus tarder d’aller jeter un œil sur ce reportage qui présente comment, en Angleterre, le religieux trouve sa place dans un établissement public comme l’Université de Bolton. C’est un chrétien, le révérend Phil Edwards, qui est chargé de l’organisation du lieu de culte.

Aladine Zaïane

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