Lors de la Saint-Sylvestre, ils n’ont pas fermé l’œil de la nuit. Ils n’ont pourtant pas attendu les douze coups de minuit pour passer le cap de l’an 2008. Il fallait se coucher tôt car pour eux, la fête avait lieu le lendemain, le 1er janvier… au matin. Rendez-vous à 9h45 à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, Terminal 1, porte 22. Tous sont venus accueillir les pèlerins musulmans qui ont accompli le cinquième pilier de l’Islam, le Hajj, dans la ville natale du prophète Mohamed.

Comme eux, deux millions de musulmans du monde entier s’y sont rendus cette année, toutes nationalités et ethnies confondues. Un voyage que tout musulman à la foi irréprochable se doit de faire, à condition que ses moyens financiers et son état de santé le permettent.

De bon matin, une ambiance inhabituelle règne. Le départ vers la ville saoudienne de Médine avait eu lieu un mois plus tôt, début décembre, dans l’émotion la plus complète. Car pour la plupart, c’était la première fois qu’ils voyaient leurs parents partir en voyage – d’autant plus risqué qu’il constitue la manifestation humaine la plus importante au monde – ou qu’ils se séparaient d’eux.

Sur les panneaux d’affichage, le vol en provenance de Djeddah, en Arabie Saoudite, est retardé de trente-cinq minutes. « C’est pas grave, on a attendu un mois, on va bien pouvoir patienter quelques minutes », dit une jeune fille à sa voisine. Ils patienteront finalement quelques heures dans un hall d’aéroport bondé. En attendant, une femme avec un plateau de dattes entre les mains propose un fruit à un CRS présent pour maintenir la sécurité.

Enfin ! Les premiers pèlerins libérés par la douane tentent tant bien que mal de se frayer un passage dans le couloir rempli par la foule, en poussant leur chariot à bagages. Les regards sont scrutateurs et impatients, les cous se tordent. C’est sur la pointe des pieds que les plus petits essaient de voir si c’est un des leurs qui est sorti. Enfants, petits-enfants, frères et sœurs, neveux, nièces, les familles se sont déplacées en masse ; parfois par groupe de quarante personnes.

Durant un mois, ils ont accompli le voyage qui les a purifiés des péchés de toute une vie. C’est pourquoi hommes et femmes sont tout de blanc vêtus. Si la majorité d’entre eux sont à un âge avancé, quelques jeunes ont également pris part au voyage. Il y a même un jeune couple avec deux petits enfants ! Une dame, toute surprise, demande d’ailleurs si « eux aussi ont été à La Mecque ? », le regard tourné vers les bébés dans leurs couffins.

Comme le veut la tradition arabo-musulmane, les arrivants de la ville sainte sont accueillis avec des dattes et un verre de lait qu’ils boivent pour faire en sorte que le voyage de leur vie soit le plus exquis. Enfin, si le CRS n’a pas tout mangé…

Hanane Kaddour

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