Dans cette ville multiculturelle qu’est Cracovie, un incident a marqué les Polonais. Au point de d’éveiller une vague de médiatisation et de débats qui a ravivé les opinions progressistes ou conservatrices des citoyens. Il s’agit d’un lynchage. Physique et verbal. Le genre d’agression qui montre avec violence que le mariage n’est vraiment pas pour tous en Europe.
Le soir du 3 octobre 2015, Hubert et Daniel rentrent d’une pendaison crémaillère à côté de la rue Florienska. Ils ne sont qu’à trente mètres de chez eux quand Hubert décide d’acheter des cigarettes. Il se rend dans une boutique de nuit en face de leur domicile. Rien ne laissait présager que l’un des jeunes hommes finirait le visage tuméfié, avec un nez cassé. Pendant que son compagnon fait sa course, Daniel fume tranquillement une cigarette dehors. Comme le vendeur n’a pas de monnaie, Hubert sort en chercher auprès de Daniel. Il s’adresse alors affectueusement à lui, « mon cher, est-ce que tu as de la monnaie? »
C’est là que tout dérape. Devant le magasin, deux hommes se sont rapprochés et les interpellent, « pourquoi appelle-tu ton ami « Mon cher »?». « On leurs a répondu que nous étions comme deux mecs normaux», s’indigne Hubert. Nous lui demandons si leurs agresseurs étaient en état d’ébriété. « Nous ne pouvons pas l’assurer, mais ils n’avaient pas l’air bourré » précise-il. « Ils nous ont insultés avant de nous demander « Vous êtes pédés ?« ». Essayant d’éviter le conflit, Daniel leurs répond calmement, « oui, si pour toi un pédé ça veut dire qu’on est ensemble alors en effet, nous sommes en couple ». Le harcèlement s’intensifie un peu plus, l’un des agresseurs demande de façon virulente s’ils aiment « s’enculer »  entre eux. Daniel nous regarde, troublé, et murmure dignement, « j’ai réussi à rester calme, Hubert a réussi à apaiser un peu la situation parce que j’ai vu qu’ils essayaient de nous pousser à bout, du coup j’ai pris son bras et lui ai dit que nous rentrions à la maison ».
 « Vous devriez être morts »
Dans la foulée, le couple a seulement eu le temps de traverser la rue lorsque les insultes pleuvent de plus belle. Daniel ne comprend pas cette escalade de violence, « quand j’ai tourné la tête, j’ai immédiatement reçu le premier coup dans le visage. Nous avions juste à traverser la rue pour être à la maison, en sécurité ». Son compagnon, en colère poursuit, « celui qui a demandé si on aimaient s’enculer a commencé à tabasser Daniel ! ». La haine des inconnus explose, « vous n’avez pas le droit de vivre ni d’exister ! Vous devriez être morts ! ». Les deux jeunes hommes qui ont réussi à se défendre face au premier attaquant et se retrouvent en difficulté face au second. Entre deux salves de coups, Daniel a réussi à prendre son téléphone pour essayer d’appeler la police. A cause du corps à corps avec les agresseurs, il est dans l’incapacité de parler distinctement dans le combiné. Le tenant maladroitement, il parvient à articuler dans le micro sa localisation et dit qu’ils ont été attaqués. Hubert continue le récit, « ils ont commencé à courir, comme des lâches, quand ils ont entendu Daniel donner l’adresse. La police allait arriver ».
13161448_1181538025211512_1200557573_oMalgré ses blessures, Daniel essaye de suivre ses agresseurs pour informer les forces de l’ordre de leur fuite. « Je n’ai pas senti la douleur des coups à cause du choc émotionnel, j’ai passé quatre heures à l’hôpital. Après les radios, nous avons su que le nez était cassé mais n’avait pas bougé donc il a été réparé facilement ». Personne dans la rue ne leur a prêté assistance. « Le vendeur qui pourtant était dehors n’a pas régit, il n’a rien fait. » Pendant ce temps, Hubert ramasse les effets personnels dispersés dans la rue lors de l’affrontement.  Quand les fuyards se sont rendus compte que Daniel les suivait, ils se sont réfugiés et ont disparu dans un patio, dans une rue perpendiculaire, à côté d’une école.
Un commissariat désert
La police n’étant pas présente sur les lieux de l’agression, Daniel a rappelé les forces de l’ordre et une opératrice leur a recommandé d’aller au commissariat. Surprise, arrivé là-bas, le blessé tombe sur un lieu fantomatique, désert, sans personne pour l’accueillir. N’ayant aucune lumière, il appuye sur un interrupteur  pensant appeler un policier, mais il tellement sonné par les événements, qu’il ne parvient qu’à activer la lumière. En attendant qu’un officier vienne, pour patienter, il a filmé les lieux puis est allé fumer une cigarette dehors. Il a pu finalement faire sa déposition. Ses assaillants ont été arrêtés le 10 décembre et encourent jusqu’à trois ans de prison pour coups et blessures. L’homophobie ne constitue pas un facteur aggravant dans le code pénal polonais.
Cette vidéo de Daniel a été extrêmement médiatisée en Pologne. Le couple a reçu beaucoup de soutien des communautés homosexuelles au sein du pays comme à l’étranger. Depuis cette nuit du 3 octobre, un grand tapage médiatique a vu le jour et a permis de lever un voile sur l’homophobie. Hubert et Daniel sont très engagés dans l’association LGBT. Cette dernière depuis l’arrivée de Pis ne reçoit plus de subvention. Les perspectives de PACS envisagées par le gouvernement précédent sont désormais anéanties par l’accession de Pis au pouvoir. Ce dernier souhaite comme l’Eglise polonaise, abroger la loi sur l’avortement. En réaction aux restrictions démocratiques,le couple a manifesté contre l’Etat, avec le Comité de la défense de la démocratie, KOD, aux côtés de la population. Le 9 avril, le couple a participé à une mobilisation pour le PACS «popieram zwiazki» et les droits de homosexuels sur le marché de Cracovie.
Victoire Chevreul

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