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IMMERSION EN ISRAËL 2/7. Lloyd est allé faire un tour dans la « petite Érythrée de Tel-Aviv », où quelques 50 000 travailleurs immigrés et demandeurs d’asile ne sont pas accueillis de bon cœur…

« Il y a tellement d’Africains autour de nous que nous avons l’impression d’être à Dakar ou à Kinshasa ». Cette phrase est prononcée par Oscar Olivier, à la gare routière de Tahana Merkazit, dans le quartier de Neve Sha’anan.

Nous sommes loin des plages et des buildings, dans cette zone que l’on surnomme « la petite Érythrée de Tel-Aviv ». Ce sont ces habitants d’Afrique de l’Est qui représentent principalement les demandeurs d’asile et les travailleurs immigrés du pays. Au total, ils seraient 50 000 à demander le droit de vivre en Israël. Ils ne sont pas seuls, d’autres peuples sont présents tels que les Soudanais. Les gens viennent ici pour avoir du travail et pour fuir des territoires ravagés par les guerres civiles et la violence. Le rêve est de courte durée : Israël accueille mais refuse paradoxalement de leur donner un permis de travail. Ils vont avoir un job au noir ou à très bas prix pour survivre et seront ainsi dans l’illégalité.

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À Neve Sha’anan, on voit des populations de différentes couleurs ainsi que de nombreuses boutiques et des restaurants peu chers. La pauvreté est visible. Beaucoup de clochards font les poubelles ou promènent des caddies. Il n’est pas rare de croiser des hommes restant assis sur le trottoir ou sur des bancs, en attente de jours meilleurs. Les façades des immeubles et des maisons sont sales. On ressent que l’on est dans une zone difficile.

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Oscar s’occupe d’une ONG pour les droits des réfugiés. Il raconte la réalité des migrants dans ce quartier : « Israël est en guerre avec tous ses voisins, il est normal qu’on ne vous accueille pas avec des fleurs. On souhaite que les politiciens identifient ceux qui demandent l’asile pour des raisons politiques et ceux qui viennent pour travailler. Car pour eux, nous sommes tous ici pour voler les emplois. On joue sur la peur des étrangers ».

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« À Neve Sha’anan, cela ne se passe pas toujours très bien avec les Israéliens. Quand les demandeurs d’asile sont arrivés, la violence et la criminalité ont augmenté. Cependant, ces gens-là étaient des minorités et ne représentent donc pas l’ensemble des communautés. Il ne faut pas oublier l’enfer qu’ont vécu ces personnes en traversant le Sinaï. Il n’y a pas de suivi psychologique pour ceux qui ont été torturés ou qui ont vu la mort de près » poursuit Oscar Olivier, qui comprend la colère des Israéliens habitant dans cette zone. « On a demandé aux Israéliens de ce quartier de se taire pour nous accueillir. La frustration a augmenté et n’a pas arrangé les choses. Nous avons refusé le droit de travailler et n’avons pas donné d’argent à ces nouveaux arrivants, il ne faut donc pas s’étonner qu’ils se mettent à voler pour manger et survivre. De nombreuses ONG aident les migrants dans leurs premiers mois ou années dans ce pays. Elles payent les médecins, la nourriture, les cours d’hébreu et soutiennent pour que les gens trouvent du travail ».

C’est le parc Levinsky qui symbolise l’arrivée en Terre Sainte de cette immigration. À une époque, les bus déposaient tous ces nouveaux citoyens sur place. Il n’y avait ni toilettes, ni douches, conduisant ainsi à un chaos humain à ciel ouvert. Quelques années plus tard, le parc est devenu une zone crainte pour sa violence, la prostitution et la drogue. Un chauffeur de car, juif, raconte qu’il est particulièrement vigilant : «  Je fais attention à cause des vols. La semaine dernière, nous avons eu des agressions qui sont trop régulières, cette zone c’est l’endroit des junkies. La police ne fait pas grand-chose ». Rachel, étudiante, confirme ses propos : « Il est impossible pour moi de venir ici le soir, c’est beaucoup trop dangereux et beaucoup de jeunes pensent comme moi ».

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Que faire alors pour améliorer la situation ? Oscar milite pour différents changements : « Il faut que le gouvernant israélien aide les gens en difficulté et autorise les permis de travail temporaires à tout le monde. La condition serait que les demandeurs d’asile payent des taxes. On serait tous gagnants. L’État pourrait récupérer de l’argent et la criminalité baisserait. Nous devons travailler pour vivre et survivre. Les mères célibataires se prostituent pour donner à manger à leurs enfants, c’est intolérable ! On devrait proposer aux gens d’aller dans d’autres villes dans le pays. Tous sont ici. Cela ostracise les populations. Il faut que les politiciens décident de s’occuper de ce problème ».

Néanmoins, des initiatives redonnent le sourire. L’école Rogozin accueille tous les enfants du quartier. Elle offre les repas ainsi que le matériel scolaire. 800 élèves de 48 pays différents étudient ensemble.

La situation paraît bien compliquée pour ces migrants. En comparaison, leurs frères Éthiopiens ayant la nationalité israélienne car considérés comme Juifs d’Éthiopie (les Falachas), ont aussi eu beaucoup de difficultés à vivre quand ils sont arrivés en Israël. Au nombre de 110 000, il a fallu une réelle volonté politique pour intégrer cette communauté. Le choc culturel fut rude pour tout le monde avec un racisme bien présent, mais des élus Éthiopiens siègent maintenant à la Knesset depuis 1996.

Si cette intégration continue d’être progressive, espérons que la situation se débloquera pour les migrants.

Lloyd Chéry

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