Lorsque l’on descend d’un avion, on  guette souvent un premier détail, un uniforme, un paysage, quelque chose qui nous indique que l’on a bien changé de pays. Dans le bus qui me conduit au terminal de l’aéroport de Washington, mon regard s’arrête sur un panneau collé au dessus de la vitre. On peut y lire : « Interfaith chapel », une chapelle ouverte 24 heures sur 24 dans l’aéroport pour méditer et prier et qui assure des services religieux le vendredi pour les musulmans, le samedi pour les catholiques, le dimanche pour les protestants et tous les jours à midi pour les juifs (photo, à découvrir sur le diaporama ci-dessous).

A coté de ce panneau, un autre nous annonce que des défibrillateurs automatiques, pour les businessmen surmenés, sont également placés dans l’aéroport. On comprend alors que parmi les principales valeurs de ce pays, il y la foi et le travail. On apprendra très vite que les deux autres sont le patriotisme et l’argent.

Dans le hall de l’aéroport, de grandes affiches accueillent les arrivants. Avec un grand « Welcome », elles présentent des Américains de toutes les communautés qui nous souhaitent la bienvenue de leurs plus beaux sourires. Un groupe de cinq Noirs encravatés, une famille de latinos, une jeune femme américaine au profil irlandais, deux femmes voilées. On remarque que si aucune communauté n’a été oubliée, elles ont bien été séparées et ne partagent jamais la même affiche.

L’agitation commence à gagner la capitale américaine qui se prépare à accueillir le pape dans un pays où les habitants se déclarent à 90% croyants.

A l’hôtel, après Juan (Latino) et Johanna (Black american) à la réception, c’est Abdel H (photo) qui nous indique nos chambres. Cette fois-ci, plus de welcome. C’est avec un « salam alekoum » qu’il nous souhaite la bienvenue. Il est de Casablanca et vit dans le Maryland, un Etat qui touche le district de Washington. Il vit aux États-Unis depuis neuf ans. Il est aujourd’hui citoyen américain. Rapide et vif, il nous explique en cinq minutes le secteur, les choses à faire,  à ne pas faire, nous trouve un câble Internet… La débrouille.

Première sortie, la maison blanche (photo). L’une des premières paroles d’américain à notre arrivée a été: « Vous verrez ici, que contrairement à ce que l’on dit dans les médias, ce n’est pas l’Amérique de Bush ». Devant les grilles de la maison, une voiture de police, des touristes et même le plus cliché des clichés : un père qui joue au football américain avec son fils.

Une chose retient particulièrement notre attention. A dix mètres des grilles et à deux pas des policiers qui gardent la résidence du président, un homme assis sur un tabouret a posé son campement autour d’un énorme portrait de Bush barbu et enturbanné sur lequel on peut lire « The real terrorist » (photo). C’est un militant pacifiste à la longue barbe blanche. Il est ici depuis près de 27 ans et a connu tous les présidents depuis Reagan jusqu’à W. Tout en continuant à rouler sa cigarette, il nous dit qu’il a parfois été arrêté mais qu’il revient inlassablement à la même place. Une question nous vient alors immanquablement à l’esprit : envisagerait-on en France qu’un homme puisse camper en face de l’entrée de l’Elysée, sous un portait de Nicolas Sarkozy en capuche sur lequel on pourrait lire  «la vraie racaille » ?

  
Mohamed Hamidi

Dans le cadre des invitations du Département d’État américain, Mohamed Hamidi effectue un voyage de trois semaines aux États-Unis, qui le conduira dans différentes villes. Il est accompagné dans son périple par Karim Zéribi, organisateur des forums de recrutement de la SNCF dans les quartiers populaires et connu des auditeurs de RMC pour sa participation aux Grandes Gueules.

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