Prenez des jeunes venus du monde entier. Mélangez les avec du gratin, du très gros gratin attention, la crème de l’élite du monde. Mettez le tout dans une grande salle de congrès en plein centre de Zurich, et vous avez le One Young World, une sorte de forum mondial de la jeunesse. Deuxième édition de cet évènement,  OYW a pour but de réunir les jeunes leaders de demain avec les têtes pensantes d’aujourd’hui, pour proposer  des solutions aux problèmes du monde. La notoriété de personnalités venues écouter ces porte-drapeaux de la jeunesse internationale, est censée permettre aux propositions émanant de ces cerveaux neufs d’atterrir sur les bureaux des grands de ce monde.

La cérémonie commence par  le défilé des personnalités. Les yeux grands ouverts, tous ces enfants de la terre  – 170 nationalités sont représentées- voient arriver tour à tour  dans la salle : Fatima Bhutto, romancière et nièce de Benazir Bhutto, premier ministre pakistanaise assassinée, Wael Ghonim, Cadre supérieur de Google et symbole de la révolution égyptienne,  Christine Ockrent journaliste française, Joss Stone, chanteuse à succès, et de nombreux  patrons d’entreprises de grande renommée. Voilà pour le gratin.

Ces personnalités mondiales font partie du haut du paquet pour ainsi dire, mais on monte d’un cran dans les paillettes avec la suite du défilé : Mette-Marit de Norvège et le prince héritier Haakon font leur royale entrée sous les applaudissements redoublés de trois jeunes chinois, tous  membres du parti communiste selon leurs confidences.

Mais quand le grand invité d’honneur entre,  tout prince qu’il est, son altesse de Norvège se lève, puis s’incline devant l’Archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix et héros de la lutte anti-apartheid. « You’re amazing » crie un Australien entre des cris de joie, des tonnerres d’applaudissements et un « Desmond t’es mon père!!!! » qui m’a échappé.

Un discours, et sa seigneurie tient une salle de quelques 1200 personnes dans sa main : « Vous êtes tous frères, membres d’une même famille. Aidez-moi à changer le monde, le pouvoir du changement est entre vos mains ». C’est cul­ cul, mais c’est Desmond Tutu : ça passe comme du vin dans un fût. Les jeunes font les fous tellement ils sont heureux de l’entendre.

Changer le monde, comme il dit… pour Desmond Tutu des jeunes ont déjà  commencé à le faire  au péril de leur vie « la jeunesse tunisienne, égyptienne et libyenne », qu’il donne en exemple aux autres.

D’ailleurs à y réfléchir, c’est eux, les véritables héros de la cérémonie. Lors du défilé des drapeaux, les étendards de ceux qui ont viré Ben Ali, sa femme, Moubarak et  le guide Kadhafi ont été de loin les plus acclamés : « Je suis tellement fière pour eux » clame Nesly, une australienne. Et une anglaise accompagnée d’une habitante des monts du Caucase de souhaiter la même chose pour les voisins.

Qui sont-ils ces jeunes qui s’enflamment pour le printemps arabe et sont décrits par OYW comme des jeunes leaders de demain? Un Algérien affirme être le leader d’une association de jeunes implantée à Alger, une Néozélandaise se dit ravie que le patron de sa banque l’ait envoyé visiter la Suisse, un Djiboutien est chorégraphe, prof de marketing, « très actif sur les réseaux sociaux » selon ses dires et que sais-je encore.

Bob Geldof, chanteur irlandais et militant politique, place de grands espoirs en eux : « La classe politique a échoué, les medias aussi. L’église n’a plus  rien à dire.  A vous  de faire le boulot ». Ils ont quatre jours de congrès pour essayer de  réaliser cette mission impossible.

Joanna Yakin, Idir Hocini (Zurich Bondy Blog).

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