« Cités, accents marqués et clichés en tous genre ». Une formule qui sonne comme une recette dans les films de Franck Gastambide. Un cocktail qui pourtant fonctionne auprès d’un public ignorant tout du milieu populaire et de ses habitants mais aussi d’un autre, parfois inconscient de l’image qu’engendre ces films sur la représentation que l’on se fait des quartiers.

Je pense qu’il serait temps de mettre fin à l’utilisation de clichés pour représenter les quartiers et les citoyens racisés.

Franck Gastambide est un acteur, réalisateur et scénariste qui grandi dans la ville de Melun. En échec scolaire et dyslexique, il intègre le monde du cinéma grâce à son activité de dresseur de chiens en autodidacte qui l’amènera vers les plateaux de cinéma, et les tournages de clips de rap. En bref, un parcours atypique et honorable qui lui permettra d’intégrer les hautes sphères du cinéma français. Son seul défaut à mon goût : ses films.

Cela fait des années maintenant que nous sommes en France face à des films, séries, pubs qui propagent tous plus de clichés.

Cela fait des années maintenant qu’en France nous sommes  face à des films, séries, pubs qui propagent tous plus de clichés. Un seul but pour eux : divertir. Mais qui, et à quel prix ? Un mot pour moi : « Khlass » . Autrement dit, ça suffit (en langue arabe, NDLR). Je pense qu’il serait temps de mettre fin à l’utilisation de clichés pour représenter les quartiers et les citoyens racisés.

Personnellement, les films qui mettent en scène des femmes maghrébines en tant que femmes agressives, des jeunes à l’accent marqué, des parents maghrébins usant de la ceinture et autres caricatures de ce genre ne me font ni rire, ni même sourire. Ils m’humilient ni plus, ni moins. Les clichés, à travers ce genre de film, semblent immuables et représentent un réel arsenic pour les minorités.

L’accent marqué par Gad Elmaleh vu et revu, celui « de banlieue » humiliant et dégradant ou encore un langage « wesh wesh » qui plaira à un certain public. Le même qui niera l’existence des discriminations à l’embauche. Les difficultés d’élocution tournés à la moquerie telles que « tout il allait bien » ou encore « je nique tout cela qui m’aime pas » (entendus dans les Kaira et Pattaya) sont pourtant un handicap dans la vie professionnelle et représentent un enjeu scolaire pour nombre des jeunes.

Une image des femmes compliquée

Dans ses films, les femmes n’en sortent pas indemnes non plus. Plus précisément, un certain nombre de femmes maghrébines autour de moi ressentent une gêne collective quant à l’image qu’elles doivent supporter. La faute à qui ? Ou plutôt à quoi ? Les films de Franck Gastambide répondent à une liste des clichés des femmes maghrébines véhiculés par le paysage audiovisuel français. Le personnage de Lilia dans Pattaya en est un exemple : la « jeune rebeu » agressive et vulgaire. Les nombreux plans de femmes typées maghrébines dans les chichas me rappellent aussi évidemment le fantasme de la « b**rette à chicha».

Si les étiquettes sociales n’ont pas été posées par le réalisateur, les films de Franck Gastambide les renforcent : comme celle du banlieusard idiot ou même de la « racaille type ». Le titre du film Kaïra provient de racaille en verlan qui signifie partie du peuple la plus pauvre est la plus méprisable.

Jeunes de quartier et sexe

Enfin les films de Franck Gastambide associent l’image des jeunes issus de quartiers à celle du sexe. Une représentation souvent vulgaire allant même jusqu’au prédateur. Ainsi, on voit des jeunes hommes de quartiers agressifs et violents notamment avec des ces scènes de sexe. Des scènes vulgaires dans lesquelles les « Insh’Allah », « Starfoulah » (expressions religieuses musulmanes, NDLR), « le Coran » fusent. Un ras-le-bol, encore plus important lorsqu’il s’agit de religion.

En réalité, ces films répondent à une formule qui fonctionne toujours auprès du grand public: ‘Cités, accents marqués et cliché’. 

Certains prétendent que ces films sont réalistes ou bien révélateurs de ce que l’on connaît des milieux populaires, au même titre que le film Bac Nord serait tout aussi réaliste. En réalité, ces films répondent à une formule qui fonctionne toujours auprès du grand public : « Cités, accents marqués et clichés ».

Franck Gastambide est un réalisateur qui a sa carte au sein du cinéma français. Il serait donc temps de créer des films où les acteurs seraient des personnes issues de minorités mais cette fois-ci avec de meilleurs rôles. Oui, les comédies peuvent et doivent exister mais sous couvert d’humour et de soi-disant légitimité, toutes ne sont pas bonnes à faire ni à être regardées.

Kamélia Ouaissa

Articles liés

  • GHB, agressions sexuelles : les boîtes de nuit, lieu de tous les dangers pour les femmes ?

    À partir de ce vendredi 12 novembre, début un mouvement de boycott des bars bruxellois de la part d'une partie de leurs clientes féminine. Le mouvement #balancetonbar libère la parole des victimes d'agression sexuelle d'employés, de gérants et de clients au sein des bar et discothèques. Un mouvement qui prend de l'ampleur, et qui fait réagir notre contributrice Anissa Rami. Elle partage sa dernière expérience nocturne. Billet.

    Par Anissa Rami
    Le 12/11/2021
  • Tapie : ombre et lumière d’un affamé

    Alors que ce vendredi 8 octobre se déroulent les obsèques de Bernard Tapie, Saïd Harbaoui a tenu à livrer quelques mots sur la disparition de l'homme inclassable à l'âge de 78 ans. Pour notre contributeur, il s'agit presque autant de lui rendre hommage que d'évoquer l'ambivalence de ses sentiments face à un personnage controversé. Billet.

    Par Saïd Harbaoui
    Le 08/10/2021
  • La France à mes yeux

    #BestofBB Rokia Sambake est arrivée en France en 2014, à l’âge de 8 ans. A l’occasion de son stage au Bondy Blog, elle a voulu raconter son arrivée mais aussi la vision qu’elle avait alors de la France, et celle qu’elle en a maintenant. Récit.

    Par Rokia Sambake
    Le 16/08/2021