Sans le savoir, nous avons vécu nos derniers instants au lycée. Vendredi 13 mars 2020 : Ce jour-là, à 16 heures, c’est la dernière heure de cours de la journée. Nous écoutons attentivement le compte rendu de notre professeur de philosophie. Il s’est concerté en urgence avec ses autres collègues et la direction afin de savoir le déroulement des prochaines semaines à venir.

Sans le savoir, nous vivions nos derniers instants au lycée.

« Nous estimons reprendre d’ici mai », nous annonçait le professeur. Cette journée fut étrange. Nous agissions comme si on était en fin d’année… alors qu’on était en début mars. Comme si nous savions déjà que ces deux mois de confinement seraient plus longs que prévu. L’heure était donc aux aurevoirs. Tous partageaient déjà une sorte de nostalgie. Moi la première.

Mardi 17 mars de l’année dernière : le début d’une nouvelle vie. Mardi matin, ma sœur me réveille. Elle me demande si je veux bien l’accompagner faire les courses. Déjà trop fatiguée, je refuse, du moins de manière indirecte : je traîne… Pourquoi faire ses courses aussi tôt ? Agacée, elle décide de partir seule. Ainsi, muni d’un sac de course et d’un foulard pour office de masque, elle se rend vers le carrefour situé à environ 10 minutes de chez nous.

Quelques minutes plus tard, je sors enfin de mon lit. Par curiosité, je me penche vers ma fenêtre et c’est à cet instant que je comprends pourquoi elle s’est réveillée aussi tôt. Du haut de ma fenêtre, je vois une file immense. Tellement immense que je peux l’apercevoir devant mon bâtiment. Elle me fait prendre conscience de la gravité de la situation.

Tout le monde souhaite faire ses courses sans attraper la Covid-19. Ce sont les Hunger Games.

Finalement, mon côté altruiste me rattrape « Je ne peux pas la laisser seule ». Je décide donc de la rejoindre. Arrivée devant la file, je l’aperçois : visage serré, recroquevillé dans son foulard , pas parce qu’elle est contrariée, mais parce qu’elle essaye de tenir ce fichu bout de tissu.

Autour de moi, la tension est palpable : tout le monde souhaite faire ses courses sans pour autant attraper la Covid. Arrivé à l’intérieur, la cadence s’accélère, on se dépêche. Ce sont les Hunger Games : seules les plus agiles arriverons à avoir leurs rouleaux de papier toilette. Cela me paraît ridicule.

Toutefois, de peur qu’il y ait une pénurie, je suis le mouvement. Quelque temps après, on rentre à la maison. Mes yeux sont rivés sur la télé, ils suivent le décompte, non pas de la bonne année mais celui du début confinement.

Midi, devant BFMTV, les journalistes annoncent le confinement. Nous basculons dans une nouvelle « ère ». C’est donc le commencement d’une nouvelle vie que j’appréhende. Car je ne sais pas jusqu’à quand ce confinement va durer. Ces semaines s’annoncent longues et de plus en plus compliquées au fur et à mesure.

Vendredi 19 mars 2021 : un retour en arrière ?

On se retrouve donc 1 an après ce premier confinement. Bien des choses ont changé, je ne suis plus lycéenne mais étudiante dorénavant. Une e-étudiante, si vous préférez. Expédiés le bac, et l’année de terminale avec, les souvenirs en moins. Je viens de finir mon examen blanc de première année de droit, en ligne.

Autre chose : la Covid-19 ne fait plus peur, elle agace plus, précisément à cause des mesures de restrictions qui nous incombent. Les masques agacent, les couvre-feux agacent, la fermeture des bars, restaurants, cinémas…etc.

L’heure est maintenant aux complots aussi farfelus qu’ils soient. Certains pensent que la maladie serait inventée de toutes pièces dans le but d’enrichir les industries pharmaceutiques. D’autres estiment que le virus est un prétexte afin de pousser les gens à se vacciner et ainsi de manière indirecte à s’insérer une puce électronique qui contrôlerait les humains. Ou encore que la Covid sera un prétexte dans le but de cacher les morts de la 5G.

Tous, préparent encore l’arrivée d’un nouveau confinement. Néanmoins, certains ne comprennent pas cet énième engouement

Pourtant, la Covid fait encore des ravages, et selon les données de Santé Publique France, les cas de décès à l’hôpital liés au virus, ont dépassé la barre des 92 000 morts. Ajoutons à cela les nouveaux variants qui sont apparus, et plus particulièrement le dernier en date le variant breton qui est difficilement détectable.Mais pour le coup, ce n’est pas ça qui me préoccupe : ce sont mes TD à rendre pour demain que je n’ai toujours pas fini.

Avant cela, je dois me procurer quelques fournitures pour réviser.  C’est donc muni de mon masque et de gel hydroalcoolique que je rends dans ce fameux carrefour. À mon arrivée, les mêmes similitudes qu’il y a un an : le carrefour est bondé. Tous, préparent encore l’arrivée d’un nouveau confinement. Néanmoins, certains ne comprennent pas cet énième engouement. « Pourquoi il y’a autant de monde ? Parce qu’ils ont peur du confinement ! Ils sont fous les gens… »

Ces annonces me font… plus rien. Sûrement parce que je l’avoue, je n’ai pas très bien compris les mesures.

19h00 ce vendredi 19 mars 2021, le Premier ministre prend la parole. Comme à son habitude, il nous montre la jolie carte tout en prenant le temps de nous expliquer la situation sanitaire. 16 départements en bleu foncé (dont le mien). Ce n’est donc que quelques minutes après qu’il annonce un confinement.

Ces annonces me font… Plus rien. Sûrement parce que ce confinement est plus souple que celui d’il y a un an. Sûrement parce que je l’avoue, je n’ai pas très bien compris les mesures : tant que les universités sont ‘ouvertes’ c’est-à-dire que l’ont les laissent dans les configurations actuelles, cela m’importe peu.

En effet, il est possible d’accueillir les élèves en amphithéâtre en respectant les seuils des 20%. De plus, les bibliothèques universitaires sont ouvertes ce qui nous laisse un semblant de vie sociale. Sûrement aussi parce que je me suis habituée à ce semblant de vie étudiante. Cela fait presque depuis novembre 2020 que je vis ce « confinement hybride ».

C’est donc plutôt sereine, pas à 100%, que j’aborde ce nouveau confinement. Je pense que je dois garder cette optique durant toute cette période : la sortie de la Covid-19 ne relève pas de ma personne. Ainsi, pour mon bien-être, je ne dois pas chercher à savoir pourquoi cette situation persiste. J’invite tout le monde à en faire de même.

Mara Lutonadio 

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