Lundi 5 septembre, peu après 23 heures. En route pour rentrer chez moi, j’ouvre Twitter. Le nom de Christophe Galtier truste les premières places des trending topics avec plus d’une cinquantaine de milliers de tweets.

Passionné de foot, je connais le coach Galtier depuis ses débuts sur le banc de Saint-Etienne et le sais habitué des déclarations chocs et des coups de gueule.

Je m’attends au pire. D’autant plus que le club est à la veille de son premier match de Ligue des Champions face à la Juventus. Et vu le passif du PSG avec cette compétition qui semble maudite, je me dis que ce n’est pas le moment pour le coach de se tirer une balle dans le pied. Raté.

Un peu décalée des enjeux du match contre la Juventus, la question du journaliste de LCI sur les voyages en jet privé du club a le mérite d’être posée. Pour rappel, le patron des TGV et Intercités, Alain Krakovitch, a réagit sur Twitter à une photo du PSG. On y voit les joueurs dans un avion pour un trajet Paris-Nantes. « Paris-Nantes est en moins de 2 heures en TGV », a-t-il piqué, avant de renouveler une proposition de déplacements adaptée pour les joueurs du club.

En conférence de presse, la réaction tant commentée du coach et de l’attaquant s’avère bien malheureuse. Elle ne les élève pas en cette période où les effets des changements climatiques s’accentuent. Après un été désastreux, l’hiver s’annonce rugueux, surtout pour les plus précaires.

Les réactions maintenant. En scrollant, je découvre les réactions véhémentes suite à cette blague de Christophe Galtier. Il l’a qualifiera de regrettable vingt-quatre heures plus tard. Politiques, journalistes, militants, tous y vont de leur petit commentaire. Certains pour taper sur les méchants footballeurs « surpayés », « déconnectés », « bons qu’à taper dans un ballon » ou encore « trop bêtes pour aligner deux mots ».

Un mépris de classe virulent qui n’a pas éclaboussé un Bernard Arnault ou un Vincent Bolloré. Des milliardaires dont les trajets en jet privé ont été documentés en temps réel sur les réseaux, cet été. Pas non plus de tel mépris pour la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher dont on vous laisse apprécier les contradictions dans la vidéo ci-dessous :

Une autre interrogation vient dans la foulée : celle de l’injonction faite aux footballeurs de se positionner sur le moindre fait d’actualité, au même titre qu’une personnalité politique. Pour avoir une réponse plus pertinente sur les déplacements du club, n’aurait-il pas fallu se tourner vers le président du club Nasser Al-Khelaïfi, ou encore les conseillers sportifs Luis Campos et Olivier Gagne ?

Aussi, la problématique ne concerne pas uniquement le PSG mais bien tous les clubs de Ligue 1. N’aurait-il pas fallu également interroger le président de la Ligue de Football Professionnel (LFP), Vincent Labrune ?

Lire aussi : Kylian Mbappé, la fierté des nôtres

Quid maintenant de l’influence d’un joueur comme Kylian Mbappé ? Alors bien sûr, le symbole aurait été fort si Kylian s’était opposé à l’utilisation d’avions pour des déplacements courts. Dans le dernier rapport du GIEC, les scientifiques insistent sur le rôle prescripteur des personnalités publiques de son envergure. Mais l’engagement de stars, telles que Matt Damon ou Léonardo Di Caprio, a-t-il vraiment changé la donne ?

Rappelons que par deux fois, Kylian Mbappé a utilisé ses réseaux pour alerter sur les catastrophes écologiques. Une première fois en 2019, quand les incendies ravageaient la forêt amazonienne et une seconde fois sur les feux touchant l’Australie. Cela n’avait pas fait grand bruit à l’époque.

Neutres ou engagés : les footballeurs, coupables à chaque fois

Enfin, clamer pour la énième fois que les footballeurs ne sont pas concernés par les questions sociales est aujourd’hui un non-sens complet. Surtout lorsqu’il s’agit de l’attaquant parisien. Il avait reversé l’entièreté de sa prime de victoire de la Coupe du monde 2018 à l’association Premiers de Cordées. Tout en incitant ses coéquipiers à faire de même.

Rappelons aussi le joueur avait dénoncé les attaques racistes dont il a fait l’objet lors de l’Euro 2021. Ce dernier avait été critiqué pour ses prises de positions et avait même été lâché par le président de sa fédération, Noël Le Graët. Coupable, cette fois, de prendre position sur un autre fléau de notre société.

Espérons tout de même qu’il sortira quelque chose de positif de cette polémique. Et que les instances de la ligue 1 et la SNCF se remettent sur les bons rails pour adopter des solutions permettant des déplacements fiables pour chaque équipe.

Félix Mubenga

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