Ce n’est pas le récit d’une aventure écrite par Alexandre Dumas, nous ne sommes pas dans un scénario de série dévoré en un weekend, mais cela y ressemble au vu des êtres humains qui crient, qui pleurent, qui détestent, qui adorent avec la même intensité, l’œuvre d’existence du Nanard le plus exaltant de notre époque. La vie de Bernard Tapie, c’est un vacarme constant, les montagnes russes de l’émotion.

De la promiscuité d’un petit logement du Bourget à la grande table triomphale du conseil des Ministres, on parle d’un destin de filou, roublard, débrouillard qui l’amène à régner sur les années 1980 jusqu’au milieu des années 1990 avec des victoires symboliques et des faillites humaines non excusables.

Je pense aux ex-ouvriers de Matra à Saint-Etienne qui sont encore vivants pour parler de ce qu’ils ont vu et entendu.

Tapie le libéral social incandescent qui comptait plus de business qu’il y avait de temps pour les gérer. Tapie l’artiste qui se voulait chanteur et acteur. Tapie le coach, le mondain, le politique, le polémiste, le patron de presse, le navigateur… Toutes ces séquences de son existence qu’il a voulu vivre avec l’implication d’un affamé, ne me permettent pas vraiment d’admirer avec sérénité l’enfant du Bourget. La part d’ombre est là avec ou sans justice, on sent que tout n’a pas été propre. Je pense aux ex-ouvriers de Matra à Saint-Etienne qui sont encore vivants pour parler de ce qu’ils ont vu et entendu.

C’est pour cela que je suis dans un double sentiment quand je pense à Tapie, j’admire l’état d’esprit l’énergie du déclassé, qui existe encore dans nos lieux de vie, il y a aussi le fait que je suis lyonnais et je sais ce que nous devons à Tapie dans la fabuleuse histoire moderne de Jean Michel Aulas à l’OL.

Tapie était la startup anti raciste la plus intéressante pour le vieux
monarque Mitterrand.

Tapie ne m’a jamais laissé indifférent. Gone des années 1990, sans comprendre, je captais la puissance et la facilité qui se dégageait de l’animal communicant. J’ai compris plus tard qu’il était un symbole d’une période non négligeable en France. Une page où la gauche gouvernante se cherchait des jeunes loups de la politique capables de neutraliser l’ascension inéluctable d’un FN pas encore dédiabolisé.

Tapie était la startup anti raciste la plus intéressante pour le vieux monarque Mitterrand. Visuellement et comportementalement à des années lumières du Président de la République, Tapie a joué sa carte, peut-être celle de trop. La mairie de Marseille, devait aussi probablement être dans son agenda de conquête. Il devait devenir une sorte de Berlusconi de gauche, ça devait être la suite logique.

Beaucoup trop de bourbiers l’ont ramené dans sa réalité triste d’enfant modeste du Bourget.

Mais les scénaristes, le vent, les casseroles, les juges, les technocrates qui voulaient se le faire, beaucoup trop de bourbiers l’ont ramené dans sa réalité triste d’enfant modeste du Bourget. La remontada des emmerdes joyeuses peut être, mais sûrement une vraie leçon pour les entrepreneurs qui pensent infini quand on leur demande de juste ne pas oublier d’où ils viennent.

Ce qui m’intéresse le plus dans ce fabuleux destin, c’est la manière dont il a semblé tellement tout maitriser jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il n’était qu’un pion de plus dans la grande histoire politique. Cette dernière ne s’est pas manquée de lui rappeler. En paix, Tapie nous laisse une énergie moderne. À nous d’en tirer le meilleur et de ne pas croire que l’ascension sociale nous libère de la misère des hommes.

Saïd Harbaoui

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