BB : Comment est-ce que l’on peut présenter l’association Golden Blocks ?

Matthieu Lahaye : Le nom de l’association Golden Blocks c’est la volonté d’avoir un ascenseur social. Ça représente les blocks du bâtiment et les blocks du starting block. Notre but c’est de donner l’accès au sport pour tous. On a voulu délocaliser le stade pour l’amener au cœur des quartiers. Et c’est parti comme ça, en décodifiant la pratique de l’athlétisme pour l’amener au plus grand nombre, tout en y associant la culture urbaine, parce que ça fait partie de nos codes. C’est notre façon aussi à nous de toucher un plus grand nombre.

Le sport participe à la construction de l’adulte de demain.

À l’origine c’était des initiations sportives. De l’initiation à l’athlétisme, et des battles de sprints dans les quartiers prioritaires de la ville pour des jeunes âgés de 8 à 20 ans. Au début c’était seulement en Île-de-France. Et maintenant on a réussi à toucher le territoire national avec des étapes à Nice et Marseille notamment. Les jeunes qui finissent dans les premiers se qualifient pour une finale nationale. On organise des grosses finales à Paris où les jeunes de la France entière se rencontrent.

Goldenblocks, à Bobigny au quartier du Chemin Vert, le 19 septembre 2020 © Thomas Fliche.

La Golden Blocks Academy, pour inspirer un avenir professionnel.

L’association existe depuis 2014 avec le volet sportif. Il y a un projet qu’on voulait faire depuis deux ans, c’est le volet éducatif. On se dit que par Golden Blocks on ne détectera pas forcément des champions du monde d’athlétisme, mais c’est surtout pour rappeler que le sport participe à la construction de l’adulte de demain. Dans ce sens, on a ouvert un volet éducatif pour les inspirer sur leur avenir professionnel : La Golden Blocks Academy.

Quel est le discours que vous souhaitez apporter aux jeunes que vous rencontrer ?

Le premier volet c’est l’ouverture aux autres. Le sport ça nous permet de voyager. Quand on a commencé à faire du sport dans nos structures un peu par hasard on s’est rendu compte que grâce au sport on sortait de notre quartier, on sortait de notre ville, département, et ainsi de suite jusqu’à pouvoir voyager dans le monde et découvrir d’autres cultures.

Grâce au sport on sortait de notre quartier, on sortait de notre ville, département, et ainsi de suite jusqu’à pouvoir voyager dans le monde.

C’est aussi la rigueur qu’on peut les aider à avoir. Dans le sens où on leur dit que tout est possible, et finalement c’est une question d’envie et de se donner les moyens. A partir du moment où on a envie de le faire, on peut le faire. La réussite elle n’appartient pas qu’aux autres.

L’année dernière a eu lieu la première session de la Golden Blocks Academy, pouvez vous nous en parler ? Et quelles sont les nouveautés en 2022 ?

L’année dernière on a fait une première année sur six thématiques : De la photo, du journalisme, de la vidéo, du webdesign et du coaching. On avait 15 jeunes par session qui faisaient un mois de formation et qui ont pu découvrir de nouveaux métiers.

Pour la deuxième session, cette année on a deux volets : D’un côté la formation de cinq mois aux médias sportif, avec le côté vidéo et journalisme, et d’un autre côté tous les mois on a des sessions sportives. Pour les accompagner, on a choisi de travailler avec des partenaires qui nous ressemblent et qui savent de quoi on parle.

La Golden Blocks Academy en pleine session de montage en 2021 © Thomas Fliche.

Pendant les cinq mois de formation, ils vont faire du journalisme et de la vidéo avec l’école Kourtrajmé. Pour les nouveaux métiers, comme créateurs de contenu, c’était une bonne méthode de leur donner quelques compétences.

On a aussi la chance de travailler avec Vanessa Le Moigne qui est journaliste sportive et animatrice télé sur BeinSport. Elle est porteuse du projet avec nous, et elle aussi a envie de chercher les journalistes de demain. Via son parcours, elle s’est rendue compte de tous les freins qu’elle pouvait avoir, et elle a réussi à les surmonter.

Ceux qui veulent creuser et aller un peu plus loin, on veut pouvoir les accompagner tout au long de leur route.

Cette année, la nouveauté c’est que l’on fait effectivement cette formation sur cinq mois, et on fait aussi des initiations sportives tous les mois avec des ambassadeurs. Notre volonté c’était de pouvoir amener des sports un peu différents aux jeunes.

On va faire de la danse, avec Inès Vandamme et le Vagabond Crew. Ils vont pouvoir s’initier au skate, au BMX Flat avec Alex Jumelin (quintuple champion du monde), au tennis, et au double dutch avec Jonathan Mahoto (champion du monde de la discipline). Etant donné qu’on a une limite d’âge sur la formation qui est de 22 ans, et qu’on a beaucoup de demandes de jeunes plus âgés. On organise aussi un format Masterclass, que l’on va réaliser avec le Bondy Blog.

La Golden Blocks Academy improvise un tournage avec les moyens du bord : un simple téléphone, pour montrer que l’important ce sont d’abord les idées. © Thomas Fliche

On veut leur donner les moyens de pouvoir réussir, et de continuer. Ce n’est pas juste jeter de la poudre aux yeux, « vous avez fait trois sessions, à l’année prochaine », non c’est vraiment dire, ceux qui veulent creuser et aller un peu plus loin, on veut pouvoir les accompagner tout au long de leur route. Il y a notamment des stages qui sont prévus au Bondy Blog, et deux contrats d’apprentissage qui vont être mis à disposition.

Nous on a fait de l’athlétisme et on a réussi à ouvrir un réseau, dans le monde du sport mais aussi dans le monde professionnel. Ce réseau, on veut le mettre à disposition des jeunes.

A qui sont destinées ces formations ? Comment s’inscrire et jusqu’à quand ?

Il y a deux inscriptions différentes. Pour la formation éducative, c’est une inscription pour cinq mois, et pour les sessions sportives, tous les mois il y a une inscription à faire. Un mois est égal à une thématique sportive. Sur le volet éducatif, on a soixante places disponibles, et sur le volet sportif on a soixante places tous les mois.

La Goldenblocks Academy version atelier design. © Thomas Fliche

On sélectionne les plus motivés et les plus créatifs. Et bien sûr tout est gratuit. 

La formation éducative est destinée aux 15/22 ans et l’inscription est ouverte jusqu’au 26 janvier. On sélectionne les plus motivés et les plus créatifs. C’est la raison pour laquelle on leur demande de faire une petite vidéo, soit une interview, soit commenter un évènement sportif, soit un petit documentaire. L’année dernière ça avait super bien fonctionné, on a été super emballé par certains profils.

Pour les sessions sportives, l’inscription à la danse est disponible maintenant. Ensuite, tous les mois, il faut aller checker sur le mois suivant pour s’inscrire. Et bien sûr tout est gratuit.

Depuis 2014, on touche entre 200 et 300 jeunes par animation. Ce qui fait que l’on a vu 20 000 jeunes en tout.

Pourquoi est-ce que c’est important pour vous de faire le lien entre le volet sportif et le volet éducatif ?

On s’est rendu compte que pour faire du journalisme, il y a trop de barrières. Les écoles sont chères, l’accès est ultra compliqué, et nous ce que l’on veut c’est se dire que grâce à l’association, et notre réseau, ils peuvent avoir un chemin différent, et rentrer dans le métier tout simplement.

Nous on a fait de l’athlétisme et on a réussi à ouvrir un réseau, dans le monde du sport mais aussi dans le monde professionnel. Ce réseau, on veut le mettre à disposition des jeunes. Ladji Doucouré, qui a été champion du monde, il a pu en vivre, moi j’ai fait de l’athlétisme à haut niveau, mais je n’ai pas pu vivre de ça, donc je me suis réorienté vers le réseau professionnel qui m’entourait, notamment le marketing sportif et l’événementiel, et sans pré-requis il y a un patron qui m’a pris.

 Ladji Doucouré lors de l’étape à Grigny en 2020. © Thomas Fliche

On a découvert des gens, et on s’est rendu compte qu’il y a tout un monde qui existait, un monde auquel le système scolaire ne nous avait pas donné accès.

J’ai tout juste BAC +2, je crois que je ne l’ai même pas validé, parce que je faisais quelque chose qui ne m’intéressait pas et c’était le système scolaire qui m’avait orienté vers des métiers qu’ils voulaient bien me présenter. Moi je n’avais pas de réseau, donc qui pouvait nous inspirer à part nos parents et les gens qui pouvaient nous entourer ?

On a découvert des gens, et on s’est rendu compte qu’il y a tout un monde qui existait, un monde auquel le système scolaire ne nous avait pas donné accès. Il y a tout un tas de métiers que je ne connaissais pas. Grâce à l’athlétisme, ces métiers là on les a découvert.

Vous existez depuis 2014, est ce qu’il y a un moment en particulier qui vous a marqué ?

Il y a des moments qui nous ont clairement marqués, les co-fondateurs (Ladji Doucouré et Boro Doucouré) et moi-même. La toute première date, en 2014, les gamins sont arrivés, de Grigny La grande Borne, Saint Denis etc. On avait organisé la finale en bas des Invalides sur les quais de Seine. Quand ils sont descendus des bus, on s’est rendu compte que la plupart d’entre eux c’était la première fois qu’ils venaient à Paris.

C’était bizarre, c’est comme s’ils découvraient un nouveau truc. Ils n’y avaient pas accès en fait. Donc nous, tout de suite on s’est dit il faut qu’on continue à faire ces actions dans nos quartiers, qu’on les amène au cœur de Paris, qu’on leur montre que c’est chez eux aussi.

On continuera à amener le stade au cœur des quartiers et à amener les gamins à Paris, sur les plus belles places.

Il y a des barrières invisibles quand on est gamins. L’accès au sport, à la culture et à la vie parisienne, c’est trop compliqué. On peut vivre à 10 kilomètres et ne jamais avoir vu le centre de Paris, mais pas par désintérêt.

Quand on a vu ces visages, on s’est dit il faut qu’on continue. On s’est rendu compte que les gamins étaient à fond dans la compétition. Il y avait des larmes, même nous on a pleuré à certains moments. Nous on y tient. On continuera à amener le stade au cœur des quartiers, et à amener les gamins à Paris, sur les plus belles places.

Avec la Golden Blocks Tournée, et la Golden Blocks Academy, savez-vous quel a été votre impact sur les jeunes ? Et quelles sont vos ambitions pour l’avenir de Golden Blocks ?

Sur le format sportif, depuis 2014, on touche entre 200 et 300 jeunes par animation. Ce qui fait que l’on a vu 20 000 jeunes en tout. Beaucoup sont rentrés en structures sportives, et une dizaine ont même touchés à l’équipe de France Jeune. On se dit que ce sont des jeunes que l’on a initié à la pratique de l’athlétisme, pour certains à qui l’on a payé des licences, et qui ont découvert un nouveau sport, une nouvelle motivation et qui ont pu performer. Pour nous c’est une satisfaction.

Beaucoup sont rentrés en structures sportives, et une dizaine ont même touchés à l’équipe de France Jeune. 

Il y a aussi des jeunes de Grigny la Grande Borne qui font l’animation avec nous. Certains sont en stage, et d’autres ont même monté leur petite structure d’auto-entrepreneur pour travailler avec nous, et rentrer dans le monde de l’évènementiel. On a une dizaine de jeunes qui sont dans la structure de l’association, et qui participent à l’organisation des évènements. Des jeunes pour qui ce n’était pas glorieux ce qu’ils pouvaient faire sur le temps extrascolaire avant.

L’atelier design de la Goldenblocks Academy en 2021 © Thomas Fliche

On a un rêve. Ce serait qu’un jour on ai un jeune qui ai pu performer dans l’athlétisme, et qu’il soit interviewé ou filmé par un jeune qui soit issu de nos réseaux sur le volet journalisme ou vidéos

Pour la Golden Blocks Academy, sur la partie journaliste, il y a deux jeunes qui ont aujourd’hui leurs blogs. Sur la partie photo, on les retrouve sur les évènements, et pas que les nôtres. On les retrouve à faire de la photo un peu partout. Les jeunes sont ultra créatifs, il faut juste leur donner un cadre pour qu’ils puissent s’exprimer.

On a un rêve. Ce serait qu’un jour on ai un jeune qui ai pu performer dans l’athlétisme, et qu’il soit interviewé ou filmé par un jeune qui soit issu de nos réseaux sur le volet journalisme ou vidéos. C’est comme ça que l’on a construit notre formation, en se disant c’est quoi notre rêve. Notre double projet, c’est potentiellement avoir un champion du monde, et un autre qui aura aimé le sport, et qui aura trouvé sa voie autrement.

Pour s’inscrire à la Golden Blocks Academy et aux sessions sportives, rendez-vous sur le site internet de l’association

Propos recueillis par Anissa Rami.

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