Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Thomas* (prénom modifié) ne cache pas sa fierté une seule seconde. De sa voix timide, le jeune homme chante la victoire du « peuple, qui a toujours raison ». À Aubervilliers, après six ans de gouvernance à droite, le candidat divers gauche Sofienne Karroumi – porté par les listes citoyennes et insoumises – a battu dimanche soir la maire sortante UDI Karine Franclet, à 68,6 % contre 31,4 %.

Une victoire franche que les habitants sont venus célébrer sur la place de l’hôtel de ville. « Tout le monde est heureux, même ceux qui peuvent pas voter ou n’y sont pas allés », sourit Lilia, 26 ans, qui pense à ses parents, habitant la commune depuis 1980, mais qui n’ont pas pu voter, faute de nationalité française.

Une effervescence collective

Même si la participation s’élève à 44,5 %, quatre points en dessous de de la moyenne nationale, l’effervescence collective s’est emparée des rues autour de la mairie. Des klaxons et applaudissements sur les routes accompagnent la marche de Sofienne Karroumi entre son QG de campagne avenue de la République et l’office municipal.

C’est l’union de la gauche qui gagne

Amassée autour de l’édile fraîchement élu, la foule patiente avant la première prise de parole du nouveau maire, alternant sauts de joie et hymnes triomphants. « C’est la victoire des enfants d’Aubervilliers », se réjouit Sofienne Karroumi, soutenu par le Parti socialiste au premier tour. « En 2020, la gauche n’était pas venue pour diriger ensemble, en 2026 nous ouvrons une page historique », affirme le nouvel élu.

La victoire de l’union de la gauche

À ses côtés se tiennent les deux candidats de gauche qualifiés pour le second tour, Nabila Djebbari à la tête d’une liste citoyenne et Guillaume Lescaut portant une candidature insoumise. « Ce soir, c’est l’union de la gauche qui gagne », sourit l’insoumis. Afin d’oublier la débâcle de l’élection de 2020 où une triangulaire sans alliance au second tour avait permis à Karine Franclet de ravir le bastion communiste depuis 1945, la stratégie a été tout autre lors de l’entre-deux-tours.

Nabila Djebbari, Guillaume Lescaut et Sofienne Karroumi ont déposé une liste commune mercredi. Une union soutenue par la plupart des forces à gauche, de la France insoumise au Parti socialiste, en passant par le Parti communiste français, les Écologistes, l’Après et Génération.s mais aussi des mouvements locaux tels que le Grand Aubervilliers, 100% Auber ou Aubervilliers en commun.

Ville symbole de la « ceinture rouge »

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville s’impose comme un bastion communiste, statut qu’elle conserve jusqu’en 2008, lorsque le socialiste Jacques Salvator remporte la mairie. Symbole de la « ceinture rouge »,  ces communes populaires marquées par un fort héritage ouvrier, Aubervilliers connaît toutefois un tournant majeur en 2020 avec son basculement à droite, vécu comme un véritable électrochoc par de nombreux habitants et habitantes.

On a l’impression de reprendre la main 

Même si ce ne sont pas les communistes qui reprennent les rênes d’Aubervilliers, la gauche semblait être une évidence pour de nombreux électeurs. Le mandat de l’ancienne CPE semble avoir imprimé les mémoires des Albertivillariens et Albertivillariennes. « On a appris de nos erreurs, on ne voulait plus de Karine Franclet. En tant que présidente d’une association, j’ai vu la baisse des subventions pour nos projets et ceux des autres, l’absence d’écoute de la maire sortante. Tout le monde a pleuré pendant ces six ans », cingle Mariam.

Acil et Jean-Gardi, 20 et 19 ans, votent pour la première fois. Les deux acolytes suivent souvent la politique de loin, mais cette fois-ci ils voulaient du changement dans la ville. « On voulait quelqu’un qui vienne de chez nous. Ce sont les seuls qui peuvent comprendre les problèmes d’ici : les loyers qui ont explosé ces dernières années, les familles dans le besoin, etc. Cette alliance à gauche nous redonne de l’espoir, c’est un retour aux sources. On en pouvait plus ».

À l’annonce des résultats, la maire sortante se retrouve confrontée au verdict de son bilan municipal. Empêchée de prononcer un dernier discours, à peine audible face aux invectives, Karine Franclet quitte discrètement la mairie d’Aubervilliers par une porte dérobée, sous les « au revoir » ironiques de nombreux électeurs.

Malika Cheklal

* Les prénoms ont été modifiés à la demande. 

Articles liés

  • « Nous sommes face à un racisme de compétition, où l’enjeu va être de ramener les gens “à leur place” »

    Bally Bagayoko, Aly Diouara ou encore Mélissa Youssouf : ces noms illustrent une évolution récente de la vie politique locale. Si les dernières élections municipales ont marqué une progression de la représentativité, elles ont aussi déclenché une vague de réactions racistes. Interview de Patrick Simon, sociodémographe à l'Institut national d'études démographiques (INED), spécialiste des minorités et de l'immigration.

    Par Aina Abdallah
    Le 14/04/2026
  • Municipales 2026 : ces initiatives qui redonnent du pouvoir aux habitants

    Lors de ces élections, la présence de listes citoyennes a doublé par rapport à 2020, on en comptait 800 sur l’ensemble du territoire. D’autres initiatives, comme les plaidoyers auprès des candidats, se sont également multipliées. Un phénomène qui traduit la volonté d’agir des citoyens en dehors des circuits traditionnels.

    Par Linda Azaiez
    Le 24/03/2026
  • La tête de mon maire !

    « De toute évidence, il s’est passé un truc hier soir dans plusieurs villes de banlieue : une nouvelle génération a pris les choses en main. » Après le second tour des municipales, l’ancien directeur du Bondy Blog, Nordine Nabili, prend la plume pour livrer son analyse.

    Par Nordine Nabili
    Le 23/03/2026