Fayçal Douhane est président du Club PolEthique, un mouvement qui vise à moderniser la vie politique en France. Il est conseiller national du Parti socialiste. Son activité militante l’amène à rédiger des notes électorales sur des modalités de votes. « Je me bats contre les a priori qui nous expliquent que les Français issus de l’immigration ne votent pas, ne s’expriment pas et n’ont peut-être pas tout à fait leur place dans le système politique français », dit-il. Fayçal Douhane estime que, sur ces questions-là, « le conservatisme est beaucoup plus fort parmi les élites au pouvoir qu’au sein de la population, qui demande dans sa grande majorité la présence de candidats issus de l’immigration dans les élections ».

Dans l’élection présidentielle, quelle importance aura selon vous le vote des banlieues ?

Je pense que le futur président de la République sera élu par les habitants des quartiers populaires. Les banlieues feront la différence. Les instituts de sondages et les états-majors politiques seront particulièrement attentifs aux taux de participation dans les quartiers populaires.

Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ?

Il y a eu beaucoup d’inscriptions des habitants des banlieues sur les listes électorales après les violences de novembre 2005. A la précédente présidentielle, en 2002, l’écart de participation entre les banlieues et les centres-villes avait été très important. A cette époque, 12 millions de Français s’étaient abstenus et il y avait eu un million de votes blancs. C’était énorme. Je n’ai pas le détail de cette abstention dans les quartiers de la périphérie, mais tous les experts électoraux ont remarqué alors une participation en baisse dans ces zones-là. Une étude du Cevipof (Centre d’études de la vie politique française), réalisée quelques mois après la présidentielle de 2002, a montré que cette faible mobilisation tenait à ce que les populations des banlieues ne se reconnaissaient pas dans l’offre politique. Ils souhaitaient plus de jeunes, plus de femmes et plus de Français issus de l’immigration. La question de la représentation de la diversité en politique n’est plus une inquiétude, elle est devenue un sujet d’étude.

Il y a beaucoup d’études de faites. Quelles sont celles qui étayent vos propos ?

Je renvoie notamment à un sondage réalisé entre le 28 février et le 01 mars 2007 auprès d’un échantillon de 1 010 personnes. Intitulé « Les Français et la diversité en politique », il a été réalisé par la Sofres pour le Club 21ème Siècle. Ce sondage demande notamment si le fait qu’un candidat (aux municipales, aux législatives ou à la présidentielle) soit noir aurait une importance ou non quant au vote. 92% répondent que non. On se demande bien pourquoi les partis politiques n’ont pas décidé de présenter davantage de candidats et candidates de la diversité en vue des prochaines législatives.

Que dit cette étude pour un candidat de confession ou de culture musulmane ?

Il dit que pour 68 % des Français, cela n’aurait pas d’importance. Il indique en revanche que 30 % d’entre eux seraient incités à ne pas voter pour un candidat de confession ou de culture musulmane. Lors du dernier scrutin cantonal de 2004, la totalité des candidats issus de l’immigration a bénéficié d’une plus-value électorale de 2 % à 3 % due à une participation plus importante et au vote « jeune ». Selon la même étude, 70 % des personnes interrogées considèrent que la situation des Français issus de l’immigration s’améliorerait s’il y avait davantage d’élus issus de l’immigration. Malheureusement, la lutte contre les discriminations n’est actuellement pas une question essentielle dans les programmes des partis politiques.

Sait-on pour quels candidats à la présidentielle de 2007 voteraient les Français issus de l’immigration ?

Un sondage tente de répondre à cette question. Il a été réalisé pour « Jeune Afrique » par l’IFOP, du 7 au 9 mars 2007 auprès d’un échantillon de 526 personnes d’origine africaine (Afrique du Nord et sub-saharienne), inscrites sur les listes électorales. L’échantillon interrogé penche à gauche: 57 % voterait pour Ségolène Royal, 19 % pour François Bayrou, 11 % pour Nicolas Sarkozy, 4 % pour Olivier Besancenot, 2,5 % pour Marie-Georges Buffet et 1 % pour Jean-Marie Le Pen. Ce sont là des intentions de votes qui ne préjugent pas du choix définitif, ni de la participation ou de l’abstention au scrutin.

Est-ce qu’on a des indications sur les intentions des Français d’origine étrangère en faveur de Jean-Marie Le Pen ?

Oui, on a des données à propos des Français avec ou sans ascendance étrangère. L’IFOP a mené une enquête sur une longue période, entre mars 2006 et février 2007, auprès de 21 776 personnes inscrites sur les listes électorales. Les sondés ont été interrogés en fonction de leur origine familiale (un parent ou un grand-parent au moins). Résultats: pour les Français sans ascendant étranger, le vote Le Pen se situe à 19 % ; avec ascendant italien: à 17 % ; avec ascendant espagnol: à 13%; avec ascendant d’un autre pays européen: à 13 % ; avec ascendant portugais : à 11 % ; enfin, avec ascendant maghrébin: à 8 %.

Plus de 21 000 personnes interrogées ? C’est un sondage des RG, ça ?

C’est un sondage réalisé pour le Cevipof et le ministère de l’intérieur…

Propos recueillis par Antoine Menusier

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