Hier soir, un jeune militant du Front de Gauche, Clément Méric, a sauvagement été battu à mort dans les environs de la gare Saint-Lazare. Les auteurs des faits sont toujours en fuite. 

Mercredi 5 juin, un des premiers beaux jours de l’année. Les sourires, les odeurs de barbecue, les enfants et les couleurs reprennent leurs places dans les rues de nos villes. Cependant, c’est un triste jour pour la France, car « L’horreur fasciste vient de tuer en plein Paris » comme le titre l’article du Parti de Gauche.

Un jeune homme de 18 ans, soi le même âge que le mien, nommé Clément Méric, étudiant à Science Po, vient d’être assassiné dans un quartier de Paris, le 9e, aux abords de la station Saint-Lazare. Cette gare située à 15 minutes de Bondy et par laquelle la plupart des étudiants passent quotidiennement. Les témoins de la scène décrivent trois personnes (deux hommes et une femme) habillés « comme des skinheads » : bombers sur le dos et rangers aux pieds.

Ils aperçoivent Clément à la sortie d’une boutique de vêtements, puis les coups fusent et la bagarre se terminera par un drame : après avoir été battu, la tête de Clément ira heurter un poteau qui se trouvait sur le trottoir. Le soir même, le parti pour lequel il militait (le Front de Gauche), annonce que le jeune homme se trouve dans un état de « mort cérébrale ». Seuls des fils et des tuyaux qu’on lui a posés à l’hôpital lui permettent encore de respirer et de s’accrocher à la vie.

Il est encore trop tôt dans l’enquête pour connaître les réels motifs de cette altercation et pour donner un visage aux meurtriers, bien que les Jeunesses nationalistes révolutionnaires commencent déjà à être pointées du doigt. Mais d’après la description des agresseurs et les activités du jeune homme assassiné (connu pour son engagement contre l’extrême droite), nous ne pouvons concevoir que le meurtre qui s’est déroulé en plein Paris n’ait pas été motivé par une certaine idéologie politique.

Pour ma part, je suis particulièrement touché par cette mort affreuse ayant pour motif l’abomination que l’on nomme « intolérance ». Mon père, ayant grandi dans les années 80, me faisait récemment part de son grand désespoir lors des « Manif’ pour Tous » qui ont redonné de la visibilité à certains groupuscules d’extrême droite. Nous pouvons, pour ne citer qu’eux, évoquer « Génération Identitaire », « Printemps Français » ou encore « Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires », et souligner la présence de certains membres actifs condamnés à de multiples reprises pour injures à caractère raciste…

Je n’avais jamais vu de skin de ma vie jusqu’à il y a peu. Je pensais qu’ils étaient enfouis dans nos mémoires, comme un mauvais souvenir d’une société française dépassée et trop conservatrice. Mon père me racontait les combats menés par les Redskin et les Antifa afin de reprendre la rue à ces fascistes qui organisaient des « ratonnades » en plein Paris et qui étaient, parfois, protégés par les forces de l’ordre. Il me racontait aussi l’engagement de certains artistes dans cette lutte progressiste, telle que la prise de position des Berurier noir ( le titre Porcherie), et de leur service de sécurité qui encadrait aussi la Gay Pride.

Mais les agressions que mon père pensait révolues depuis plus d’une vingtaine d’années en France recommencent, et de plus belle, comme le prouve les expéditions punitives menées par ces « commandos » lors de la dernière Gay Pride ou récemment à Tours. Et je revois, comme mon père lorsqu’il avait mon âge, la montée en puissance des groupuscules d’extrême droite.

Monsieur Valls : À quand la dissolution de ces groupes prônant une idéologie haineuse et regréssiste ? Il faut agir, et vite. Il faut reprendre les rues françaises à ses « racailles », car déjà sur les réseaux sociaux, la révolte gronde, et si ce n’est pas la loi qui résout la situation, nous risquons d’assister à une autre forme de justice, car l’horreur commence à frapper à nos portes. Dans ces conditions, il est dur d’assimiler le fait que la raison doit primer sur l’émotion.

Tom Lanneau

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