« Nous sommes là pour défendre l’intérêt commun. Il faut que tous nos enfants puissent étudier dans de bonnes conditions ». Céline est une mère d’élèves inquiète. Comme une trentaine d’autres, elle a pris son lundi matin pour venir se rassembler devant la grille du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis où est scolarisé son fils. Il n’est pas neuf heures et la colère gronde déjà. Cette fois, les parents ne sont pas venus accompagner leurs enfants : après avoir lancé un appel à un lycée désert, ils invitent les élèves à boycotter leurs cours. L’objectif : manifester leur refus de la violence quotidienne que subissent leurs enfants dans l’établissement depuis plusieurs mois. « Elèves et enseignants sont aujourd’hui confrontés à un climat dégradé par des violences qui perturbent les cours et qui créent une atmosphère de panique et de peur, déplore Céline. Ça ne peut pas durer« .

Territoire abandonné

Le 12 septembre, des jeunes armés de couteaux et d’un marteau avaient escaladé la grille de l’établissement. Un élève de 16 ans avait été blessé. Pour Céline*, la réaction des autorités n’est pas à la hauteur. « Il faut une prise de conscience et des actes forts de la part des élus et des pouvoirs publics. On ne peut pas abandonner ce territoire. Ça passe par des moyens supplémentaires et de la prévention. »

Même exaspération chez Bally Bagayoko, parent d’élève de 40 ans. Il est lui aussi venu dire sa colère face à des violences qui « mettent en péril » l’éducation des enfants. « Certains ne viennent plus au lycée par peur des représailles, déplore-t-il. Nous, les parents, nous devons mettre en place une démarche collective pour montrer notre désapprobation de ces actes. Nous devons apporter notre solidarité aux enseignants et leur dire qu’ils doivent continuer de croire à l’éducation de nos enfants. L’État, la Région, la ville de Saint-Denis, tous doivent prendre leur part de responsabilité. L’éducation de citoyens responsables suppose la sécurité. »

Bally Bagayoko, parent d’élève de 40 ans, est venu ce lundi matin devant les grilles de Paul-Eluard pour l’opération lycée désert

À la suite de la mobilisation des enseignants et des surveillants du mois de septembre, des mesures ont été annoncées par le rectorat de Créteil et la présidente de région d’Île-de-France, Valérie Pécresse : réhaussement des clôtures, recrutement d’un médiateur social, recrutement d’un agent de prévention sécurité, installation de vidéos surveillance et présence temporaire d’agents de police devant l’établissement. Des mesures qui n’ont pas encore vu le jour selon les enseignants et les parents d’élèves et qui sont jugées insuffisantes car les violences perdurent et continuent de nuire au climat de l’établissement.

Nous voulons que les choses bougent. Nos vies sont en danger

Une vingtaine d’élèves est présente aux côtés des parents malgré le fait qu’ils puissent être pénalisés s’ils manquent des cours. Parmi eux, Lydia, 20 ans, en deuxième année de BTS qualité agroalimentaire. Elle a été témoin des dernières violences, vendredi dernier, où deux élèves de sa classe ont été blessés. Très émue, elle raconte la scène: « La semaine dernière, en plein cours, nous avons été pris d’assaut par l’extérieur. Il était entre midi et treize heures quand des projectiles ont été lancés. L’un des élèves a été blessé au nez, l’autre à l’oreille. On a eu vraiment très peur, il y avait des bouts de verre partout. On s’est allongé par terre, on était tous affolé, on a cru qu’une mini bombe avait explosé. » Aujourd’hui, elle se mobilise par ras-le-bol. « Nous voulons que les choses bougent. Nos vies sont en danger. Nous sommes là pour étudier et obtenir des diplômes, pas pour autre chose ».

Lydia, 20 ans, en deuxième année de BTS qualité agroalimentaire à Paul-Eluard, a accepté de ne pas aller en cours pour protester contre les violences.

On n’entend jamais ce genre de choses dans les lycées de Paris – et si ça arrivait, on trouverait des solutions. On doit être sur un pied d’égalité car nous apprenons les mêmes programmes

Djibril*, 17 ans, est en seconde. Avec trois amis, il n’a pas hésité à rejoindre le groupe de parents malgré un emploi du temps chargé. « Je trouve ça normal, parce qu’ils le font pour nous. Ils ont raison de s’inquiéter, estime-t-il. Maintenant, quand je viens au lycée, ma mère ne cesse de me dire ‘fais attention!’ On n’entend jamais ce genre de choses dans les lycées de Paris – et si ça arrivait, on trouverait des solutions. On doit être sur un pied d’égalité car nous apprenons les mêmes programmes et nous sommes tous des enfants de la République. »

Sur place, Farid Aïd, suppléant du député PCF de la 2e circonscription de la Seine-Saint-Denis Stéphane Peu, est venu apporter son soutien au mouvement. Il regrette le manque de réactivité des autorités. « Il est inconcevable que les élèves viennent au lycée avec la boule au ventre. Si les parents sont là pour empêcher les élèves d’aller en cours, c’est dire… Je pense que le combat que mène ce collectif de parents devraient être porté par tout le monde, parce que ce sont des vies humaines qui sont en danger. » En milieu de matinée les élèves ont repris les cours. Une réunion était prévue par l’administration ce lundi.

*le prénom a été modifié

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