C’est sous un soleil ardent, avec des éclats de rires en fond sonore, que le match de football entre l’équipe du Landy et de la Maladrerie se déroule à Aubervilliers. Sur la pelouse du Square Roser, les joueurs se dépassent devant un public en ébullition à chaque geste technique, prêt à exploser au moindre but. Un match à enjeu qui s’inscrit dans le cadre du tournoi de foot « Inter-quartiers Aubervilliers » dans la ville de la Seine-Saint-Denis.

Les entraîneurs de chacune des deux équipes ne cachent pas leur enthousiasme face à l’événement et au challenge d’entraîner les jeunes joueurs de leur quartier. « Pour moi c’est une fierté ! C’est les petits que j’ai vu grandir de mon quartier », s’exalte Cheick, l’un des entraîneurs de la Maladrerie.

Pour eux c’est leur Champion’s League, les supporters célèbrent leur but, ça leur fait plein de bons souvenirs.

Avec le tournoi Inter-quartiers « La ville reprend vie ».

La passion est aussi de mise du côté des joueurs qui prennent ce match très au sérieux. Tous les acteurs du tournoi jouent le jeu. « Les jeunes sont vraiment investis, ils viennent avec des supporters. Ils se sentent vraiment concernés. Les entraîneurs ont joué les rôles de sélectionneurs », affirme Mohammed Diakité Kaba, 35 ans, chargé de mission avec l’OMJA Aubervilliers et co-organisateur du tournoi, dont l’âge moyen des équipes est de 13 ans.

Un tournoi pour que la vie reprenne

Avec une crise sanitaire qui a énormément impacté le quotidien des plus jeunes, ce tournoi permet de se changer les idées en se divertissant en jouant des matchs de foot à enjeu. « Pour eux c’est leur Champion’s League, les supporters célèbrent leur but, ça leur fait plein de bons souvenirs », s’enthousiasme Ilyes, entraîneur de football, journaliste à Mediapart et surtout ancien rédacteur en chef du BB.

Le tournoi ‘Inter-quartiers Aubervilliers’ permet de remettre un peu de vivacité au sein des quartiers avec la ferveur du foot après des mois de léthargie face, entre confinements et couvre-feu. « Ça permet aux jeunes de taper dans le ballon », s’enthousiasme Mohamed.

C’est un bon prétexte pour montrer à ces jeunes qu’il y a aucune partie de la ville qui leur est interdite ou ennemie. J’espère que ce match a permis de désamorcer des tensions futures.

Les deux équipes du jour représentent deux quartiers de la ville qui ont vécu de récentes tensions entre certains jeunes résidents. Ce match est aussi une autre façon d’apaiser les potentielles ruptures entre les deux quartiers. « On peut dire que ce match est un mouvement vers la réconciliation », déclare Oumar, entraîneur de l’équipe du Landy. « C’est un bon prétexte pour montrer à ces jeunes qu’il y a aucune partie de la ville qui leur est interdite ou ennemie. J’espère que ce match a permis de désamorcer des tensions futures », déclare Ilyes avec optimisme.

Ce tournoi met en lumière le travail qui est fait par les personnalités d’Aubervilliers.

Depuis le 2 mai, six matchs sont organisés chaque dimanche sur les différents city-stades de la ville d’Aubervilliers. Le tournoi rassemble douze équipes de foot représentant chacune un quartier de la commune francilienne.

Ce tournoi est le fruit d’une collaboration entre différentes associations albertivillariennes. L’association 2mains organisait déjà des tournois de foot avant la crise sanitaire. Mais à cause de la pandémie de Covid-19, les compétitions ont dû être arrêtées. Des semaines, des mois sans jouer au foot, pour de nombreux jeunes de la ville, qui ont vu les compétitions fédérales être stoppées du jour au lendemain. Une situation à laquelle veut répondre le tournoi Inter-quartiers. Et pour cet événement, les associations d’Aubervilliers ont toutes répondu présentes : l’OMJA, 2mains, ou encore l’association De l’autre côté de la route. « On s’est tous mis en lien pour cette initiative. Il y a un engouement qui s’est créé au cœur de ce projet », déclare Mohamed, qui garde les yeux rivés sur le ballon.

Venus en nombre, les supporters aussi font le show sur le grillage à défaut de tribunes.

Un match accroché où le respect est de mise

À la mi-temps de la rencontre, les coachs mobilisent leurs joueurs avant d’attaquer la seconde période avec le même entrain de la première période. Les visiteurs du Landy ont fait le break d’entrée en menant 3-1 à la pause. Malgré le score à leur désavantage, les supporters de la Maladrerie restent optimistes pour leur équipe. « Je suis confiant, ils vont remarquer, ils vont revenir au score », répond un des supporters. Dès le début de la seconde période, les joueurs de la Maladrerie réduisent le score à 3-2 avant d’égaliser. Le match est relancé. La Maladrerie montre un tout autre visage pendant cette seconde période et ses attaquants sont intraitables devant les buts, sous les yeux des supporters.

« Ce tournoi met en lumière le travail qui est fait par les personnalités d’Aubervilliers », indique Maciré, 25 ans, entraîneur de l’équipe du quartier du Landy, dont les représentants sont venus en nombre pour encourager leurs joueurs. Des habitants du quartier ont même suivi le match depuis chez eux à leur fenêtre. Les supporters du Landy n’ont pas hésité à pousser de la voix pour soutenir au mieux leur équipe et mettre la pression sur l’équipe visiteuse. « Si vous gagnez vous ne sortez pas ! », pouvait-on entendre dans les rangs des supporters du Landy.

Le match met de l’ambiance dans le quartier. L’atmosphère est joyeuse et festive.

Malgré l’enjeu important du match, les supporters se sont fait remarquer par leur respect mutuel. « Le match met de l’ambiance dans le quartier. L’atmosphère est joyeuse et festive. On sait qu’il y a des limites à respecter, il ne faut pas insulter l’équipe adverse », déclare Farid, venu soutenir l’équipe du Landy. « C’est une belle initiative, ça rassemble la ville », ajoute Banbougou, ami de Farid.

La Maladrerie s’impose finalement 7 buts à 4 sur la pelouse du Landy et reste leader du championnat. Un match avec beaucoup de qualité et de technique chez les deux équipes. Le coach de la Maladrerie Ousmane ou le « survolté » comme l’appelle Assad, co-organisateur du tournoi, est fier de la performance de son équipe. « On est content et ça fait plaisir ! En première période les joueurs étaient un peu crispés, à cause de l’enjeu du match et de la pression des supporters adverses. Après, en seconde période ils se sont lâchés, le résultat a parlé ! », analyse le coach.

On est premier du classement, on est leader et on va le rester. Et personne ne va venir nous déranger !

Les jeunes talents de la Maladrerie ont su compter sur les uns et les autres et surtout sur leur atout Boubacar, 14 ans, qui a été élu homme du match. « Ça fait plaisir, j’attendais ce trophée. On est premier du classement, on est leader et on va le rester. Et personne ne va venir nous déranger !”, déclare Boubacar très confiant pour la suite de la compétition.

Boubacar a été élu joueur du match et repart donc avec sa récompense symbolique, à la manière de ses aînés en Premier League. 

Comme récompense, le jeune joueur a reçu une bouteille de Freez, la boisson gazeuse phare dans les restaurants fast food de la ville. « On a calqué le modèle anglais. Ils remettent une bouteille de champagne. On s’est dit que ça allait être top de faire ça ! », indique Mohamed.

Avec ce genre d’initiative, Ilyes souhaite voir dans le futur ces jeunes garçons organiser des tournois et se défier toujours dans une bonne ambiance. La prochaine étape serait aussi d’élargir le tournoi Inter-quartiers aux équipes féminines, à d’autres sports ou d’autres types de challenge. « Inter-quartiers c’est une dynamique. L’objectif c’est que ces jeunes n’aient plus besoin de nous pour organiser des matchs pour se défier entre eux au foot ou par un autre sport ».

À la fin du match, l’arbitre Hakim a tenu à faire un discours fédérateur auprès des jeunes joueurs. « On doit être capable de vivre ensemble. On a tous kiffé ! Aujourd’hui c’est symbolique ce que l’on a vu. On est tous d’Auber ! »

Emeline Odi

Articles liés

  • Une laverie solidaire pour moins de solitude

    #BestOfBB Mariam, Rahima et Aminata Cissokho, trois sœurs originaires de Sarcelles (Val d’Oise), portent un projet inédit en France : une laverie solidaire. Un lieu unique situé au centre social Les Doucettes de Garge-lès-Gonesse qui associe un espace de coworking, une cafétéria, ainsi qu’un espace jeu pour les enfants. Un projet qui permet de créer du lien social entre les bénéficiaires et d'optimiser le temps d’attente du linge propre. Reportage.

    Par Emeline Odi
    Le 28/07/2021
  • Marche pour Adama : un combat qui se transmet de génération en génération

    A Beaumont-sur-Oise, plus de deux mille personnes ont apporté, samedi 17 juillet 2021, leur soutien à la famille d'Adama Traoré -enfin réunie au complet après la récente libération de Bagui. Mais l'annonce de la décoration des trois gendarmes mis en cause dans l'affaire étaient sur toutes les lèvres. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 18/07/2021
  • Grand oral, « un sentiment de bazar assez général »

    La toute nouvelle épreuve du baccalauréat a débuté le 21 juin et se déroule jusqu’au 2 juillet 2021. Les enseignants font remonter de nombreux dysfonctionnements, tant sur la réflexion pédagogique de ce grand oral en amont que sur son organisation. Du côté des candidats, les expériences sont inégales. Reportage au collège-lycée Jean-Renoir à Bondy.

    Par Louise Aurat
    Le 29/06/2021