SPECIAL PEPITES DU CINEMA. Meryem Benm’Barek-Aloïsi, 29 ans, présente aujourd’hui aux Pépites du Cinéma son quatrième court-métrage, Nor, huis clos amoureux en automobile entre les acteurs Emilia Derou-Bernal et Slimane Dazi. Portrait.

« Il nous tient vraiment à cœur de mettre en avant des filles, car le milieu du cinéma est très peu féminin, souligne Aïcha Bélaïdi, déléguée générale des Pépites du Cinéma. Cela fait deux ans que Slimane Dazi me parle de Meryem et quand j’ai vu son film, j’ai constaté qu’il y avait là un vrai talent en train d’éclore ». Nor, ce huis clos tourné en Belgique, est le quatrième court-métrage de la réalisatrice franco-marocaine Meryem Benm’Barek-Aloïsi. Le quatrième avec son voisin de quartier, acteur et ami Slimane Dazi, aussi. « Slimane, c’est un peu ma muse », avoue Meryem en souriant.

Née à Rabat (Maroc) en 1984, Meryem est la benjamine d’une famille de trois enfants. À l’âge de 6 ans, elle suit ses parents en Belgique où son père travaille comme juriste et sa mère comme employée du Consulat du Maroc. Au lieu d’y rester cinq ans, la famille y passe douze années. Douze années durant lesquelles Meryem s’éclate entre les quartiers d’Anderlecht et Forest (« je connaissais tous les terrains de jeu ») puis connaît une enfance « en dehors » suite à un drame. « J’étais vraiment dans mon monde, je fuyais la réalité qui ne me plaisait pas du tout ».

Élève également « en dehors », « je contestais pas mal les choses, j’étais bien en marge », Meryem regrette que « le système ne s’adapte pas aux enfants et que ce soit aux enfants de s’adapter au système ». Au lycée, elle déménage avec sa famille à La Rochelle, mais vit plutôt mal l’expérience : « c’était extrêmement difficile, c’était une ville plate et hyper cloisonnée ». Son Bac L option Arts plastiques et Théâtre en poche, elle s’installe seule à Paris, « une question de vie ou de mort », cette ville que « j’ai adopté et qui m’a adoptée en retour ».

En parallèle de ses études en Langues et civilisations arabes à l’Institut national des langues et des cultures orientales (INALCO), Meryem prend des cours de théâtre à l’Ecole internationale de création audiovisuelle et de réalisation (EICAR), au sein de la Compagnie des anges et des démones et au cours Florent. Elle enchaîne les expériences en France comme au Maroc dans des films et sur les planches, mais souffre de n’être jamais là où il faut : « soit je faisais pas assez rebeu, soit je faisais pas assez Françoise… ». Extrêmement exigeante, Meryem ne supporte pas de faire des concessions « quand t’es comédien, il faut savoir faire des sacrifices, des pubs… Pour moi, c’était hors de question ». La guerre de Gaza vient d’éclater, Meryem s’empare d’une caméra et part filmer durant quatre mois le street-art entre le Liban, la Jordanie et la Palestine. Un film encore inachevé.

Le cinéma, Meryem y est venue « progressivement, du fait que j’avais besoin de m’exprimer par quelque chose ». Il y avait certes, petite, l’influence de son père passionné de comédies musicales égyptiennes. Puis plus tard, sa fascination pour le cinéma de Cassavetes et Pialat, Ken Loach, Andrea Arnold, Artavazd Pelechian. Récemment, c’est Djinn Carrénard qui l’a marquée : « Donoma m’a subjugué même si c’est loin de ce que je fais ; ça m’a donné foi en l’avenir du cinéma ». Meryem fait d’ailleurs partie des 9 candidats (sur 350) à avoir été accepté au prestigieux Institut national supérieur des arts du spectacle (INSAS) de Bruxelles en 2010, option réalisation. Et a réalisé trois courts-métrages dans ce cadre : L’after-shave (2009), La dérobade et Penthésilée (2010).

Le cinéma français – ou « parisien » comme elle le définit – n’est pas le miroir dans lequel elle se reconnaît : « tous les films se ressemblent. On montre toujours la même classe sociale qui est une minorité en France. J’ai l’impression que c »est du cinéma fait pour les gens qui font du cinéma ». Le cinéma marocain ne lui convient pas non plus : « on n’arrive pas à construire des histoires qui nous sont propres. Les réalisateurs cherchent à faire des films pour plaire à l’Occident, du coup on se pose encore une fois comme colonisés ».

Elle qui n’a pas grandi dans les banlieues françaises, considère qu’elles n’ont rien à voir avec la Belgique : « À Bruxelles, il n’y a pas de banlieue, il y a des quartiers extrêmement communautaires ». Face à l’islamophobie ambiante, Meryem s’interroge : « il faut réfléchir au fond du problème : quelle place donne la France aux jeunes issus de l’immigration ? À un moment donné, il faudra qu’elle accepte son passé ».

Elle qui aime décontextualiser les histoires qu’elle raconte serait « extrêmement vigilante vu le contexte socio-politique actuel » si elle devait un jour filmer la banlieue. Car selon elle, « filmer les quartiers demande beaucoup de dextérité : on peut vite tomber dans les clichés ou l’autoérotisation ».

 

Claire Diao

 

 

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