Le Bondy Blog : Si tu devais te présenter…

Liqid : Je m’appelle Tarafa alias Liqid, je rappe depuis tout jeune. En février 2017 avec quelques amis, on a décidé de se rendre en Jordanie afin de monter un atelier de hip-hop dans un quartier d’Amman afin de faire partager notre passion à la jeunesse locale.

Le Bondy Blog : Tu as lancé l’atelier Wameed à Amman en Jordanie l’an passé, pourrais-tu nous parler de ce projet ?

Liqid : J’ai eu l’idée avec l’un de mes plus proches amis, Rémy, originaire de Syrie tout comme moi. On s’est dit que ce serait cool d’aller là-bas puisque la scène rap devient de plus en plus importante avec beaucoup d’artistes de talent qui émergent. De plus, avec les évènements dont ils sont témoins, ils ont énormément de choses à raconter et extérioriser. On a donc essayé de trouver des contacts sur place afin de leur parler de notre idée et on a eu l’appui de plusieurs artistes comme Emsallam, un des artistes les plus écoutés en Jordanie. Il commence d’ailleurs à s’exporter au-delà de ses frontières. Sa présence représente un énorme coup de pouce. Nous avons également reçu un très grand soutien de la part d’associations telles que Bibliothèque sans frontières (BSF) qui a été présente dès le départ. Sur place, nous avons été soutenus par l’association CARE. Nous avons organisé un premier voyage durant l’été 2016 afin d’organiser l’atelier, rencontrer les jeunes et les différents acteurs sur place. Nous nous sommes basés dans le quartier Hashmi Shamali à Amman. Nous y sommes retournés en février 2017 afin de lancer l’atelier avec Bonetrips, mon beatmaker, Monsieurtok, Remy Dahi et moi-même côté français et Emsallam, Synaptik puis Karam Abu Ali côté jordanien. Nous avons appris aux jeunes à rapper dans les temps, à écrire de bonnes rimes mais également à réaliser des instrumentales, les mixer et réaliser des clips. Il y avait une soixantaine de jeunes essentiellement syriens, mais également des Irakiens et quelques Jordaniens.

Le Bondy Blog : Tu as rencontré l’un de tes cousins, Alzobair Sahloul, au cours de cet atelier hip-hop. Tu ignorais jusqu’alors son existence. Tu as enregistré un morceau avec lui. Une sacrée coïncidence !

Liqid : Tout à fait ! Je l’avais déjà remarqué lors de mon premier voyage en Jordanie puisqu’il était extrêmement motivé, il avait assisté à toutes les réunions de préparation et très curieux. Lorsqu’on est rentré avec Rémy on avait toujours en tête ce garçon et on espérait qu’il vienne à l’atelier en février. Lorsqu’on est revenu pour démarrer l’atelier, il était le premier à arriver avec quelqu’un que je pensais être son ami mais qui s’est avéré être son frère ! En parlant avec eux, je me suis rendu compte qu’ils venaient de Homs en Syrie tout comme mes parents, qu’ils portaient le même nom de famille que moi, je n’en revenais pas ! J’ai eu la chance de rencontrer leur père qui est un grand fan de généalogie et qui m’a déroulé tout son arbre généalogique où y figurait mon père, c’était vraiment dingue. Alors, avec mon cousin, on a enregistré un morceau qu’on a mis sur soundcloud dont il est très fier.

Le Bondy Blog : Pour quelles raisons t’es-tu décidé à te lancer dans le rap ?

Liqid : J’ai toujours aimé écrire, bien avant de faire du rap. Je me souviens que j’écrivais sans cesse que ce soit à l’école ou chez moi, j’adorais vraiment ça. Puis, dans mon quartier d’enfance à Vaulx-en-Velin, le hip-hop était extrêmement présent. J’en ai donc grandement été influencé et ça me permettait de faire passer des messages à travers mes écrits.

C’est important pour moi d’évoquer tous les sujets avec un peu d’humour et ne pas sombrer dans un rap triste et moribond

Le Bondy Blog : Tu te positionnes dans un rap assez conscientisé mêlant humour et dérision dans certains de tes textes. Pourquoi avoir choisi de rapper de cette manière ?

Liqid : C’était important pour moi d’évoquer tous les sujets avec un peu d’humour et ne pas sombrer dans un rap triste et moribond, c’est pour cette raison que j’évoque plusieurs sujets d’actualité avec ma petite touche d’humour au lieu de me morfondre et écrire un texte beaucoup trop conscient qui serait moins accessible.

Le Bondy Blog : Tu as été membre du groupe lyonnais « Les Gourmets », tu as sorti deux albums en solo, « Liqid contre le reste du monde » en 2013 et « Imbéciles heureux » en 2015. Quels étaient les retours à l’époque ? Quel bilan en tires-tu aujourd’hui ?

Liqid : J’ai eu de très bons retours concernant ces deux projets. Bien évidemment vu que je suis en indépendant, je n’ai pas bénéficié du soutien de grandes stations de radio ou de grands médias généralistes, j’étais un peu sous les radars. Mais ces deux albums ont permis à mon équipe et moi-même de nous produire sur la scène de plusieurs festivals à travers la France donc ce n’est que du positif. Aujourd’hui, je me dis que je pourrais faire encore mieux étant donné que je suis un peu perfectionniste mais je suis tout de même relativement content de ces deux projets !

Le Bondy Blog : À travers tes morceaux et tes vidéos on voit que la situation au Moyen-Orient te préoccupe beaucoup, pourquoi selon toi ?

Liqid : Oui c’est vrai, cela est dû à mes origines syriennes. On a atteint un stade où la population syrienne se fait totalement décimée en toute impunité et dans le silence de la communauté internationale depuis plus de sept ans. J’essaie tant bien que mal d’avoir des nouvelles de ma famille restée sur place mais c’est de plus en plus dur. C’est également difficile de voir que la communauté internationale est passive face à ce qu’il se passe là-bas.

Liqid & Bonetrips – Le pire vacancier du monde (Gonzo84)

Nouveau clip ! Pas de vacances pour Gonzo84 🌴🍹😡

Publiée par Liqid sur mercredi 25 avril 2018

Le Bondy Blog : Quels sont tes projets ?

Liqid : Avec mon équipe, nous allons retourner en Jordanie voir comment se passe notre atelier sur place, puis essayer de monter ailleurs un autre projet de ce type. Nous n’avons pas déterminé encore dans quel pays. Dans le même temps, je travaille sur mon EP qui devrait sortir très prochainement !

Propos recueillis par Félix MBENGA

Crédit photo : Elsa Goudenege

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