« Macron démission ! », « Macron, on va recommencer ! » Les slogans résonnent d’un bout à l’autre de la place de la République, noire de monde ce samedi 17 octobre. Depuis la gare du Nord, les manifestants ont afflué vers le point de départ du cortège parisien. La foule déborde dans les rues adjacentes. Lycéens, étudiants, gilets jaunes et manifestants de tous âges se retrouvent pour dénoncer la vie chère et la politique du gouvernement. Au milieu de cette foule hétéroclite, les plus jeunes se distinguent par leurs pancartes et leurs références, empruntées aussi bien à l’histoire qu’à la culture populaire.
Selon le bilan communiqué samedi soir par le ministère de l’Intérieur, 550 000 personnes ont manifesté à travers la France, dont 110 000 à Paris. Les organisateurs revendiquent de leur côté 800 000 participants à l’échelle nationale. Une mobilisation d’ampleur, dans le prolongement du mouvement social qui secoue le pays depuis plusieurs semaines.

« Ils veulent 1984, ils auront 1789 »
Sur l’une des pancartes, une formule attire l’attention : « Ils veulent 1984, ils auront 1789. » D’un côté, la société de surveillance imaginée par George Orwell. De l’autre, la Révolution française. En quelques mots, le slogan résume le rejet d’un pouvoir jugé autoritaire et la volonté d’en découdre.
À quelques mètres, une autre pancarte interroge : « Avez-vous si peur que ça de la nouvelle ère ? » Une référence à Shanks le Roux, personnage du manga One Piece. Au-dessus des têtes flottent d’ailleurs plusieurs drapeaux de l’équipage de Luffy, héros de la série japonaise. Dans cet univers, les pirates défient l’ordre établi et se battent pour leur liberté. Des références populaires devenues, dans les cortèges, autant de symboles de contestation.

De la Révolution française à One Piece
« Pays des Lumières, qui l’a éteinte ? », interroge une autre pancarte, détournant l’héritage intellectuel dont la France se réclame. Un peu plus loin, trois mots : « Abattons la citadelle. »
Au milieu du rassemblement, un cheval de Troie réalisé par des étudiants en art complète le tableau. La référence à la mythologie grecque côtoie celles de la Révolution française et des mangas japonais. Autant d’images empruntées à des époques et des univers différents, réunies dans une même manifestation.
Ici, les jeunes manifestants ne semblent pas disposés à attendre leur tour pour prendre la parole. Sur la place, les slogans se répondent et les chants circulent d’un groupe à l’autre. Un drapeau palestinien est accroché en hauteur. Des hommages aux Algériens tués lors du massacre du 17 octobre 1961, dont on commémore ce samedi le 65e anniversaire, apparaissent également parmi les messages des manifestants. Les références historiques et les solidarités internationales se mêlent aux revendications du jour.

Des lacrymogènes et un abribus en flammes
Mais l’atmosphère se tend avant même le départ du cortège. Les forces de l’ordre font usage de gaz lacrymogènes sur la place de la République. Quelques minutes plus tard, des flammes apparaissent à proximité d’un abribus. Une épaisse fumée se répand tandis que des manifestants continuent d’occuper les lieux.
Certains s’arrêtent pour filmer la scène ou prendre des photos devant l’incendie. Les cris se mêlent à la confusion. Puis, à l’arrivée des secours, un nouveau slogan retentit : « Allez les pompiers, allez les pompiers ! » Les encouragements fusent, contrastant avec les tensions qui viennent de traverser la place.
Les affrontements ne se limitent pas à la capitale. À Marseille, Lyon ou encore Bordeaux, la journée est également marquée par des tensions entre manifestants et forces de l’ordre. Dans la soirée, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez fait état d’environ 400 interpellations à travers le pays. À Paris, la préfecture de police en recensait déjà 195 en fin d’après-midi.
Sur la place de la République, les drapeaux pirates flottent au-dessus des pancartes révolutionnaires. De George Orwell à One Piece, les jeunes manifestants empruntent à l’histoire et à la culture populaire pour exprimer leur colère. Sur l’une des pancartes, une formule résume leur état d’esprit : « La jeunesse, c’était mieux maintenant. »
Sofiane Zerouala