« Les lycéens nous ont réveillés. » À Paul Éluard, à Saint-Denis, les élèves ont donné le ton. Leurs professeurs ont décidé de leur emboîter le pas. Lundi 12 octobre, onze enseignants et surveillants ont occupé leur établissement, le temps d’une soirée, voire d’une nuit. Une façon de prolonger la contestation qui agite le lycée depuis plusieurs semaines.
À la veille d’une nouvelle journée de mobilisation nationale, une banderole « Lycée occupé » a été accrochée aux grilles de l’établissement, avant d’être retirée. Les occupants en ont confectionné une seconde. Ils ne sont qu’une dizaine, sur les quelque 180 membres du personnel, mais assurent bénéficier du soutien d’une partie de leurs collègues.
Leurs revendications sont précises : la pérennisation des contrats à durée déterminée, l’engagement de ne pas sanctionner les élèves mobilisés et le paiement des jours de grève. Ils dénoncent également les fermetures de l’établissement, destinées selon eux à casser le mouvement lycéen.
Derrière ces demandes, une colère plus profonde affleure. Celle de personnels confrontés au manque de moyens, aux tensions avec leur direction et aux interventions policières qui ont émaillé la mobilisation.
« Les lycéens nous ont réveillés »
À Paul Éluard, les élèves n’ont pas seulement entraîné leurs professeurs dans la rue. Ils les ont aussi poussés à regarder autrement leur propre quotidien.
« Les langues se sont déliées. Les professeurs étaient dans le déni et acceptaient tristement le sort de l’Éducation nationale. Les lycéens nous ont réveillés », raconte Samia*, enseignante dans l’établissement.
Classes surchargées, locaux vétustes, manque de moyens : les griefs ne datent pas d’hier. Samia pointe notamment les effectifs par classe, qui compliquent l’accompagnement des élèves. Elle dénonce aussi la compétition imposée par le système scolaire et l’angoisse que suscite Parcoursup chez les lycéens.
Les vidéos montrant l’état de l’établissement auraient contribué à donner davantage d’écho à la contestation. « Les images sont toujours plus parlantes », souligne-t-elle.
« Notre boulot, c’est de protéger les élèves »
La mobilisation a aussi bousculé les priorités d’une partie du corps enseignant. Face aux tensions qui entourent les blocages, certains estiment que leur place est désormais autant aux côtés des lycéens que devant leurs classes.
« Notre boulot, c’est d’aller protéger les élèves dehors plutôt que de donner cours », explique Thomas*, enseignant mobilisé.
Les interventions policières aux abords de l’établissement ont laissé des traces. Les professeurs interrogés racontent leur inquiétude face aux récits de violences rapportés par leurs élèves.
« Ça me rend folle que mes élèves soient tabassés », confie Sarah*, une autre enseignante.
Pour ces personnels, la contestation dépasse désormais la seule question des moyens. Il s’agit aussi de soutenir une jeunesse dont ils voient les inquiétudes grandir. Certains lycéens continuent d’assister aux cours tout en soutenant le mouvement. D’autres, selon les enseignants, redoutent de revenir dans l’établissement.
Les élèves ont donné l’élan, les profs prennent le relais
Les cours ont repris jeudi dernier à Paul Éluard, mais de nombreux élèves manquent encore à l’appel. La reprise de l’enseignement n’a pas signé la fin de la contestation.
Les annonces gouvernementales n’ont pas davantage convaincu les personnels mobilisés, qui les jugent insuffisantes. Ils envisagent de poursuivre leur action à partir de mercredi, sans décision définitive à ce stade.
« Je pense que c’était important de prendre le relais et de donner de la force aux élèves », résume Samia. « Ils ont donné l’élan, et maintenant, c’est à nous de suivre. »
Sofiane Zerouala
*Les prénoms ont été modifiés.