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« Vous avez besoin de la jeunesse. » Sur une pancarte brandie place de la République, ce mardi 6 octobre à Paris, le message donne le ton. En ce jour de manifestation, la jeunesse a largement répondu à l’appel.

À République, puis dans le cortège jusqu’à Nation, lycéens et étudiants sont venus en nombre, rejoints par des enseignants, des parents et des militants syndicaux. Entre 20 000 et 40 000 personnes étaient attendues dans la capitale, selon les estimations des autorités. En région, 86 000 manifestants avaient déjà été recensés à la mi-journée par le ministère de l’Intérieur.

Pancartes, slogans, chants : la jeunesse se fait entendre. Et surtout, elle semble déterminée à ne pas s’arrêter là. Depuis le 17 septembre, les blocages se multiplient dans les lycées. Ce mardi, 891 établissements étaient perturbés ou fermés en France, dont 250 en Île-de-France.

Derrière les revendications sur les moyens, les classes surchargées, les professeurs non remplacés ou encore les bâtiments dégradés, une même inquiétude revient dans les témoignages : celle de l’avenir.

« Même avec 16 de moyenne, il pense qu’il n’aura pas sa chance »

Thomas, 34 ans, est professeur de SVT. Après deux années comme contractuel, il vient de commencer son année de stage et enseigne désormais dans un lycée de Seine-et-Marne. Dans son établissement, les conditions matérielles sont plutôt correctes. Cela n’a pas toujours été le cas, notamment lors de son expérience en Seine-Saint-Denis.

Il raconte le cas d’un lycéen de Saint-Ouen, 16 de moyenne, qui rêvait d’intégrer une grande école. Lors d’un grand oral de répétition, l’élève lui a pourtant confié qu’il ne pensait pas être pris « parce qu’il vient de Saint-Ouen ».

« Ils sont très lucides sur la manière dont les choses se passent », raconte Thomas. « Je fais ce qu’on me dit, mais je sais que je n’aurai pas ce que je veux », résume-t-il pour décrire l’état d’esprit de certains de ses élèves.

Le professeur dit avoir du mal à les rassurer. « Je ne peux pas leur dire qu’ils ont tort parce que je suis d’accord avec eux. » Pour lui, le problème dépasse largement les murs des établissements. « C’est un jeune de 18 ans et il n’a aucune confiance en l’avenir. »

« On manifeste en soutien du public »

Ilya, 17 ans, est scolarisé au lycée Henri-Matisse de Montreuil. Son établissement est privé. Il est pourtant venu manifester pour défendre l’école publique. Son lycée public de secteur était surchargé. Sanitaires dégradés, professeurs absents : sa mère, inquiète pour son avenir, a finalement choisi de l’inscrire dans le privé, à contrecœur. « Elle le vit mal », raconte-t-il.

Lui-même préfère parfois ne pas préciser qu’il est scolarisé dans le privé lorsqu’il rencontre les amis de sa mère, très engagés à gauche. Ce mardi, pourtant, sa place est dans le cortège : « On manifeste en soutien du public. »

Le paradoxe dit aussi quelque chose de la mobilisation : même ceux qui ont pu échapper aux difficultés dénoncées dans le cortège refusent de les accepter pour les autres.

« On nous retire tellement tout qu’on ne sait pas ce qu’on fera demain »

Thomas Gachowski, 25 ans, est adjoint au maire de Savigny-le-Temple et étudiant en master 2 de droit. Il y a neuf ans, il bloquait déjà son lycée pour des raisons similaires.

Depuis, dit-il, rien ne s’est arrangé. Au contraire. Dans sa ville, il décrit des classes surchargées, des bâtiments vieillissants, des établissements qui restent des « passoires thermiques » après des décennies sans rénovation suffisante. Il pointe aussi Parcoursup et les inégalités d’orientation. « C’est d’une violence inouïe », déplore-t-il.

Il retrouve aujourd’hui dans les cortèges la même colère que lorsqu’il était lycéen. « On ne sait pas où on va. On nous retire tellement tout qu’on ne sait pas ce qu’on fera demain. On n’est même pas sûrs d’avoir un avenir. »

« Le toit nous est tombé dessus »

Noah, 17 ans, vient lui aussi d’un lycée de grande couronne, en Seine-et-Marne. Il décrit des moyens encore plus faibles que dans les établissements de petite couronne.

« Il y a énormément de délabrement. Le toit nous est tombé dessus en partie. » Dans sa filière technologique, raconte-t-il, les ordinateurs sont tellement anciens qu’ils sont devenus obsolètes.

Malgré le blocus, son lycée tente de maintenir les cours à distance. Lui compte poursuivre la mobilisation.

« Je me bats pour son présent et son avenir »

Dans le cortège, des adultes sont également venus soutenir les jeunes. Séverine, membre de la CGT et enseignante à Paris dans le secteur médico-social, travaille auprès d’adolescents et d’adultes autistes. Elle est aussi mère d’un collégien qui s’apprête à entrer au lycée.

En vingt ans, elle dit avoir vu les conditions d’enseignement se dégrader, avec une accélération « majeure » depuis cinq ans. Pour les élèves en situation de handicap, le constat est encore plus difficile. Elle pointe le manque d’enseignants formés et de postes, ainsi qu’un accueil insuffisant.

« Ce qui se passe est inadmissible. » Ce mardi, elle est venue défendre ses collègues, mais aussi son fils. « Je me bats pour son présent et son avenir. »

Une mobilisation qui ne retombe pas

Cette détermination intervient alors que le mouvement s’est accompagné d’un niveau inédit d’interpellations. 6 059 personnes ont été interpellées depuis le 28 septembre, selon les chiffres communiqués mardi ; 215 élèves ont été blessés et 715 policiers ou gendarmes également. Dix enquêtes ont par ailleurs été confiées à l’IGPN depuis le début du mouvement.

Mais place de la République comme dans le cortège, ce sont les jeunes qui donnent le ton. Ils chantent, brandissent leurs pancartes, interpellent les passants. Certains sont venus pour leur lycée, d’autres pour leurs camarades. Des parents sont là pour leurs enfants.

Derrière les revendications très concrètes sur les moyens, les bâtiments ou les effectifs, c’est finalement la même inquiétude qui revient : celle d’une génération à qui l’on demande de préparer son avenir alors qu’elle doute de plus en plus d’en avoir un.

Après trois semaines de mobilisation, elle semble en tout cas déterminée à ne pas laisser les autres en décider seuls.

Sofiane Zerouala

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