La laverie, ce lieu où l’on s’ennuie à mourir devant les machines à laver et les sèche-linges, à fixer le hublot en attendant que le linge soit sec et propre. Mariam (32 ans), Rahima (27 ans) et Aminata (25 ans) ont décidé de mettre fin à cette attente interminable en lançant leur projet en octobre 2019. Les trois sœurs ont décidé de réinvestir une laverie située dans le centre social des Doucettes de Garge-lès-Gonesse, pour en faire un lieu aussi utile qu’agréable.

De la corvée solitaire à la laverie solidaire

Le projet se nomme ‘Laco’Work & Co’. “‘La’ c’est pour la laverie, ‘Co’ pour le côté cosy, ‘work’ pour l’espace coworking et le ‘Co’ renvoie à notre collaboration avec le centre social Les Doucettes de Garge-lès-Gonesse” précise Rahima, demandeuse d’emploi, qui est à l’origine du nom de l’initiative.

Les personnes sont soit sur leur téléphone, soit dans l’attente et fixent le hublot. On s’est dit ‘pourquoi ne pas créer un concept cool qui ferait en sorte d’optimiser le temps de lavage.

L’objectif est de transformer la laverie en “un tiers-lieu” qui mêle le service de laverie à différentes activités en lieux publics : une cafétéria, un espace de coworking, et une aire de jeux pour les enfants. Cette association crée du lien social entre les clients et permet de combler leur temps d’attente.

La laverie possède déjà quatre machines à laver, deux sèche-linges et un espace de jeu dédié aux enfants. Quant à la cafétéria, elle ouvrira bientôt ses portes dès que les travaux seront terminés.

Faire de la corvée un plaisir.

L’idée leur est venue après avoir partagé leurs expériences personnelles, presque universelles, dans les laveries. “On allait toutes les trois à la laverie automatique pour laver notre linge”, explique Rahima Cissokho. ‘“On s’ennuyait pas mal à la laverie, c’était vraiment une corvée”, ajoute Aminata Cissokho, étudiante en licence de commerce international.

La laverie et ses hublots, devenus seuls compagnons de voyage en temps de Covid-19.

“On voyait qu’il y avait pas d’interaction dans la laverie, les personnes sont soit sur leurs téléphones soit dans l’attente et fixent le hublot. On s’est demandé ‘Pourquoi ne pas créer un concept cool qui ferait en sorte d’optimiser le temps de lavage’” poursuit Aminata. “Avec ce projet, les trois sœurs veulent transformer le calvaire de la laverie. C’est  « faire de la corvée un plaisir”, plaisante Jean-Luc Coll, directeur du centre social Les Doucettes.

Le fait de voir cet espace lugubre, on s’est dit pourquoi ne pas transmettre cette ambiance que l’on a chez nous, pour rendre ce lieu plus humain et plus convivial.

Les trois sœurs, très complices, veulent transmettre la convivialité et la bonne ambiance qui règnent au sein de leur famille dans leur projet. “Chez nous c’est très social, on est toujours ensemble, en train de parler”, déclarent à l’unisson les trois sœurs. Elles veulent redorer l’image de la laverie qui est un lieu souvent décrit comme étant morne et monotone. “Le fait de voir cet espace lugubre, on s’est dit pourquoi ne pas transmettre cette ambiance que l’on a chez nous, pour rendre ce lieu plus humain et plus convivial”, indiquent les sœurs sarcelloises.

Dans l’ombre de ce projet, le modèle de leurs parents, qui ont été une source d’inspiration et de motivation pour le développement de leur laverie conviviale et solidaire. “Nos parents sont un modèle de réussite pour nous. Ils sont partis de rien et ils ont mis au monde des enfants qui essayent d’entreprendre des choses”, confie Aminata.

Un projet aux valeurs sociales

Les sœurs Cissokho collaborent avec le centre social associatif Les Doucettes qui est implanté  au cœur du quartier des Doucettes et des Basses-Neuves depuis 1992. Dirigé par Jean-Luc Coll, le centre social est subventionné à 90% par la commune de Garge-lès-Gonesse, la CAF, la NCT, et l’OGIREP.

Avec le concept de la laverie solitaire, le directeur espère que le centre social développera ses propres ressources, après une année marquée par les fermetures dues à la pandémie de Covid-19. Avec ‘Laco’Work & Co’, les trois créatrices espèrent faire venir le plus de monde possible à la laverie et ainsi qu’au sein du centre social.

La convivialité et le lien social sont des valeurs propres aux centres sociaux. On partage ces mêmes valeurs au sein de ce projet

Jean-Luc Coll approuve la collaboration entre son centre social et le projet des sœurs Cissokho. Pour lui, le projet de la laverie solidaire reprend les valeurs mêmes d’un centre social. “La convivialité et le lien social sont des valeurs propres aux centres sociaux. Depuis une dizaine d’années les centres sociaux développent cette philosophie dite ‘d’aller vers’. On partage ces mêmes valeurs au sein de ce projet”, analyse le directeur.

Les trois sœurs souhaitent par la suite développer d’autres services comme le ramassage et la livraison de linge. “On veut toucher le plus de population possible. Il y a certaines personnes que l’on ne peut pas atteindre, comme les personnes âgées. On aimerait qu’ils profitent de nos services”, déclare Aminata.

Le futur espace détente pour les enfants en attendant le linge propre.

Trois soeurs lauréates de la Bourse de l’entrepreneuriat engagé

Mariam, Rahima et Aminata ont pu concrétiser leur projet grâce à l’obtention de la Bourse de l’Entrepreneuriat Engagé. Le département du Val d’Oise a mis en place, en 2020, une bourse destinée aux jeunes entrepreneurs val d’oisiens âgés de moins de 30 ans. Les candidats à la bourse ont pu recevoir une formation de la part de Initiactive 95 (premier réseau de financement et d’accompagnement de la création d’entreprise dans le Val d’Oise).

L’organisme les a accompagnés pour faire mûrir leur projet entrepreneurial. “On a été formé par des minis stages où l’on a travaillé la présentation du projet et la préparation du pitch final avant le passage devant le jury”, se souvient Rahima.

60 000 euros ont été investis par le département du Val d’Oise. Au total, 10 lauréats ont bénéficié de la bourse du département. Les sœurs Cissokho ont reçu 10 000 euros pour le développement de leur projet Laco’Work & Co. La laverie solidaire est le premier projet de Mariam, Aminata et Rahima mais les trois soeurs promettent que ce ne sera pas le dernier.

Emeline Odi

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