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C’est un bar d’après guerre comme on les voit dans les films en noir et blanc, avec plus de places sur le zinc qu’autour des tables éparpillées au fond de la salle. Avec un patron, Massimo, qui connaît tout le monde, tape le carton et roule les dés avec ses clients entre deux cafés servis, dans une petite cavité aménagée en bout de comptoir. Un bar où l’on serre la main de tout le monde, connu ou inconnu, avant de commander sa bière.

C’est donc aux « Armes de la ville » qu’on trouve Mohammed, Djamel, Radouane, Nasser, Joe et beaucoup d’autres, les 30-40 ans, la seconde génération, qui bosse et n’apparaît qu’après 18 heures. Ici, on appelle « les mômes » les jeunes qui ont mis le feux aux voitures il y a deux semaines. Et beaucoup des clients des « Armes » s’en occupent, comme éducateurs, profs, moniteurs ou volontaires dans les associations de quartier et les clubs de sport.

Du coup, le discours de Nasser, un baraqué en pleine forme, est minoritaire:

– Moi, les mômes qui font des conneries, c’est tolérance zéro. Ils n’ont pas envie de se lever le matin! Ils veulent des tunes sans travailler! Ils n’ont aucune envie de s’intégrer! Et ils nous font du mal, parce que cette histoire, ça va encore nous retomber dessus.

De fait, la plupart des grands frères ici présents étaient sur le pont dès le premier jour des émeutes.

– C’est eux qui ont calmé les mômes, dit Mohammed. Pas le couvre-feu. Mais c’est Sarko qui va en récupérer tout le crédit.

Radouane, lui, est un cas particulier. Alors qu’aucun autre ne bouge, il est parti, il a quitté Bondy durant huit ans faire le tour de la France, connaître son pays. Il s’est marié, fait deux enfants, puis divorcé. Pour éviter de plonger, il est rentré à Bondy, où tout de suite des mains lui ont été tendues.

– Notre génération a eu beaucoup de chance, mais on n’a rien laissé derrière nous. On était inquiet. On est entré sur le marché du travail quand il commençait à ne plus en avoir. On s’est faufilé, on a pas pensé aux autres.

Du coup, pour payer ses dettes, il donne tout. La journée, il travaille dans un lycée. Le soir, il entraîne le Racing Club Blanqui, un club de foot de quartier sur lequel France 2 a récemment tourné un petit reportage et dont il va falloir qu’on reparle ici. Et le week-end, il donne un coup de main à une association qui s’occupe des Maliens sans papiers de la ceinture de Paris.

Serge Michel

Serge Michel –

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