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Depuis l’affaire Weinstein, la parole des femmes sur le harcèlement sexuel se livre sur Twitter avec #BalanceTonPorc, le hashtag avec lequel des femmes témoignent des harcèlements qu’elles ont vécus. Mais certains s’en offusquent et voudraient qu’on ne se concentre que sur les « mecs bien ». Et si nous les mecs nous nous taisions enfin ?

Derrière ces personnes, ces mecs, qui s’offusquent face à #BalanceTonPorc réside un des plus gros problèmes de notre société : elle ne sait pas faire face à ses problèmes, elle ne veut pas faire face à ses fléaux. Je n’arrive pas à comprendre que face au harcèlement sexuel que subissent les femmes, certains voudraient qu’on se concentre sur ceux qui sont « bien ». Comme Laurent Bouvet et beaucoup d’autres qui voudraient qu’on mette « en valeur les hommes qui ne se conduisent pas comme des porcs« .

Mais quel est le but ? Pourquoi devrions-nous mettre le projecteur sur ceux qui se comportent normalement, sur ce qui devrait être la norme, quand il y a tant de propos plus que déplacés, tant de gestes inadmissibles ?! Pourquoi nous les mecs n’arrivons-nous pas à nous remettre en cause, à questionner la misogynie que nous avons intériorisée et avec laquelle nous nous accommodons très facilement ?! Il est temps aujourd’hui de faire face à nos comportements honteux.

La misogynie et le harcèlement envers les femmes ne s’affirment pas toujours au grand jour, ce n’est pas toujours la tape sur les fesses, c’est aussi la femme qu’on appelle « la fille », ce sont ces habitudes paternalistes que nous avons au quotidien, c’est lorsqu’on appelle une collègue « ma mignonne ». Et vous voulez qu’on mette l’accent sur les moments où vous vous comportez normalement ? Vous voulez vous jeter des fleurs, vous conforter dans votre ego au lieu de déconstruire tout cela ?!

Est-ce qui vous viendrait à l’idée d’applaudir une personne qui n’est pas raciste ?! Non ! Alors pourquoi voulons-nous sans cesse, nous les hommes, nous convaincre que l’on fait partie des hommes bien et nous voiler la face devant tout ce que nous faisons au quotidien de répréhensible ?

Et au-delà du fait de se remettre en cause, il nous faut, nous les hommes, déconstruire les mythes du « Mais c’est un mec », des prétendues “pulsions masculines“ qu’on ne saurait contrôler. Nous ne sommes pas des animaux, nous avons une raison, nous savons la portée de nos actions et nous cacher derrière des prétendus besoins c’est se dédouaner. C’est in fine dire aux femmes qu’elles devraient agir en fonction de ces pulsions. Que si ces pulsions sont irrépressibles et que tout contrôle sur elles est impossible, les femmes en seraient les dommages collatéraux, qu’elles doivent se cacher, qu’elles ne doivent pas sortir en mini-jupe parce qu’elles vont se faire violer. C’est ainsi que fonctionne la culture du viol.

La libération des femmes ne pourra se faire totalement qu’à partir de la déconstruction du culte de la masculinité très ancré dans notre société patriarcale. Mais en attendant que cela soit fait, commençons, nous les hommes, à soutenir la libération de la parole de nombreuses femmes et de faire en sorte que de nombreuses autres femmes puissent se sentir à l’aise pour témoigner, pour dire. Pour une fois, taisons-nous et laissons-les parler. Pour le bien de tous.

Miguel SHEMA

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