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Comme dans beaucoup de foyers, Whatsapp est devenu chez ma mère un essentiel de ses journées. Le fameux groupe familial est souvent animé par ses audios, ses informations sur les courriers reçus à la maison, ou les derniers visuels à la mode pour la fête de l’Aïd ou le Ramadan. Et évidemment que seraient devenues les relations avec la famille au Maroc sans l’application verte.

Depuis quelques mois, il y a eu Instagram aussi. Elle y passe ses soirées, ses matinées, et m’envoie toutes sortes de choses : des rappels au bon comportement quand je ne l’appelle pas, des cartes psychédéliques pour me souhaiter des bonnes journées, des vidéos sur l’importance des mamans… Depuis quelques semaines j’ai aussi le droit à des réels d’Instagram qui varient des faits divers aux vidéos de chats. Le dernier était une interview d’Anne Sinclair.

Alors lorsque la panne des réseaux sociaux liées à Facebook est survenue, il m’a semblé légitime de donner la parole à la première concernée de mon cercle le plus proche, pour comprendre comment cette déconnexion mondialisée a pu être vécue chez celles et ceux qui n’en n’ont pas rigolé sur Twitter. 

C’était la panique. J’ai cru que c’était mon téléphone qui avait lâché.

Jalal Kahlioui : Tu as 5 minutes pour parler de la panne d’hier soir ?
Sa mère : Oui, enfin, je travaille à la maison là, mais vas-y…

Qu’est-ce qu’il s’est passé pour toi hier soir ?
C’était la panique. J’ai cru que c’était mon téléphone qui avait lâché. J’insistais, j’insistais, comme j’utilise les réseaux sociaux moi aussi… C’est devenu une mode, et moi je suis devenue accro pour accompagner tous les événements de mes enfants, des gens que je suis… Et là hier, je vois que personne ne répond. Ça me fait échec, échec, échec. Depuis 5 heures de l’après-midi, jusqu’à 8 heures et demie du soir. 

J’ai dit à ton père, de regarder le téléphone. Il l’a regardé, il m’a dit qu’il n’avait rien.

Qu’est-ce que tu t’es dit ?
Pour moi c’était mon téléphone qui était cassé. Je me suis dit qu’il ne marchait plus. J’allais commencer à pleurer (rires) ! J’ai dit à ton père, de regarder le téléphone. Il l’a regardé, il m’a dit qu’il n’avait rien. Après il voyait de son côté, qu’il n’avait pas de signal non plus. On a pas pensé à une panne, tu vois ?

Comment tu as appris le fait que c’était une panne mondiale ?

C’est quand j’ai du appeler ta soeur. Qu’elle m’a dit que c’était pour tout le monde. J’étais contente, et ça m’a apaisée. Et j’ai éteint tranquillement !

Tu le connais toi Mark Zuckerberg ?
Bien sur que je le connais. C’est qui lui détient Facebook. C’est ce matin que j’ai vu sur Instagram, que c’était lié à Mark Zuckerberg. L’influenceur que je suis, avait lancé un avis de recherche sur lui pour qu’il règle le problème. Ça m’a fait rire !

Sans les réseaux, c’est comme si tu mangeais que du pain et de l’eau !

 

 

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Une publication partagée par Badir Aziz (@badir_aziz)


Badir Aziz, l’influenceur que suit la mère de Jalal Kahlioui, avait déjà fait une vidéo sur la panne le soir-même. 

Et dans la famille ils étaient au courant ?
C’est moi qui l’ai appris à ta tante, et ton oncle au Maroc. Ils ne savaient pas d’ou venait la panne. Personne le savait. Je pense qu’ils le diront à la télévision peut-être.

Cette panne elle t’as fait te rendre compte de ton utilisation des réseaux ?
Ah mais je peux pas rester sans ! Ah Nari (Bon Dieu, NDLR) ! C’est comme si tu mangeais que du pain et de l’eau ! C’est devenu essentiel pour moi, je te mens pas. Il y a mes copines, tout ce que tu veux (rires). On peut pas lâcher prise comme ça.

Ça a remplacé la télévision à la maison ?
Ah oui ! Je ne regarde plus du tout la télévision. Juste pour l’actualité, mais bon, je la vois aussi sur mon téléphone.

Qu’est-ce que tu regardes sur WhatsApp et sur Instagram ?
Sur WhatsApp, j’ai mes proches, les gens loin. Sur Instagram, je vois tous mes abonnements, je regarde l’actualité, où partent les gens, ou est-ce qu’ils voyagent, ce qu’ils cuisinent, comment ils aménagent leur maison. Tu vois comment les gens vivent, comment ils sortent… C’est vraiment intéressant «l’instagram».

Les réseaux, c’est un petit coin de chez toi dans ta tête. C’est devenu un compagnon de vie.

On dit que les réseaux sociaux, ça a tendance à isoler, toi ç’a t’as rapproché de ta famille ?
À 100%. Avant on ne partageait pas ces moments avec les enfants, comment ils grandissent. Ça rapproche beaucoup. On s’envoie des audios avec ta tante. Ça facilite beaucoup la communication, les relations entre frères et soeurs éloignés, la famille, tout… Après WhatsApp c’est bien et pas bien en même temps. Il y a des gens qui se sont déchirés aussi. Faut que tu le dises aussi dans ton article.

Si la panne s’était prolongée tu aurais fois quoi ?
Je serais pas rentrée à la maison (rires). Les réseaux, c’est un petit coin de chez toi dans ta tête.  Y’a tout dedans. C’est comme ça la vie aujourd’hui. Malgré le mari, les enfants, c’est devenu un compagnon de vie. Même si on dit qu’on est vieux, on peut pas lâcher ça.

Propos recueillis par Jalal Kahlioui

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