Dans le cadre d’un séminaire sur la lutte contre le décrochage scolaire, mercredi 8 janvier, Vincent Peillon a dressé son bilan positif de l’année passée. En moyenne, 140 000 jeunes de 16 à 25 ans sortent du circuit scolaire sans diplôme chaque année en France.

23 000 jeunes de retour dans le circuit scolaire ou dans une mission de service civique. Un bilan positif pour Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, qui s’était fixé en décembre 2012, le « raccrochage » de 20 000 jeunes.  Un retour vers l’école permis notamment par la mise en place du dispositif « Formation-qualification-emploi » (FOQUALE). Une initiative qui regroupe les acteurs de l’Education nationale et du territoire (micro-lycée, lycée de la « nouvelle chance », entreprises, Onisep…) afin de « coordonner et de développer l’offre de solutions » pour ces jeunes en mal d’avenir.

En 2012, 34 000 jeunes ont été contactés dans ce cadre. Près de la moitié ont obtenu un retour vers une formation initiale dans l’objectif d’obtenir un diplôme qui les intéresse  et en relation avec leurs compétences. Un tiers de ces jeunes ont été pris en charge par la mission de lutte contre le décrochage tandis que les autres ont soit été orientés vers un contrat d’apprentissage, soit ont rejoint une mission de service civique ou un des dispositifs particuliers tels que les lycées de la « seconde chance ».

Dans le cadre de cette lutte contre le décrochage scolaire, trois inspecteurs généraux d’éducation ont présenté leur rapport, «Agir contre le décrochage : alliance éducative et approche pédagogique repensée». Tout un programme. Les conclusions sont claires et pointent là où ça fait mal dans le camp professoral. Les enfants peuvent avoir quitté le système scolaire pour des facteurs externes (socio-économique, accident de la vie…),  mais ils le font principalement et prioritairement parce que l’école n’a pas su faire son travail avec eux. Le système scolaire français peine à s’occuper de ses élèves en difficulté.

Le système du « tri »

Selon les rédacteurs du rapport, la raison principalement invoquée par les professeurs lorsqu’un élève est en situation d’échec est le manque de travail. Or, nombreux sont les témoignages de jeunes expliquant que malgré leur travail, ils n’y arrivaient pas. Les professeurs sont aussi confrontés à d’autres problèmes tels que la prise en charge des éléments perturbateurs ou encore l’absentéisme, souvent un signal d’alarme au décrochage scolaire.

Pire et peut-être plus grave, il aura fallu une énième étude pour rappeler que le système scolaire français est discriminant, « il est celui du tri ». Celui qui ne réussit pas dans le cadre scolaire classique est tout simplement rejeté. Cependant comme le rappellent les inspecteurs, les aptitudes purement scolaires ne sont pas toujours déterminantes quant à la capacité d’exercer un métier. Les élèves peuvent avoir d’autres qualités, manuelles, inventives, humaines, que le système ne met pas en valeur. Aujourd’hui, force est de constater que le système éducatif est plus inégalitaire qu’il y a dix ans. Le dernier rapport Pisa l’a durement souligné, l’école de Ferry a du plomb dans l’aile.

Le professionnel, la voie de garage

Autre problème majeur abordé : l’orientation. Aujourd’hui, le choix de l’orientation est encore trop inadapté, trop impersonnel. « Si tu as de bonnes notes tu iras en filière générale, si tu es mauvais élève tu iras en filière professionnelle », résume un des intervenant. La filière professionnelle qui mène à l’apprentissage rapide et concret d’un métier est souvent présentée par le monde enseignant comme un échec, une voie de garage. Un comble au regard des statistiques qui montrent que dans le contexte de l’emploi difficile actuel, ce sont eux qui trouvent le plus de débouchés. L’orientation vers une filière adaptée aux envies et aux capacités scolaires de chacun est peu privilégiée. Actuellement, le système envoie toute une classe d’âge vers les filières générales où beaucoup devront se réorienter faute de résultats ou de projet. Mais les clichés ont la vie dure tant du côté des enseignants, que des parents.

Et concrètement ?

Si le thème des parents a été évoqué lors de ce séminaire rappelant la nécessité du travail de l’éducation nationale avec eux, ils n’ont certainement pas été suffisamment mis au centre des débats. Les parents sont en première ligne sur le terrain du décrochage scolaire pour soutenir leurs enfants, vérifier et imposer leur assiduité à l’école, les aider à choisir une orientation adaptée… Si les professeurs ont évidemment un grand rôle à jouer, il ne faut pas minimiser celui de la famille.

« Persévérance scolaire », « mieux faire réussir les enfants des pauvres », « ouvrir les portes de l’avenir », « garantir l’égalité et la réussite de tous »… Beaucoup de belles formules ont été entendues lors de ce séminaire. Vincent Peillon a rappelé qu’un « projet d’école est un projet de société ». De belles paroles qui manquent néanmoins de concret et de réponses. Pourquoi des élèves en difficulté scolaire depuis l’école primaire sont orientés vers des voies générales ? Comment agir concrètement face aux élèves absentéistes ? Comment mieux orienter les élèves ? Que faire face en classe face à l’échec scolaire ?

Charlotte Cosset

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