Il y a près d’un an, en pleine mobilisation contre Parcoursup et la réforme du bac, six élèves du lycée Romain-Rolland d’Ivry-sur-Seine passaient près de 36 heures en garde à vue pour un tag « Macron démission ! » inscrit sur le tableau des absences. En février, d’autres perquisitions ont eu lieu dans le cadre d’une autre affaire de tags contestataires dans l’enceinte de l’établissement. C’est dans ce contexte que le collectif Romain-Rolland est né.

Ils sont plus d’une centaine ce mardi 12 novembre, à l’Espace Robespierre d’Ivry, à avoir répondu à l’appel du collectif Romain-Rolland. Dans le public, des jeunes et des moins jeunes, des militants aguerris dans la lutte contre les violences policières comme Almamy Kanouté ou Samir Elyes (tous deux membres du Comité Adama) et des personnes venues de toute la région parisienne.

« C’est lors de la seconde vague de perquisition de février que nous avons décidé de nous organiser, notamment pour payer les avocats », confie Ghaïs Bertout-Ourabah, ancien élève du lycée, aujourd’hui étudiant et lui-même perquisitionné à l’époque. Le jeune homme fait partie du collectif composé d’élèves, d’anciens élèves, de parents, de professeurs, de syndicats, de militants, d’élus ou de citoyens lambda. Tous dénoncent la pression policière permanente aux abords de l’établissement qui, le 5 octobre dernier, a conduit à l’interpellation violente de Taffa (17 ans), alors que ce dernier arrivait au lycée en Vélib’ avec un camarade. La vidéo de l’interpellation avait fait le tour des réseaux sociaux et le collectif s’était mobilisé en masse devant le commissariat d’Ivry pour exiger la libération du jeune homme.

Nous interpellons Juliette, professeure d’histoire-géographie, membre du collectif. Elle a participé activement à l’organisation de cette soirée qui est selon elle « l’occasion de faire un point sur ce qu’il s’est passé depuis un an, revenir sur l’interpellation de Taffa et préparer le procès du 25 novembre, où Sofiane, un des six accusés du début d’année, sera présenté devant le TGI de Créteil ».

Des prises de parole fortes et politiques

Aux environs de 19h30, le maire (PCF) Philippe Bouyssou ouvre les interventions. Il fait part de son inquiétude quant à « la dégradation des relations entre la police et les habitants » et dénonce « le harcèlement institutionnel à l’égard des jeunes ». Puis Ghaïs prend la parole. Le texte est politique, les mots sont forts : « Nous accusons l’Etat de précariser ses étudiants (…) Nous accusons l’Etat d’instrumentaliser sa police gangrénée par l’extrême droite pour faire taire les voix des quartiers populaires », assène le jeune homme, à la carrure imposante. « Le niveau de politisation de ces jeunes est impressionnant, souffle un militant présent. C’est un modèle à suivre. »

De gauche à droite : Ana, la maman de Taffa, Amayas, un élève, Fatima Ouassak et Assa Traoré

S’ensuivent les prises de parole d’élèves et de parents. Ana, la maman de Taffa, est venue exprimer sa colère, dénonçant le caractère raciste de ces interpellations. « J’ai trois enfants, mon fils Taffa est métis, les deux autres sont blancs et n’ont jamais eu de problème avec la police », s’indigne-t-elle, émue mais déterminée à soutenir son fils.

Puis le micro est tendu à Assa Traoré (Comité Adama) et Fatima Ouassak (Front de Mères), les deux invitées phares de la soirée. Toutes deux font un parallèle avec ce qu’il se passe dans les quartiers populaires. « En tant que parents, nous sommes confrontés à un dilemme : celui de garder nos enfants à la maison pour les protéger d’une éventuelle répression et les laisser se battre pour leur avenir », explique Fatima.

Le débat se termine par un appel à la mobilisation le 25 novembre devant le tribunal de Créteil dès 13h pour soutenir Sofiane qui sera le premier des lycéens à être jugé. Une odeur de mafé envahit la salle, un repas partagé est proposé pour clôturer ce moment. Le prix est libre, les fonds récoltés serviront au collectif pour payer les frais de justice.

Céline BEAURY

Crédit photo : CB / Bondy Blog

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