Suite à l’interdiction faite à une lycéenne musulmane de Saint-Ouen de porter une jupe longue jugée « ostentatoire », un mouvement de « solidarité » avec cette jeune fille avait vu le jour dans mon lycée, situé en Seine-Saint-Denis. A la veille des vacances de Pâques, on ne parlait que de ça à la récré. Il était prévu qu’à la rentrée, chacun viendrait dans un habit « traditionnel ». Sauf que le jour de la rentrée, tout le monde était habillé normalement. Sûrement la faute aux vacances de quinze jours, aux parents qui n’étaient peut-être pas d’accord pour que leur enfant se vête ainsi à l’école. Enfin bon, peu importe la raison : par faute de temps, par flemme ou parce qu’on était déjà passé à autre chose, cette journée n’a pas eu lieu.

Si cette jupe longue, ou encore le voile, portent l’étiquette « interdit », d’autres tenues ou apparences ne sont pas davantage tolérées dans certains établissements, lycées comme collèges. Ainsi des jupes « trop « courtes, des maquillages « trop » appuyés, des décolletés « trop » plongeants ou encore des talons « trop » hauts. Je peux vous dire que les jeunes filles qui ont le courage, ou le culot, de se pointer en mini-jupe et talons hauts ont de grandes chances de subir une remarque de la part d’un(e) prof, d’un(e) CPE ou d’un(e) surveillant(e). Surtout à cette période où l’été pointe son nez. Qui dit chaleur, dit robe légère, short, sandales… Rien que de très normal ? Pas pour tout le monde…

Par ces chaudes journées, les profs, CPE, surveillants activent leurs « lancements de regards meurtriers », un regard qui veut tout dire. Il n’est pas vicieux, non, mais il veut dire : « Toi tu n’aurais pas oublié quelque chose ? » Il y a quelques semaines une de mes camarades est venue en cours vêtue d’une robe d’été, longue, de couleur vive. Cette camarade, surnommée crevette du fait de sa taille et de son petit gabarit, n’a pas vraiment été bien accueillie par la CPE, dès 7h50 à la grille : « Nous ne sommes pas à la plage mademoiselle. » Cette camarade ne comprend pas la remarque de la CPE : « Je n’ai rien fait de mal, c’est juste qu’il fait 27 degrés cet après-midi et en plus, il n’y a rien de provocant », me dit-elle.

Ce n’est pas le premier fait de ce genre qui se produit. L’année dernière par exemple, alors que j’étais encore au collège, j’avais un problème aux pieds qui me contraignait à ne porter que des chaussures ouvertes. Un jour, la CPE était sur le point de me coller une heure parce qu’elle considérait que mes chaussures n’étaient pas adaptées à une collégienne, ce n’était rien d’autre que des tongs…

Les filles ne sont pas les seules à se farcir ces réflexions. Un jeune homme qui se présente au lycée en short à fleurs par exemple, n’est pas non plus le bienvenu. En Angleterre, les lycéens portent des uniformes. D’ici à ce qu’on étende cette règle à tous les lycées français, il n’y a peut-être que quelques centimètres de tissus à respecter… ?

Sarah Ichou

Paru le 13 mai

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