Pour les élèves, s’asseoir dans un grand amphithéâtre à la fac est une première, un brin intimidant. La vingtaine d’élèves, garçons et filles confondus, de Terminale littéraire du lycée Voillaume d’Aulnay-Sous-Bois ont pris place, avec leurs professeurs, pour une conférence en anglais de trois heures. Rien que ça ! Parmi eux, Christal, rassure ses camarades, dans un sourire. « Ne vous inquiétez pas, l’année prochaine, on sera tous là ! » Nous sommes fin octobre et l’évènement est le premier de l’année du dispositif « Cordée de l’université » de Paris 8.

Depuis cinq ans, l’Université, située à Saint Denis (Seine-Saint-Denis), a mis en place un partenariat avec dix lycées de la région parisienne : Jean-Jaurès à Montreuil, Jacques Brel à la Courneuve, Baudelaire à Tremblay-en-France, Paul-Eluard à Saint-Denis, Eugène-Delacroix de à Drancy, Lycée Autogéré à Paris 15e, Champlain à Chennevières-sur-Marne, Jean-Jacques Rousseau à Sarcelles, Jean-Renoir à Bondy et Voillaume à Aulnay-Sous-Bois. Le dispositif existe d’ailleurs dans d’autres universités en France. Objectif : accompagner les lycéens dans leur projet d’orientation, favoriser leur accès à l’enseignement supérieur quelque soit leur milieu socio-culturel et démocratiser les voies d’excellence.

« Ce projet c’est aussi pour casser toutes les barrières et les mauvais préjugés que certains portent sur l’université »

« J’ai le plaisir de vous accueillir ici dans notre prestigieuse université, qui fait la fierté de tout le département de la Seine-Saint-Denis, commence Audrey Fogels, qui a été en charge des « Cordées de la réussite » à Paris 8 et profite de l’occasion pour passer officiellement le témoin à sa successeur, Ferroudja Allouache, professeure en littérature française et francophone. Si nous sommes réunis ensemble aujourd’hui, c’est pour vous tirer vers le haut comme nous l’avons toujours fait au cours des années précédentes. Ceci en vous donnant les clés pour que vous vous engagiez dans votre vie scolaire ». Car l’autre objectif c’est aussi de rassurer sur l’image de l’université en général, beaucoup moins valorisée auprès des étudiants que les grandes écoles, et Paris 8 en particulier. « C’est aussi pour casser toutes les barrières et les mauvais préjugés que certains portent sur l’université. Paris 8 a une bonne réputation, elle enregistre chaque année de bons résultats. Et nous avons la chance d’avoir des professeurs et des étudiants aussi motivés que jamais pour venir vers vous dans vos lycées afin d’échanger mais aussi de vous faire découvrir la vie étudiante qui vous attend« , poursuit Audrey Fogels.

Les élèves sont attentifs, l’ambiance est chaleureuse, l’angle d’attaque de cette journée porte sur « les Traductions de Molière ». Une conférence en anglais. Pas simple ! Installée au milieu de l’amphi face aux élèves, sa voix faisant écho, Marie Nadia Karsky, professeure en études des pays anglophones présente un grand nombre des œuvres du plus célèbre des dramaturges français (Le Misanthrope, Le Malade imaginaire, L’Avare, L’École des femmes… ). Du côté des élèves, ni téléphones portables ni bavardage, ils prennent des notes, consciencieusement. Leurs yeux sont fixés sur leur interlocutrice. Pour garder l’attention de l’auditoire, la professeure alterne courtes vidéos, photos et brèves citations. Les élèves font passer le micro et multiplient les questions d’intérêt : « Comment arrive-t-on à traduire une pièce ? » , »Est-ce forcément littéral ? », » Y a-t-il des passages pour lesquels parfois la traduction risque de passer à côté de ce qui voulait être dit ? » Et tout cela, dans la langue de Shakespeare s’il vous plaît !

« Le fait d’être présents dans ce lieu, de le voir, que ce soit concret, cela les aide à être plus familier avec ce qui les attend »

« Je me réjouis de ce dispositif« , affirme Samia Amar, professeure d’anglais au lycée Voillaume. « Cette conférence, tenue en anglais, entre dans le cadre interdisciplinaire mais surtout cela concrétise ce passage prochain du lycée au supérieur. L’image de la métaphore alpiniste est assez juste. L’idée c’est vraiment d’aider les l’élèves à accéder à cette étape le mieux outillé possible. Cela ne peut être que bénéfique pour eux. Et le fait d’être présent dans ce lieu, de le voir, que ce soit concret, qu’ils rencontrent des professeurs d’université et des étudiants, de leur demander aussi de se concentrer pendant trois heures, cela les aide à être plus familier avec ce qui les attend ».

« Rencontrer et discuter avec les étudiants et les professeurs, cela donne plus de motivation pour l’an prochain »

De cette rencontre aujourd’hui, les élèves sont sortis avec de grands sourires. Trois heures d’échanges qui les ont marqués. « J’ai beaucoup appris sur comment on arrive à bien traduire une œuvre en anglais, comment garder le sens d’un texte, rester fidèle », explique Taylor, élève de Terminale littéraire de Voillaume qui rêve de devenir journaliste. Et franchement, rencontrer et discuter avec les étudiants et les professeurs, cela donne plus de motivation pour l’an prochain« .

Le dispositif responsabilise aussi les étudiants de l’université qui peuvent obtenir des crédits en étant tuteurs des « Cordées de la réussite« , après avoir rendu un rapport pour dresser un bilan critique de leur expérience. Parallèlement, ils reçoivent une formation au Service commun Universitaire d’orientation et d’information (SCUIO). Le tutorat des lycéens par les étudiants de Paris 8 peut prendre plusieurs formes : soutien individuel, encadrement d’un petit nombre d’élèves, aide à la mise en place d’un projet, accompagnement lors d’une sortie…

Les journées nationales des « Cordées de la réussite » auront lieu du 16 au 21 janvier 2018. Quant à Paris 8, les prochaines conférences à Saint-Denis porteront ce jeudi 30 novembre sur la médecine arabe à la Renaissance pour les élèves passionnés d’histoire et sur « Les Faux-monnayeurs » d’André Gide le 9 janvier 2018 pour les littéraires. Ces conférences sont d’ailleurs ouvertes à tous les lycéens sur inscription. N’hésitez pas !

Kab NIANG

Crédit photos : Mohammed BENSABER

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