À Saint-Ouen, des CM2 de l’école Jules-Vallès n’iront pas en classe de neige cette année comme le veut la tradition depuis plus de 50 ans. La faute à l’absence d’enseignants volontaires pour les accompagner. Un coup dur pour ces élèves des quartiers populaires de la ville de Seine-Saint-Denis.

« Les classes de neige sont une tradition à Saint-Ouen depuis des générations. » C’est un document de la commune, « Grandir à Saint-Ouen », datant de 2011, qui l’indique. Et pour cause : chaque année depuis le début des années 60, toutes les classes de CM2 partent trois semaines dans l’un des trois centres de la commune. Des séjours qui permettent aux enfants de « développer l’esprit de groupe, le vivre ensemble, éveillent leur curiosité sur d’autres horizons et ils en gardent des souvenirs inoubliables », peut-on lire sur le fascicule.

Pourtant, cette année, les CM2 de l’école Jules-Vallès, groupe scolaire de 350 élèves situé à quelques minutes à pied du quartier populaire du marché aux puces, feront exception. Aucun enseignant n’étant disponible pour les accompagner, leur classe de neige a été annulée. À Saint-Ouen, ils seront les deux seules classes de CM2 sur les 11 écoles que compte la commune à ne pas avoir la chance de partir à la neige. La raison : les enseignants de CM2, jeunes recrues de l’établissement, n’ont pas souhaité accompagner ce séjour. Pour les parents d’élèves, l’annulation du projet reflète un manque de volonté et d’anticipation.

Pétition de parents d’élèves pour protester contre l’annulation 

L’annulation a été annoncée aux parents quelques jours avant les vacances de Noël. L’inspecteur de l’Éducation nationale a alors décidé de se rendre sur place pour participer à une réunion d’information, après avoir « senti un fort besoin d’information des familles, » nous explique l’Inspection académique. Et pour cause : une pétition adressée à l’inspecteur de l’Éducation nationale, à la rectrice d’académie et au maire de Saint-Ouen a été lancée au nom des parents d’élèves par Dina Deffairi-Saissac, maman déléguée de trois enfants dont un scolarisé en CM2 à Jules-Vallès, par ailleurs ancienne candidate EELV aux dernières élections législatives. En ligne, cette pétition, adressée au maire de Saint-Ouen, William Delannoy, à Béatrice Gille, rectrice d’Académie et à Rémy Claude Guyot, inspecteur de l’éducation nationale de la circonscription, a obtenu à ce jour 337 signatures.

« À Saint-Ouen, la classe de neige est quasiment une institution« , souligne Dina Deffairi-Saissac. Pour beaucoup d’enfants, c’est la seule occasion de découvrir la montagne et la neige. C’est presque un rite initiatique : cette classe marque le début de l’autonomie et c’est très important pour la construction de l’adulte qu’ils vont devenir. Mon enfant et, je pense, tous les enfants des classes concernées, prennent mal cette annulation… Il y a des élèves qui croient qu’on ne les emmène pas en classe de neige parce qu’ils ne sont ‘pas assez gentils’ », déplore-t-elle. Et, elle en est convaincue, « toutes les solutions n’ont pas été épuisées. Et avec cette annulation, c’est un acquis qui est mis en question ».

« C’est terrible de retirer cette chance aux enfants »

Le délai de dix semaines pour le dépôt de dossier étant dépassé depuis début janvier, le rôle de la pétition est surtout de souligner la volonté des parents de se mobiliser. « On sait que c’est trop tard… J’en ai pleuré, » lâche Asmaa B., mère d’élève déléguée et assistante d’éducation dans un lycée parisien. Ses enfants, trop jeunes, ne sont pas concernés par l’annulation, mais elle n’en est pas moins affectée. « Audonienne, je suis moi-même partie en classe de neige quand j’étais enfant. C’était magique ! C’est terrible de retirer cette chance aux enfants, » s’attriste-t-elle.

Contactée, la Direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de la Seine-Saint-Denis explique que l’accent n’a pas été mis sur la recherche d’enseignants d’autres établissements parce que tel n’est pas l’objectif de la classe de neige. « Le rôle de l’inspection est d’autoriser ou non la classe transplantée, qui est aussi soumise à une autorisation de l’académie d’arrivée. C’est aux enseignants de construire et porter la responsabilité du projet, sur la base du volontariat« , indique notre interlocuteur. « Nous pouvons en effet assister les enseignants et relayer l’information pour trouver des encadrants supplémentaires, en remplacement d’un désistement par exemple. Mais l’intérêt d’une classe transplantée est de créer un lien différent avec une classe qu’on a en charge tous les jours. Dans ce cas précis, aucun enseignant ne s’est porté volontaire. Nous n’avons donc fait que constater que le projet ne pouvait avoir lieu. C’est dommage, mais parfois cela arrive, et il faut respecter le fait que les enseignants décident de ne pas être volontaires« .

Problème de fidélisation des enseignants

Pourquoi les enseignants ne participent-ils pas à cette classe de neige ? Pour Dina Deffairi-Saissac, il y a un problème de fidélisation des enseignants. « Les enseignants ne connaissent pas leur classe », déplore-t-elle. Depuis la rentrée, l’une des classes de CM2 a en effet eu trois enseignants. La première, ayant demandé sa mise en disponibilité, est partie quelques semaines après la rentrée. « Son remplaçant, arrivé en octobre, avait accepté d’accompagner la classe de neige« , affirme Hélène Boistard, directrice de l’école. « Mais le 9 novembre, juste après les vacances de la Toussaint, j’ai appris que l’inspection l’avait rappelé. A présent, la classe a une nouvelle enseignante, qui ne les accompagnera pas en classe de neige parce qu’elle a deux enfants en bas âge », explique-t-elle. « L’autre enseignante est en congé parental, et une autre, contractuelle, finissait son contrat en décembre ».

En poste depuis cinq ans, la directrice affirme vivre cette situation pour la première fois. « Nous avons fait le maximum », assure-t-elle. Quand à un éventuel appel à des enseignants d’autres établissements, dans le cas de cette classe, « cela n’a pas marché« , dit-elle. Nos tentatives de joindre les enseignants se sont avérées infructueuses.

Les parents craignent d’autres annulations

Une crainte des parents est que cette annulation constitue une « porte ouverte » à d’autres annulations dans les années à venir, comme l’explique une troisième maman d’élève signataire de la pétition. Selon elle, le manque de volonté des nouveaux enseignants pourrait venir d’une appréhension liée à l’agression d’un élève par un de ses camarades en classe de neige il y a deux ans. « Il y a de la violence à l’école élémentaire et on ne peut pas en vouloir aux nouveaux enseignants d’avoir des craintes. Mais il faut que l’équipe pédagogique trouve des solutions. On ne peut pas dire aux enfants, ‘si tu n’es pas sage, pas de classe de neige l’année prochaine’ !”

À présent, l’espoir des signataires de la pétition est qu’un nouveau projet, même d’une durée plus courte, puisse être monté pour les CM2. « Une classe de mer, par exemple« , avance une maman. Reste à déterminer qui assurerait l’organisation et le financement d’une telle sortie.

Sarah SMAÏL

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