Au collège Pablo Neruda de Pierrefitte-sur-Seine, dans un climat de violences répétées, parents et professeurs se mobilisent ensemble pour demander d’urgence plus de moyens. Les enseignants font grève tandis que les parents d’élèves ont déjà bloqué l’établissement pendant six jours. Ils accusent les autorités de jouer la montre. 

Ils se retrouvent même le weekend. Après avoir bloqué le collège Pablo Neruda de Pierrefitte-sur-Seine la semaine dernière, les parents d’élèves se sont donnés rendez-vous, samedi 13 janvier dans une salle du complexe Roger Fréville de la commune de Seine-Saint-Denis. Ils étaient une dizaine à répondre présents pour décider des actions à mener. « Malheureusement, tout le monde n’a pas pu venir. Il y a aussi la fatigue qui s’accumule« , concède Farid Aïd, président des parents d’élèves à la FCPE du collège.

« On alterne avec les blocages des parents »

Il faut dire que certains parents d’élèves ont décidé de prendre part activement au mouvement lancé il y a trois semaines par les enseignants en bloquant l’établissement la semaine dernière. « On est des heures dans le froid. Moi j’ai des problèmes de santé, mais je suis là depuis le début« , confie une maman. Les parents avaient déjà bloqué le collège pendant trois jours, du 20 au 22 décembre. En cause, des incivilités et violences répétées au sein de l’établissement, rapportées par enseignants et parents d’élèves : bagarres répétées, insultes, harcèlement, racket… La gifle reçue le 19 décembre par une conseillère principale d’éducation de la part d’un élève, la goutte d’eau ayant fait déborder le vase, avait sonné le début de mouvement.

Lundi 15 janvier, 60% des enseignants étaient en grève selon Marine Gastou, professeure de mathématiques de 28 ans contre 85% mardi dernier, venue se joindre à la réunion avec les parents. La situation est compliquée. « On alterne avec les blocages effectués par les parents. On ne peut pas se permettre financièrement de faire grève toute une semaine« , explique l’enseignante. Dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 janvier, une quarantaine de parents d’élèves et d’enseignants ont même passé la nuit au sein de l’établissement pour montrer leur solidarité.

Une parent d’élève du collège Pablo Neruda lors de la réunion au complexe Roger Fréville de Pierrefitte-sur-Seine

Un troisième CPE, un classement en REP +, moins de turnover et remplacer les professeurs absents 

Les revendications des parents d’élèves et des professeurs sont nombreuses. Parmi elles, la demande d’un troisième conseiller principal d’éducation (CPE). « Nous avons deux CPE pour 700 élèves, autant qu’il y a six ans mais avec deux cents élèves en plus« , déplore Marine Gastou.

Ils souhaitent également le classement de l’établissement, actuellement en REP, en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP +). Les enseignants auraient notamment moins d’heures de cours par semaine et plus de temps à consacrer pour rencontrer les parents ou effectuer de l’aide personnalisée pour les élèves, par exemple.

Par ailleurs, ils dénoncent aussi le turnover important des enseignants, souvent très jeunes et donc peu expérimentés. « La moyenne d’âge est de 27 ans chez les enseignants« , estime Nicolas Sanchez, professeur d’éducation physique et sportive de 37 ans qui se définit déjà comme un ancien du collège. « La direction change aussi tout le temps. C’est la deuxième année seulement pour notre principale« , ajoute-t-il, du haut de ses treize années passées à Pablo Neruda.

Les parents souhaitent enfin que les remplacements des enseignants soient mieux gérés. « Des élèves n’ont pas cours pendant des semaines dans certaines matières », proteste Farid Aïd donnant l’exemple d’un professeur d’anglais absent pendant trois semaines et d’un prof de maths pendant quatre semaines sans qu’ils aient été remplacés. 

« J’ai peur, qu’est-ce qu’il faut attendre ? Un drame ? »

Avec les professeurs, ils ont été reçus par la Direction des services départementaux de l’Education nationale (DSDEN) lundi 8 janvier. « Nos revendications n’ont pas été entendues. On nous a dit que trois nouveaux collèges allaient ouvrir à la rentrée en Seine-Saint-Denis et que les moyens seraient donc concentrés sur ces nouveaux établissements« , rapporte Marine Gastou.

Depuis, ils ont interpellé le rectorat qui les a redirigés vers la DSDEN. « Ils se renvoient la balle. Moi j’ai peur. Qu’est-ce qu’il faut attendre ? Un drame ? », s’exclame dans l’assistance, Abida, une mère d’élève.« Le rectorat et nous travaillons dans le même sens. La décision de mettre en place un troisième CPE ne peut se faire que dans le cadre d’une instance où les professeurs sont représentés par les syndicats », précise de son côté la direction académique. L’instance en question détermine les dotations par établissement autour de mai-juin seulement. « Nous avons accompagné le collège dès le lendemain de l’agression de la CPE. Un membre de la direction académique était présent sur place. Nous avons aussi proposé une formation des surveillants par une équipe mobile de sécurité et une stratégie de réflexion de l’organisation de la vie scolaire », fait valoir la DSDEN.

Le soutien du maire et du député

Pas suffisant pour les parents et les enseignants, qui sont soutenus par des élus. « Ce n’est pas la première fois qu’il y a des problèmes d’effectifs. Dans les collèges et les lycées, on  a diminué le nombre d’adultes pour encadrer les enfants depuis des années. Il y a une discrimination des moyens alloués à la Seine-Saint-Denis dans le domaine de l’éducation« , considère Stéphane Peu, le député communiste de la deuxième circonscription de la Seine-Saint-Denis, qui a pris place au milieu de l’assemblée des parents. « Pour eux, le 93, c’est transparent », conclut alors une maman.

Lors de leur réunion du 13 septembre, parents d’élèves et professeurs rencontrent Stéphane Peu, député communiste de la deuxième circonscription de la Seine-Saint-Denis

A l’occasion de ses vœux samedi, le maire socialiste de Pierrefitte-sur-Seine, Michel Fourcade, n’a pas manqué d’évoquer la situation « difficile » du collège Pablo Neruda. Et de rappeler qu’en décembre, il avait déjà contacté le rectorat et la direction d’académie à ce sujet. Stéphane Peu a également envoyé un courrier à la rectrice le 22 décembre, resté sans réponse. Il a même contacté le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, le 11 janvier, pour lui demander de recevoir une délégation du collège.

Des parents déterminés

Les professeurs ont le sentiment que les pouvoirs publics jouent la montre et attendent que le mouvement s’épuise. Ils ont commencé à proposer des exercices en ligne, sur l’espace numérique de travail Pronote, pour que les élèves puissent travailler malgré l’absence de cours.

Si des parents participent activement au mouvement, cela ne les empêche pas de s’inquiéter pour leurs enfants. « Ce sont des heures perdues pour eux« , regrette une mère. Certains ont posé des demi-journées pour bloquer l’établissement, d’autres sont parents au foyer. Farid Aïd invite à trouver « d’autres formes de mobilisation pour ne pas pénaliser les enfants ». Et prolonger la lutte tant qu’ils n’auront rien obtenu.

Thomas CHENEL
Crédit photo : Nick PAULSEN

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