Ils ont obtenu gain de cause après une semaine de mobilisation et de perturbations. Ce mardi 16 janvier, au matin, la « bonne nouvelle » est d’abord arrivée par un mail du proviseur puis a été confirmée de manière officielle, dans la salle des professeurs, par l’inspecteur d’académie chargé de la sécurité auprès du rectorat de Créteil : le lycée Maurice-Utrillo de Stains, en Seine-Saint-Denis, est « doté d’un poste d’assistant d’éducation à temps plein à titre exceptionnel jusqu’au 30 juin 2018« . Une information confirmée par le proviseur de l’établissement, Olivier Chesneaux.

« C’est une petite victoire, une première marche qui a été gravie. On ne s’attendait pas à cette réponse extrêmement rapide, se réjouit Adrien Viallet-Barthélémy, professeur de français. On s’était déjà rendu quatre fois au rectorat de Créteil, sans obtenir de réponse concrète« . Aujourd’hui, le personnel du lycée Utrillo se dit « soulagé » de voir cette revendication acceptée même si professeurs et conseiller principal d’éducation promettent d’ores et déjà « une mobilisation le temps voulu pour pérenniser ce poste d’assistant éducation« . Un sentiment qui contraste avec l’humeur tendue et inquiète de ces derniers jours.

Appels sur les réseaux sociaux à déclencher les alarmes, vider les extincteurs et provoquer des départs de feu

« Entre 10h15 et 15h, l’alarme incendie a été déclenchée une douzaine de fois par des élèves. Ça sonnait, on descendait, on remontait et ça recommençait. Ça a été très compliqué d’assurer les cours« . Sabrina Mahfoufi, professeure de sciences-physiques, décrit une journée du lundi 15 janvier « très longue, très difficile, très éprouvante » au lycée Maurice-Utrillo. Deux départs de feu mineurs dans l’enceinte de l’établissement, dont un « dans une poubelle de la cour de récréation« , ont également été relevés ce jour-là. « Ils ont été rapidement maîtrisés« , précise l’enseignante.

Professeurs et direction de l’établissement avaient été avertis d’un risque de débordement. Durant le week-end, un message a circulé sur les réseaux sociaux, notamment sur Snapchat, appelant les quelques 1 200 élèves de ce lycée polyvalent, qui mêle sections générale, professionnelle et technologique, à « foutre la merde » pour prouver à « la direction [qu’elle] n’arrive pas à nous gérer sans les surveillants« .

Réunis en assemblée générale le vendredi 12 janvier, enseignants, personnel de la vie scolaire et élèves élus au conseil de la vie lycéenne faisaient déjà état des incidents de la semaine écoulée : au moins « deux extincteurs vidés dans les couloirs et cinq déclenchements d’alarme« .

« Certains parents avaient peur d’envoyer leurs enfants en cours »

Le matin même, à l’aide d’un caddie et de poubelles et munis de pancartes, des lycéens avaient tenté d’organiser un blocus. « La situation n’a pas dégénéré. On nous répétait que le lycée fonctionnait alors qu’on ne mesurait pas les dégâts immatériels : il n’y avait plus de suivi, l’absentéisme a augmenté. Certains parents avaient peur d’envoyer leurs enfants en cours et ce sont les plus fragiles, ceux qui ont le plus besoin de nous qui sont les plus touchés« , souligne alors un enseignant.

Une situation de tensions née après la décision de l’ensemble du personnel de la vie scolaire (quatre CPE et dix assistants d’éducation) ainsi que de deux professeurs documentalistes de se mettre en grève, au retour des vacances de Noël, lundi 8 janvier. Leur objectif : dénoncer la baisse des moyens humains depuis le départ programmé pour fin janvier de deux surveillants, en contrat unique d’insertion (CUI) et le remplacement à 50% seulement d’une assistante d’éducation, partie en congé maternité. « On ne demandait pas de moyens supplémentaires. Ce qu’on voulait c’est continuer à travailler à moyens constants, c’est-à-dire sans perte d’effectif à la vie scolaire alors que le nombre d’élèves, lui, augmente« , explique une conseillère principale d’éducation (CPE), qui préfère garder l’anonymat. Et de poursuivre : « On ne s’est pas mis en grève de gaieté de cœur. La non-reconduction des deux CUI, c’est 40 heures de surveillance en moins par semaine. Avec le congé maternité de notre collègue, on grimpe à 60 heures. Pour compenser, on réclamait juste un poste d’assistant d’éducation à temps plein afin d’assurer la sécurité, l’encadrement et l’accompagnement des élèves ».

C’est désormais chose faite. Après une réunion mardi 16 janvier, en début d’après-midi, le personnel de la vie scolaire a décidé de lever le mouvement de grève et de reprendre le travail.

Le proviseur et ses deux adjoints contraints d’assurer la surveillance des couloirs et de la cantine

Les professeurs, eux, avaient convenu de poursuivre les cours afin « d’assurer l’accueil des élèves » mais ont apporté leur soutien à leurs collègues grâce à une « caisse de grève« . « Notre but était évidemment de montrer qu’une vie scolaire complète, nombreuse, sereine et rémunérée correctement est indispensable au bon fonctionnement d’un lycée », explique Adrien Viallet-Barthélémy, professeur affilié au syndicat Sud.

Avant que la situation ne se débloque, le proviseur et ses deux adjoints ont été jusqu’à assurer le filtrage des élèves à l’entrée du lycée et la surveillance des couloirs et de la cantine. « Ils palliaient tant bien que mal, ils recevaient les élèves exclus de cours mais ils avaient l’air épuisés. À trois, ils faisaient le travail de 15 personnes« , estime le professeur de français. « C’était un peu le bazar (…). Il n’y avait plus aucune gestion des absences ni des retards. Des bouts de couloirs n’étaient pas surveillés« , ajoute-t-il. « Des élèves jouaient à cache-cache dans les couloirs« , raconte un autre enseignant.

Joint par téléphone vendredi après-midi, le rectorat de Créteil expliquait que la non-reconduction des contrats d’insertion des deux surveillants n’est qu’une mise en application de la décision du gouvernement de mettre fin aux contrats aidés. Le rectorat soulignait que le « lycée Utrillo n’est pas laissé à l’abandon » et qu’il « tente de trouver des solutions » aussi bien pour l’établissement que pour les deux agents.

« On ne veut pas niveler par le bas mais par le haut »

Depuis la rentrée de lundi 8 janvier, et ce jusqu’à la fin de la grève ce mardi, des équipes mobiles de l’Éducation nationale (EMS), entre 8 et 12 agents, ont été dépêchés dans cet établissement scolaire de Stains pour se substituer aux surveillants. « Certains élèves ont une défiance des EMS qu’ils ne connaissent pas et qui ne les connaissent pas. Il y a eu quelques moments de tensions hier« , confient un membre de la vie scolaire et une enseignante. Avant le dénouement final, un autre appel à faire blocus et demandant à « faire le maximum de dégâts » a circulé sur Snapchat lundi 15 janvier au soir.

La situation devrait revenir à la normale mercredi 17 janvier dans cet établissement scolaire qui avait déjà été perturbé par des incidents en novembre dernier. « Depuis des années, on nous dit que le lycée Utrillo est bien doté par rapport à d’autres établissements du territoire. C’est ce qui explique en partie les bons résultats, résume Sabrina Mahfoufi, affiliée au syndicat SNES. Mais plutôt que de nous demander de faire avec moins, il faudra se rendre compte que ce sont les autres établissements qui sont sous-dotés, avec des élèves venant pour beaucoup de milieux défavorisés. On ne veut pas niveler par le bas mais par le haut« .

Les professeurs et membres de la vie scolaire interrogés décrivent tout de même un lycée où « il fait bon travailler« , bien classé au niveau départemental, notamment en termes de réussite au bac. « Il a su se mobiliser aujourd’hui comme par le passé pour réclamer des moyens et défendre des causes », indiquent plusieurs enseignants. Un poste d’assistant d’éducation accordé jusqu’en juin 2018, et après ?

Kozi PASTAKIA

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