Vendredi 1er avril, la mobilisation était toujours aussi forte au lycée Mozart du Blanc-Mesnil (93).

Le mouvement se poursuivait au lycée Mozart et ce n’était pas une blague ce vendredi 1er avril. C’était le deuxième jour d’affilée et le quatrième depuis le début de l’année civile. Toujours pour contester avec la même détermination la loi El Khomri qui touche directement les lycéens. Ces derniers continuent et espèrent le retrait de la loi travail.

L’administration du lycée a commencé à paraître vraiment agacée du mouvement lycéen : en effet le lycée Mozart a, déjà au début de l’année, perdu une semaine de cours à cause de problèmes liés aux emplois du temps et aux principales d’alors. Tout cela s’est additionné aux différentes journées de blocus de ces dernières semaines, alimentant un agacement croissant au sein de l’administration qui voit, avant tout, l’objectif du bac de fin d’année. Vendredi matin, alors que quelques élèves se sont mis sur les poubelles pour parler et diffuser slogans et revendications, certaines personnes de l’administration ont d’abord essayé de les faire descendre de force pour les faire rentrer en cours. Après un premier échec un CPE, revenant à la charge, a demandé aux élèves perchés sur les poubelles, à l’extérieur du lycée, de leur donner leurs carnets. Les élèves ont évidemment refusé, en revendiquant le droit de protester et en dénonçant l’illégalité de la démarche. À la suite de quoi l’administration envoya des messages à tous les parents pour que ces derniers demandent à leurs enfants d’aller en cours. Sans parler de certains professeurs qui sont allés à la rencontre de la classe qu’ils sont censés avoir à cette heure là pour leur dire qu’ils assuraient leurs cours et qu’il ne fallait pas prendre de retard.

Lutter pour son avenir

Une personne de l’administration a même avertit : « nous ne serons pas le meilleur lycée de France l’année prochaine » à cause de ces blocus qui auraient une incidence sur les résultats du bac. Elle a aussi dit à un élève inscrit à la cantine que cette dernière était belle et bien assurée mais uniquement pour les élèves qui rentraient en cours. L’acharnement de l’administration et de ces quelques profs ne suffira pas aux élèves : ils refusaient encore et toujours de rentrer dans l’enceinte du lycée. Les élèves du lycée Mozart étaient plus choqués par la manière de faire de l’administration que, tout logiquement, par leur propre mouvement. Ils ont, pour la plupart, refusé de rentrer en cours et la quasi-majorité des professeurs, comme depuis le début du mouvement, se sont mis du côté des élèves. Ils ont participé et applaudi au mouvement plus que n’importe qui. L’un d’eux a même déclaré, en réponse à l’administration, que « les mouvements sociaux n’ont jamais pénalisé les résultats du bac, bien au contraire » et que « le fait d’être meilleur lycée de France est aussi lié à la capacité des élèves à organiser des mouvements à connotation politique et militante ».

En effet c’est dans des luttes comme ça que beaucoup d’élèves commencent à s’intéresser à la situation d’un pays et pouvoir s’expliquer, débattre ou encore donner des arguments à une répercussion directe sur les résultats scolaires, et donc sur le bac. Lors de l’assemblée générale qui s’est déroulé le vendredi matin, les professeurs ont en majorité décidé de soutenir tous les élèves qui pourraient être éventuellement touchés par des décisions post-blocus.

Alors que l’administration ne voit que le taux de réussite au bac, les professeurs, eux, voient l’avenir des élèves à plus long terme. Il faut dire que nous ne passerons pas notre vie au lycée mais dans le monde du travail, il vaut mieux, par conséquent, nous préparer à demain plutôt que la satisfaction d’avoir le bac pour passer une vie de souffrance au travail.

Tamim Gharib

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