Comme plus de 700 000 autres candidats, le 7 juillet dernier Yanis a pris connaissance de ses résultats du baccalauréat. Sans grande surprise de la part de son entourage, il l’obtient. Il décroche même la mention bien. 15/20 en physique chimie, histoire-géo, sciences et vie de la terre et philosophie, 17/20 en mathématique, 18/20 en anglais ; ces notes sont dans la continuité de ses bulletins scolaires. Malgré des résultats exemplaires, ce jeune bachelier reste dubitatif : « avec 15,8 de moyenne générale, je ne suis pas loin du tout de la mention très bien, si j’avais eu de meilleures notes aux épreuves anticipées l’année dernière, cela aurait fait la différence. Mais sachant que j’espérais la mention bien, disons que j’ai atteint mon objectif. C’est déjà pas mal ».
Libéré d’une année de travail acharné. Ou presque : « c’est un poids de moins, mais je ne sais pas encore dans quel établissement je vais l’année prochaine donc j’ai un peu de mal à apprécier à fond ». Effectivement, Yanis n’a reçu aucune réponse positive à la première phase d’admission APB (Admission Post-Bac), le 8 juin. Ce mordu des maths n’a demandé que des prépas scientifiques (MPSI), soit des vœux très sélectifs, mais qu’importe avec un dossier aussi béton que le sien il est plutôt confiant : « je pense qu’ils attendent les résultats du bac pour être sûr de ne pas se tromper dans leurs choix, sachant que mes résultats sont bons, je ne me fais pas trop de soucis ».
Round 2
Et pourtant, les deux phases suivantes n’ont pas été victorieuses : Yanis n’est accepté nulle part. Le suspens aura duré jusqu’au 14 juillet. Il avait pris les devants en engageant une procédure complémentaire dès fin juin (procédé permettant de mettre en relation les établissements possédant des places vacantes et les candidats n’ayant pas de proposition d’admission).
Seulement la cohérence du serveur APB est tellement poussée qu’il faut livrer une réponse à ces vœux complémentaires avant même la fin de la procédure traditionnelle, soit avant la troisième phase d’admission. Si Yanis avait accepté un choix proposé par la complémentaire, il disait adieu d’avance à ses vœux primaires : « forcément c’était les vœux qui figuraient dans ma première liste, pas les vœux que j’avais fait en juin dans la procédure complémentaire, sinon je les aurais choisis dès le départ », logique. Il n’a donc pas donné suite à cette procédure. De ce fait, il était considéré comme démissionnaire. Avec du recul, Yanis reconnaît qu’il aurait dû jouer la carte de la sécurité et ajouter, dès le départ, des vœux moins sélectifs « j’aurais pu demander des licences non sélectives, mais j’ai été ambitieux. Peut-être un peu trop, finalement ».
Sea, stress and wait
Afin de fêter son année, il avait prévu de partir en vacances avec des amis une semaine sur la Côte d’Azur. Il a été forcé d’abandonner sa bande pour rester en région parisienne afin de faire la tournée des établissements, des académies : « j’ai mis une chemise blanche pour faire bonne impression, je leur ai présenté mon dossier avec mes bulletins beaux gosses, mais ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi dans la mesure où je n’avais rien de confirmé sur le serveur APB. Quand je leur ai demandé qu’est-ce que je ferais à la rentrée dans le cas où je n’aurais rien la dame m’a tout simplement répondu : “au pire il faudra refaire une Terminale jeune homme”. Rien que ça ».
Etant donné que les écoles ont fermé leurs portes du 16 juillet au 24 août, il est tout de même parti dix jours en vacances avec sa famille. Cependant il a été obligé de les écourter d’une semaine, donc de payer un changement de billet d’avion, de manière à être présent cette dernière semaine d’août afin de recommencer sa tournée des écoles. « Moi qui pensais dire adieu au stress une fois mon bac en poche, rien du tout. C’est pire, je n’ai pas apprécié mes vacances. Je vois mes potes parler de leurs écoles, commencer à acheter leurs livres etc… moi j’en suis loin. Là c’est deux ans de lycée remis en cause. Deux ans où j’ai tout fait pour avoir un dossier irréprochable pour choisir mon orientation, tout ça pour rien ».
Par un communiqué, le 12 août dernier Najat Vallaud-Belkacem a affirmé que « tous les bacheliers auront une place au sein de leur académie ». Yanis a pris note de ce communiqué, mais il reste sceptique : « sans prétention j’ai un super bon dossier et je vais me retrouver là où il reste de la place, c’est dégueulasse parce que depuis qu’on est petit on nous dit de bien travailler à l’école pour choisir notre avenir, que du mytho ».
Sarah Ichou

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