Une fois les classes préparatoires terminées, vient le temps des concours. Si l’ambition de nombreux étudiants se tourne vers les établissements « d’excellence », le budget ne peut pas suivre pour beaucoup, reste le crédit, les parents, quelques bourses ou le renoncement. 

Après deux années de travail intense, les étudiants en classes préparatoires concourent pour les grandes écoles annonçant ainsi la fin, ou plutôt le début d’un nouveau chapitre. Si la question financière est inexistante au cours de la formation, elle peut se révéler problématique pour la suite. En effet, certains étudiants issus de milieux modestes doivent faire face aux sommes astronomiques demandées par les écoles (ces frais peuvent dépasser les 10 000 par an en fonction des écoles).

Dès lors, comment savourer sa réussite lorsqu’on est vite happé par la réalité de la vie et l’impératif financier. Si les moyens de paiement sont souvent aménageables, cela n’enlève rien à la pression que connaît l’étudiant. Les écoles de commerce comme Grenoble proposent aux étudiants de payer en plusieurs fois (trois ou quatre) durant l’année. Mais comment trouver 10 000 euros quand on dépend de la bourse sur critères sociaux ? Bien sûr, les étudiants peuvent compter sur le soutien des parents qui s’il est important reste parfois insuffisant. Le prêt bancaire peut être une solution. Les prêts étudiants sont devenus un produit que de plus en plus de banques développent.

C’est le cas de la banque postale qui propose aux étudiants un prêt pour financer leurs études allant de 1000 à 35 000 euros pour un taux d’intérêt à plus de 3%. Toutefois, cette perspective n’est pas très rassurante pour ces jeunes de 20 ans qui démarrent dans la vie avec un crédit sur le long terme et sans une réelle stabilité financière. Les classes préparatoires se veulent égalitaires et ouvertes à tous les élèves de milieux confondus. Pourtant, à l’issue des concours le constat n’est plus le même. Si pour une part des étudiants, l’aspect pécuniaire n’est qu’une formalité. Pour d’autres, il se révèle être une véritable source d’inquiétude.

Une étudiante en classe préparatoire économique et issue d’un milieu modeste m’a fait récit des difficultés rencontrées lors du financement de son école de commerce, Euromed. Elle commence par la mairie de sa ville, mais la réponse est négative. Après ce premier échec, l’étudiante se dirige au conseil régional d’Île-de-France en espérant avoir une subvention, mais une fois de plus, aucune aide n’est possible. Désemparée ; elle demande de l’aide à une assistance sociale d’un CROUS (Centre régional desoeuvres universitaires et scolaires). Cette dernière lui fait comprendre qu’elle ne pourra bénéficier d’aucun coup de pouce financier. En effet, d’après les dires de l’assistance sociale : « On ne peut pas aider un étudiant dans le financement de ses études, une subvention est accordée à l’étudiant lorsqu’il se retrouve dans des situations indépendantes de sa volonté : rupture familiale ou une situation financière très précaire… ». Elle a fait un choix, celui de faire une école de commerce, et pour cela, elle va devoir en payer le prix fort.

Doit-on réprimer nos choix d’études; s’autocensurer par manque d’argent ? Que fait l’État dans ce contexte d’inégalité ? Doit-on laisser l’argent dicter nos projets, nos ambitions surtout quand les alternatives sont minces? En effet, peu de cursus dans l’enseignement supérieur français proposent une formation équivalente aux écoles de commerce.

Si certaines écoles proposent des solutions et des aides pour le financement (Hec, Escp , Montpellier ou Essec), elles sont peu nombreuses. On peut d’ailleurs citer l’Hec, (Ecole des hautes études commerciales de Paris) qui est l’unique école où toute la scolarité des étudiants boursiers est prise en charge. De nombreux étudiants restent malgré tout livrés à eux-mêmes. Leur volonté d’excellence et de réussite est mise à mal.

On ne peux que souligner l’importance des économies, souvent réalisées par les parents, qui sont d’une aide cruciale dans beaucoup de cas. Cependant, il faudra trouver une solution pour les années à venir. Pour nombre d’étudiants, la question financière sera très vite écartée. L’étudiant pourra alors pleinement se consacrer à la poursuite de ses études sans le fardeau d’un prêt. Un prêt qui à l’heure actuelle semble inévitabe. Ce qui est bien décevant si cela est le prix à payer pour l’ambition ou tout simplement, le souhait de s’assurer un avenir.

Yannise Tchouankéa

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