« Je vous donne l’autorisation de vous rendre à l’assemblée générale. » Voilà ce que nous a dit notre professeur d’introduction au droit à 11 heures lundi matin, après que la directrice de l’UFR (Unité de formation et de recherche) nous en eut donné l’autorisation. Bien évidemment, on ne redit pas deux fois à des étudiants – qui plus est un lundi matin – qu’ils peuvent ne pas aller en cours. Aussitôt une meute se rue vers la sortie, en direction du bâtiment G où se trouve la fameuse AG. A peine arrivée, j’aperçois un amphi bondé, impossible d’entrer ou de voir quelque chose ; beaucoup font demi-tour, « de toute façon le vote, ce n’est pas maintenant », disent certains avant de tourner les talons. Moi-même je quitte les lieux pour retourner en cours, mais après confirmation de l’annulation de ceux-ci au profit de l’AG, je rebrousse chemin.

Retour au bâtiment G, je me glisse cette fois dans la foule et pénètre enfin dans l’amphi. Pas une place en vue, que l’on soit assis ou debout tout le monde est serré, nous devons être plus de 1500. Sur l’estrade s’amasse une vingtaine de personnes qui à tour de rôle s’adressent à l’assemblée pour dire, crier, réaffirmer leurs convictions. Il y a ceux qui défendent la loi sur l’autonomie des universités (objet du débat), ceux qui y sont opposés, ceux qui critiquent l’attitude des dirigeants de la fac, qui ont fait appel aux forces de l’ordre pour empêcher des étudiants de bloquer certains bâtiments, ceux, enfin, qui racontent un peu n’importe quoi. A chaque intervention se mêlent applaudissements et sifflets au grand bonheur des caméras de télévision.

« Le vote, c’est le vote que l’on veut, pas tous ces blablas », s’impatientent certains après deux heures de débat. « Un peu de patience, il faut que tout ceux qui ont voulu s’exprimer puissent le faire », rétorque celui que j’appellerai le speaker. Finalement, après plus de deux heures de palabres, à 13h30 précises se déroule le fameux vote à main levée, dont beaucoup contestent la forme et le principe. « Non, c’est n’importe quoi, on ne peut pas compter les voix correctement », crient des étudiants derrière moi. Le speaker énumère les différents thèmes liés au vote : « Que ceux qui sont pour l’abrogation de la loi lèvent la main ! » Inutile de compter, une majorité écrasante de mains se lèvent. Même majorité pour deux autres sujets concernant diverses manifestations, dont une devant le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Arrive le moment fatidique : blocage ou pas blocage de l’université ? « Que ceux qui sont pour le blocage de l’université lèvent la main !» Des « scrutateurs » se placent alors de part et d’autre de la salle pour compter les centaines de mains levées. Quelques minutes plus tard, à la question « Qui est contre le blocage de l’université ? », énormément de mains se dressent, dans le fond de l’amphithéâtre. Ça pousse de plus en plus car tout le monde veut voir sa voix comptabilisée. Certains crient «  on a gagné »  ou encore «  pourquoi compter c’est flagrant on ne veut pas de ce blocage ». Au bout de 5 minutes les résultats tombent, le blocage sera finalement reconduit, la majorité l’ayant décidé. « Non c’est trafiqué ce n’est pas possible », se plaignent les perdants.

Axelle Adjanohoun

Axelle Adjanohoun

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