La semaine dernière plusieurs lycées à Paris et en proche banlieue se sont mobilisés suite à la mort de Rémi Fraisse. Ce lundi matin, à Saint-Ouen et Saint-Denis (93), le mouvement a pris une autre ampleur.

Saint-Denis a déjà été le théâtre de telles scènes, dans son histoire plus ou moins récente. Mais les débordements de violence qu’a connus la plus grande ville du 93, ce matin, choquent toujours autant ceux qui en sont témoins. Vitrines cassées, téléphones volés, mobilier urbain détruit… Une demi-heure d’une intensité inouïe dont la ville gardait encore, dans l’après-midi, les stigmates.

A l’origine, un appel au blocus lancé par certaines associations lycéennes après la mort de Rémi Fraisse. « Franchement, je ne sais même pas qui c’est, Rémi Fraisse« , explique Mohamed, un lycéen. Le blocus ? « C’était pour mettre un peu d’action, quoi, et pour rater les cours, aussi. » Tout a commencé à l’aube. Comme à chaque fois, le blocus est préparé dès six ou sept heures du matin dans plusieurs lycées de la ville. L’objectif est d’empêcher l’ouverture des grilles de l’établissement avant la première heure. Des poubelles et des grilles sont rassemblées devant les portes des lycées. L’ambiance est bon enfant, pour des lycéens dont la satisfaction se résume alors peu ou prou à l’assurance de manquer une journée de cours.

Quelques minutes après neuf heures, ils sont plusieurs centaines à se regrouper devant chacun des établissements concernés :  Suger, Bartholdi, Paul Éluard à Saint-Denis, Cachin à Saint-Ouen… L’information circule, les lycéens échangent et en viennent à une aspiration commune, propagée par SMS : et si on se retrouvait tous dans le centre-ville ? Blocus 2.0.

Quelques minutes plus tard, des cortèges se forment. Pour aller où ? On ne sait pas trop. Pour faire quoi ? On n’en sait pas beaucoup plus. Pour dire quoi ? Décidément énigmatique. Mais bon, tout ce beau monde se retrouve libre dans la ville, un lundi en pleine journée. Cela vaut bien le coup d’être fêté. Tous ces lycéens, globalement nés entre 1995 et 2000, ont en tête les scènes d’émeutes qui émaillent régulièrement la Seine-Saint-Denis. Ils étaient jeunes pendant les émeutes de 2005, mais ils ont vu, parfois participé, aux débordements des différents 14-Juillet, 31 décembre ou autres occasions. Comme souvent à ces occasions, c’est une poignée de meneurs qui fait basculer la marche d’adolescents volontiers provocateurs.

En quelques instants, tout s’emballe. Devant certains lycées qui servent de lieux de regroupement, des poubelles sont brûlées, atteignant parfois les façades et les vitres. Sur le trajet du cortège improvisé, les vitres des voitures sont brisées. Certains coffres sont vandalisés. Des passants, croisés au hasard, sont agressés. Plusieurs d’entre eux s’y voient subtiliser leur téléphone portable ou autres affaires personnelles. Les lycéens, auxquels s’ajoutent petit à petit plusieurs jeunes des cités qui n’étaient pas à l’école ce jour-là, vandalisent de nombreuses enseignes de la rue commerçante de Saint-Denis.

La porte du supermarché Carrefour tente d’être enfoncée. Mais les vigiles baissent à temps le grillage, qui gardera seul alors les stigmates de l’instant. Les jeunes sont plusieurs dizaines à « casser ». Les autres filment, crient, rigolent, partagent en temps réel sur Vine, Snapchat ou Twitter. Certains s’éclipsent. « Je sentais que ça partait en freestyle, confirme Léna, en classe de seconde. J’ai préféré rentrer chez moi, je n’avais pas envie que ma mère me voie sur BFMTV.« 

Très vite, des effectifs très importants de police sont mobilisés. Camions de CRS et un hélicoptère viennent épauler les forces de l’ordre du commissariat local. Malgré les tensions, la « guerre mondiale« , comme l’appelle Rudy, un lycéen de 18 ans, connaît vite son armistice. Une demi-heure plus tard, le centre-ville retourne péniblement à la vie normale. Mercredi, les lycéens reprennent les cours à huit heures. Pour ceux aux vitres cassées, aux téléphones volés ou aux commerces vandalisés, la galère, elle, ne faisait que commencer.

Ilyes Ramdani

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