Pour beaucoup de jeunes Bondynois, ces deux mots représentent une véritable catastrophe, un dégât des eaux qui va les conduire à affronter l’autorité parentale pour les trois mois de cours où ils n’ont rien foutu. Le clash risque d’autant plus de tourner au massacre quand on sait que le bulletin scolaire est l’exutoire parfait pour les professeurs qui ont eu à subir tout un trimestre de facéties étudiantes ; ainsi se lâchent-ils souvent sur le feuillet sacré. « Insulte à l’Education Nationale », « de l’art de perdre son temps tout en gênant les autres » « semblent être en cours pour le chauffage», ses petites perles forment un maigre échantillon de ce qui m’est arrivé de voir sur les bulletins de mes camarades et des miens.

En cette période de fin des temps trimestriels, nos nobles fonctionnaires de la république reprennent tout leur prestige d’antan. L’enseignant bien sûr, dont le jugement va peser lourd sur les vacances de ses élèves mais aussi son messager de la destruction, son vicaire sur la terre Bondynoise et dans ses rues : le facteur ; épié dès la fin du conseil de classe, premier écho du cataclysme qui s’annonce.

Mes frères Bondynois sont passés maîtres dans l’art de pister l’agent des postes. Des plans de la ville avec les itinéraires de tous les postiers sont élaborés dès la sentence du conseil tombée. Le courrier arrivant plus tôt dans le nord de la ville, il est possible de faire des prévisions fiables pour l’après midi. Plusieurs éléments sont alors pris en compte (distance parcourue par le coursier, force motrice des mollets, bistrots présents sur l’itinéraire) permettant de calculer avec la précision d’un compas, l’instant T où on recevra la mauvaise nouvelle. But de la manœuvre : s’emparer de la maudite missive.

Une fois le bulletin détourné, deux choix s’offrent à nos jeunes écervelés : le cacher pour le lâcher à un moment moins propice à la tannée ; on ne sait jamais hein, le paternel peut gagner au loto dans les prochains jours; où le détruire. Dans ce cas précis, mieux vaut avoir une disquette (du bagou) assez aiguisée pour persuader ses parents que la poste, l’établissement, ou les extraterrestres sont les fautifs de cette disparition.

Bien sûr, pour un rat de grande puissance le bulletin scolaire n’a jamais été un problème. Car depuis la troisième déjà il sait en imprimer des faux, tamponnés grâce à un cambriolage éclair dans le bureau du CPE. Suffit ensuite de mettre à contribution tous ceux habiles à copier le style d’écriture si particulier de nos professeurs.

Mais mon expérience m’a depuis longtemps appris qu’on n’échappe pas si facilement au ceinturon et aux coups de claquettes filiales, surtout quand c’est mérité. Faire croire qu’on a le profil pour être médecin et qu’on se tape un 5,94 de moyenne au BAC déclenche généralement un phénomène chez l’autorité parentale que les gens de mon âge ont pu observer dans le dessin animé Dragon Ball Z : la puissance de la punition est décuplée sous le coup de la colère, le lancé de tong est plus précis, et on est parti pour des vacances au bled à se pendre aux arbres.

Idir Hocini.

Idir Hocini

Articles liés

  • Rentrée 2022 : dans le 93, des lycées vont craquer

    Une rentrée chaotique. Plusieurs lycées du 93 ont eu la surprise de voir leurs effectifs d’élèves passer de 24 à 30 dans les classes de première STMG. Le Bondy blog s’est rendu sur les piquets de grève qui essaiment dans ces établissements scolaires à Bondy et à Epinay-sur-Seine.

    Par Névil Gagnepain, Hervé Hinopay
    Le 06/09/2022
  • Les études en France sont-elles vraiment gratuites ?

    #BestofBB Alors que la précarité étudiante est de plus en plus visible et s'est accentuée avec la crise sanitaire, le 13 janvier, Emmanuel Macron a remis en question la "gratuité" des études à l'université. Mais est ce qu'étudier à l'université c'est vraiment gratuit ? Anissa Rami décrypte le discours du président de la République et donne la parole à plusieurs étudiant·e·s.

    Par Anissa Rami
    Le 02/09/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    #BestofBB Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 02/08/2022