Vendredi, 16 heures, au lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen. Ça sent la fin de semaine éprouvante. Elle nous fait patienter quelques secondes dans le couloir, le temps de régler un petit souci avec un de ses élèves. Elle nous fait entrer, souriante, accueillante, confortablement installée sur sa chaise à roulettes de bureaucrate, en cuir noir, et se dit « étonnée » de nous voir là. En effet, ni cours, ni demandes particulières ne nous amènent, Badrou et moi, dans cette salle. La philo, ce n’est pas encore pour nous. Nous voulions voir Carole Diamant, un point c’est tout !

La dame, en face de nous, « revient de loin », comme elle le dit souvent. Il y plusieurs années, Carole Diamant enseignait en Cote d’Ivoire, à l’invitation d’un ami. Elle y était allée « pour rigoler », pour vivre une expérience. Elle est restée trois ans dans le pays. Epanouissement. Puis retour en France. Mais Carole Diamant ne tourne pas le dos à l’Afrique. Elle y retournera « refaire la prof », sept ans durant. Elle a trouvé sa voie, l’enseignement. Sa carrière est lancée, consacrée à l’école. Elle veut transmettre son savoir, débattre avec ses élèves des thèses des plus grands philosophes et leur enseigner des textes religieux, tels que le Coran. Des élèves étonnés et visiblement conquis par cette façon de travailler.

« Je suis pas trop bavarde ? », s’inquiète Carole Diamant, qui interrompt son récit. Nous la rassurons : « Non pas du tout, au contraire. » Elle continue de nous conter ses débuts de prof pas très banale, avec toujours la même émotion. En 1992, elle intègre le cabinet de Bernard Kouchner alors secrétaire d’Etat sous François Mitterrand. Carole Diamant a en charge la communication. Les médias, elle les connaît par cœur. Eux et leurs méthodes parfois peu honorables. « La femme qui fut médiatique » connaît beaucoup des méthodes journalistiques.

Et puis, il y a le passage par la case télé. « Une amie m’avait invitée avec une de mes classes pour participer à une l’émission, « Field dans ta chambre » sur Paris Première, pour débattre d’un sujet que l’on avait abordé en classe. Quelques temps après, cette même amie me rappelle et me propose d’être chroniqueuse. Il fallait que toutes les semaines, je présente deux livres. » Elle hésite un peu, puis se lance. Elle réussit l’exercice avec brio. Chaque semaine, elle se retrouve autour de la table, face à des caméras, à débattre et analyser certains bouquins, qu’elle choisie elle-même.

Mais Carole Diamant n’oublie pas la poussière de la craie blanche qui crisse sur le tableau. En 2001, son lycée se lance dans un projet innovant, celui des conventions ZEP avec SciencesPo. Une convention qui permettra aux futurs bacheliers des lycées dit « sensibles » d’entrer dans la prestigieuse école parisienne. Elle s’implique avec une petite bande de collègues, mais regrette que ce projet « soit initiée par Cyril Delhay et Richard Descoings (directeur de Sciences-Po) et non par les lycée directement ». Comme si, au sein de la base, on refusait de croire à cette démarche.

Le projet évolue en 2005. Les classes expérimentales naissent. Des classes où l’on offre la possibilité aux élèves de voyager à l’étranger, où on leur ouvre l’esprit en organisant des sorties à l’Opéra, notamment. Carole Diamant devient aussi « Madame Tuteur ». Pour chacun des élèves de ces fameuses classes, elle tente de trouver un tuteur, de façon à ce qu’ils puissent découvrir le monde de l’entreprise. Des cadres de Bouygues aux journalistes, beaucoup de professionnels s’impliquent, obéissent, si l’on peut dire, à cette femme qui sait communiquer sa passion. La plupart des élèves sont réjouis.

Un jour, elle prend la plume. Beaucoup de choses à dire. Elle est remarquée par une éditrice, Liana Levi, lors de ses passages à la télé. « On s’est parlé pendant deux heures au téléphone. Moi, je lui ai raconté mon quotidien au lycée puis elle, son passé. A la fin, on s’est mises à pleurer. Elle m’a demandé d’écrire ce que je venais de lui raconter. J’ai hiberné tout un été pour travailler sur le livre. » « Ecole, terrain miné » sort.

On ne l’arrête plus. Cette année, elle enseigne pour la première fois à Sciences-Po, sans stress apparent. Des projets ? Elle n’exclut pas un engagement en politique. Mais là, son souhait, son envie, c’est d’écrire. « Un roman cette fois ! »

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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