Lorsque j’étais au collège, j’ai déjà vu un gamin vouloir frapper un professeur, un autre viré pour avoir sorti un couteau dangereusement. Le prof de musique remplaçant, lui, recevait des oeufs au tableau. Existait aussi le petit pont massacreur: celui qui avait le malheur de voir passer la balle de tennis entre ses jambes était coursé par toute la cour pour se faire tabasser. Le directeur adjoint à été gazé à la bombe lacrymogène, quant au proviseur, il dû expliquer à la RATP pourquoi le bus à été pris d’assaut par des collégiens (oui !déjà à l’époque ça existait ! mais c’était juste la mode des vitres caillassées). Les rdv pour des tête à tête à la sortie étaient courants. Selon le cours l’ambiance variait, ça allait du prof qui maîtrisait totalement son régiment, qui souvent était haut gradé dans l’ancienneté, au prof vachette dans l’arène sur lequel les collégiens planifiaient des stratagèmes pour lui donner le tournis. Celui-ci d’ailleurs était en général nouveau ou remplaçant. Mais quel que soit le prof, aucun ne possédait l’immunité contre son nom tagué sur un mur, avec un commentaire sympathique. Vu d’un élève, le collège était un lieu ou on se retrouvait plus pour se distraire entre nous avec n’importe quel support qu’un endroit pour étudier. Par contre pour les profs ça ne devait pas leurs sembler très amusant. Certains partaient d’une année sur l’autre, mais nous, on ne le remarquait même pas. Par contre, d’années en années, on remarquait que les nouveaux sixièmes étaient beaucoup plus « ouf ». Leur violence, leur insolence surprenait. Bref, des prof- flics essayaient de leurs mieux de nous aider, nous enfants pseudo-sourds et pseudo-aveugles. Et encore en matière de réputation on n’était pas les plus « chauds », le collège de Bondy Nord avait des histoires bien plus violentes. On considérait notre collège comme le troisième plus « chaud » de Bondy. 

Tout ça c’était avant qu’on gagne la coupe du monde. L’année dernière, en retournant à ce collège pour le bulletin de ma sœur en 6e, c’est en demandant aux professeurs si tout se passait bien que les professeurs me répondaient « NON, pas du tout !». A cause des élèves qui seraient devenus complètement fous. D’abord dans la classe, impossible de faire cours, ni de contrôle. Le silence est quasiment impossible, les élèves sont déchaînés, les sanctions ne leur font pas peur. D’ailleurs, rien ne leur fait peur. J’apprends même qu’il arrive fréquemment à ma sœur de se battre en classe. Mais le cas de la classe n’est pas un cas isolé, d’après les profs, il est généralisé à tout le collège. Tous les profs auraient demandé leurs mutations pour l’année suivante. Tous, même mes anciens profs que je croise me disent que le collège a beaucoup changé, et qu’ils n’en peuvent plus. Des gamins se sont fait attraper en train de vouloir mettre le feu au lycée, les voitures des profs ont été vandalisées, des vitres de classes brisées. Et les émeutes de novembre dernier les ont beaucoup inspirés… Les cours ont même dû s’arrêter une journée pour cause de violence à répétition.

La montée de la violence et la dégradation des comportements des plus jeunes ne cesse d’avancer. Il est totalement compréhensible qu’un enseignant préfère travailler avec des élèves plus calmes, dans des collèges plus tranquilles, qu’on peut trouver à quelques kilomètres, mais qui par contre est dans un quartier pavillonnaire. Donc forcément, les profs demandent leurs mutations.

Chou Sin

Chou Sin

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