L’ambiance dans l’établissement s’est dégradée depuis la suppression d’un poste de CPE. Les surveillants, en conflit avec leur direction, se sont mis en grève très vite suivis par les professeurs.

Derrière la belle façade en brique rouge du collège Henri Sellier de Bondy bouillonne un ras le bol général. « Quasiment 100% du personnel suit la grève » affirmait Pierre, professeur d’histoire-géo. Insultes, bagarres et autres incivilités se multiplient dans l’enceinte de l’établissement. Certes, c’est malheureusement plus ou moins le lot quotidien de tous les collèges de France. Après tout, même à Neuilly, on en trouve du petit zazou pour dire « diantre » ou « zut » à la prof. Mais dans les Hauts-de-Seine, le bras de la justice scolaire ne tarde guère à s’abattre tout collant sur la tête du malappris.

Le problème à Henri Sellier, c’est le sentiment d’impunité qui s’est développé chez certains petits rebelles à l’autorité professorale. Car dans ce collège, il n’y a qu’un conseiller principal d’éducation pour 500 élèves. Un CPE, dans le monde confiné d’un établissement secondaire, c’est un peu le juge d’application des peines. Avec 500 personnes sous sa juridiction, les grévistes estiment qu’il est impossible pour leur unique conseiller de faire un suivi correct de ses « justiciables ».

Depuis deux ans, les enseignants ont alerté le rectorat sur ce fait. C’était en 2011. Cette année, un poste de CPE a été supprimé. Depuis, la situation s’est dégradée car de nombreux incidents ne sont plus sanctionnés: « Un jeune homme était sur le point de mettre un coup de poing à la CPE. Un autre élève a insulté la dame à l’accueil« , affirme Alban prof d’EPS, en réponse à mes demandes d’exemples.

« Un problème qui doit être pris à bras le corps par toute l’équipe pédagogique« , renchérit Pierre,  le prof d’histoire. Ce n’est pas ce qui a été fait apparemment. La direction juge que si la discipline n’est pas respectée dans le collège  c’est de la faute des surveillants, accusés de ne pas bien faire leur boulot. « Les surveillants se sont vus reprocher un tas de choses de façon injuste, avec des méthodes choquantes, comme des menaces de ne pas renouveler leurs contrats s’ils ne faisaient pas ce qu’on leur disait« , raconte Pierre.

Jugeant qu’ils n’ont pas une tête à chapeau, les dits surveillants se sont mis en grève presque unanimement suivis par les professeurs. Nasser, professeur de sport, a rejoint le mouvement par « solidarité envers le personnel de la vie scolaire car c’est tous ensemble qu’on arrivera à rétablir la situation, pour le bien de l’établissement et des élèves surtout« .

En économie du bonheur, on dit qu’un des facteurs qui influence le plus cette douce sensation subjective, c’est la comparaison avec le voisin. Logique, les Français se comparent aux Suisses, pas aux Botswanais. Le collège Pierre Brossolette, à un jet de pierre d’Henri Sellier, dispose de deux CPE pour 430 élèves. Moins d’élèves, plus de CPE = sentiment d’injustice.

Malheureusement, la grève a peu de chance d’aboutir à l’envoi d’un deuxième conseiller d’éducation selon les confidences de l’inspecteur envoyé par le rectorat. Cependant, les grévistes ont le sentiment d’avoir obtenu des avancées : grâce à la grève, le travail des assistants d’éducation a été reconnu et, déjà, les relations avec la direction ont pris un autre ton.

La grève a pris fin au collège Henri Sellier, vacances obligent, apportant un repos salvateur pour l’éducateur ainsi que l’espoir d’une rentrée pleine de bonnes résolutions pour la poignée d’élèves qui engrainent les autres à mettre le boxon. Ils regretteront quand ils auront mon âge, qu’ils seront aux Assedics, et que Barilla et Panzani seront leur plus fidèle compagne au dîner du réveillon.

Idir Hocini

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