Au début de l’année 2001, jugeant que si la démocratisation de l’accès à l’école était dorénavant acquise dans notre pays, le directeur de Sciences Po Richard Descoings constatait cependant que l’égalité face à la réussite scolaire « était en panne » puisque 81% des admis chez lui en première année étaient issus des catégories sociales supérieures (chiffre de 1998). C’est pourquoi, une diversification du recrutement de l’IEP de Paris était proposée par la mise en place d’une nouvelle procédure d’admission. L’Hebdo, quand il était à Bondy, a parlé deux fois de ce sujet: le 8 janvier et le 12 janvier.

Adoptée par le conseil de direction de l’IEP de Paris le 26 mars 2001, la réforme était diversement accueillie par les enseignants de l’Institut, par les autres grandes écoles mais bénéficiait du soutien explicite du Ministre de l’Education nationale de l’époque, Monsieur Jack Lang : « Je ferai tout pour que ce projet pousse la réflexion et suscite des retombées et des émules. Il a permis de secouer la poussière. » (Le Monde 27 mars 2001).

Depuis cette date, beaucoup d’encre a coulé et le concept de discrimination positive a fait florès.

Par arrêt du 6 novembre 2003, la Cour administrative d’appel de Paris a validé, toujours à titre expérimental, la procédure de recrutement dérogatoire au concours à Sciences Po Paris à destination des meilleurs bacheliers issus de certains quartiers défavorisés et ayant satisfait aux épreuves du dispositif Convention Education prioritaire. Ces lycéens doivent effectuer leur scolarité dans des lycées classés en zone ou réseau d’éducation prioritaire, en zone sensible ou en zone de prévention violence et dont la population scolaire compte une proportion d’élèves provenant de catégories socioprofessionnelles défavorisées supérieure à la moyenne nationale.

Cette procédure de recrutement repose sur des équipes enseignantes particulièrement impliquées et volontaires. J’en sais quelque chose, je les ai vu à l’œuvre !

Dans le cadre d’une préparation rigoureuse, chaque élève réalise un dossier de presse et s’initie à la rédaction de notes (note de synthèse, note de réflexion). Il présente ensuite son travail devant un jury composé de professeurs mais aussi de personnalités de la « société civile » (anciens élèves de l’Institut d’études POLITIQUES IEP, responsables politiques, entrepreneurs). S’il est déclaré admissible, il subit, à Sciences Po cette fois, l’exigeante et sélective épreuve d’admission qui consiste en un entretien de 30 à 40 minutes face à un jury composé d’hommes politiques, d’universitaires de chercheurs et de chefs d’entreprises. Le jury ne juge pas tant la culture du candidat que sa curiosité, sa capacité à argumenter et à raisonner, en définitive son potentiel. Cette procédure d’admission complète un concours efficace mais socialement discriminant. Une fois admis à Sciences Po, les étudiants issus des ZEP bénéficient certes d’un suivi pédagogique renforcé en particulier dans les premiers mois mais suivent exactement la même scolarité que les autres étudiants.

Les premiers diplômés issus de ces conventions ne devant sortir qu’en 2006, il est encore trop tôt pour porter un jugement sur le dispositif, cependant le succès ne fait guère de doute. Sciences Po a constaté que les « ZEP » (élèves issus d’un lycée classé ZEP) se sont à la fois très bien intégrés et qu’ils passent sans difficulté en année supérieure; leur taux de réussite durant leurs études est identique à celui des étudiants admis selon la voie traditionnelle. L’IEP de Paris peut donc considérer qu’il est en passe de réussir la démocratisation de son recrutement (en 2003, on a constaté que 2 élèves sur 3 admis selon le dispositif CEP étaient des enfants d’ouvriers ou d’employés).

Samedi 1er avril, dix huit élèves du lycée Jean Renoir de Bondy ont passés l’oral d’admissibilité. Dix ont été déclarés admissibles. J’ai moi-même l’honneur de faire partie de ceux-là. J’ai dû défendre mon dossier de presse qui porte sur le thème de la colonisation, pendant une vingtaine de minutes. Après mon exposé, le jury composé de 5 personnes m’a posé des questions sur mon sujet mais aussi sur mes motivations à intégrer Science po.

La prochaine étape, le Bac, sera difficile à passer, surtout avec les retards pris dans les programme à cause de la crise du CPE. Cependant, les enseignants ne découragent pas. Leur dernier mot d’ordre : OBJECTIF BAC AVEC MENTION.

Par Sada Fofana (la seule à ne pas figurer sur la photo)

Sada Fofana

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