Leur lutte a payé. Mobilisés depuis plusieurs jours, les élèves du lycée Louise-Michel à Bobigny ont finalement obtenu le report des épreuves de contrôle continu du baccalauréat, qui devaient se tenir à partir de lundi. Sur place, jeudi et vendredi, c’était bien le mot d’ordre répété ici et là.

Ils sont une centaine, ce jeudi matin, à former un cercle compact devant l’entrée de l’établissement. Difficile de se frayer un chemin à travers cette masse humaine. On finit par entrevoir une jeune fille saisir un haut-parleur et se mettre à chanter : « Jean-Michel Blanquer, ministre autoritaire, on veut pas passer ton bac ! » Un blocus formé de barrières en métal a été installé, des élèves sont montés sur des poubelles juste devant l’entrée du lycée. « Viens, on va aider le mouvement ! », entend-on ici et là.

Dans un concert de cris et de paroles bruyantes, une élève tente de se faire entendre. Elle hurle au haut-parleur pour galvaniser la foule : « Aujourd’hui, je parle au nom de tous les élèves et des délégués de Louise-Michel ! On a besoin de vous ! S’il vous plaît, rapprochez-vous ! On doit se faire entendre ! » Son intervention provoque une vive acclamation de ses camarades. Un vent d’insurrection souffle incontestablement contre la nouvelle formule du bac, entrée en vigueur cette année.

Guluzar, une lycéenne de Louise-Michel

Les parents et les profs en soutien

Une mère de famille présente à ses côtés embraye : « On vous soutient, on est là pour vous. Les parents sont présents, quelques- uns travaillent, mais on est là ! » Les applaudissements fusent. « Les gens sont vraiment remontés et déterminés », glisse Oumaïma, une des élèves en pointe de la lutte. Cela fait plusieurs jours que la colère monte à « Louise » : comment passer des épreuves déterminantes pour le bac alors que le mouvement social a privé les élèves de cours de maths ou d’anglais pendant un mois, alors que le programme et la forme des épreuves sont longtemps restés dans le flou ?

« La réforme a été mise en place à l’arrache, c’est totalement anarchique !, s’enflamme Oumaïma. Nos professeurs nous ont dit, dès le début de l’année, qu’ils manquaient d’informations par rapport aux E3C. La date devrait être connue depuis très longtemps. » Comme ses camarades, la lycéenne martèle : « Nous ne sommes pas prêts ! »

Une position que partagent les professeurs, à l’instar de Mathieu : « Nous sommes ici pour soutenir nos élèves. Ils se rendent compte à quel point ce nouveau bac est un moyen de les sélectionner dans la perspective de Parcoursup. Nos élèves savent que ces épreuves s’inscrivent dans une réforme du lycée que nous avons combattue et que nous continuons à combattre. »

En filigrane, tous dénoncent ce nouveau bac qui instaure le fameux « bac local », une critique que l’on entend de lycée en lycée. « Un 14 à Bobigny aura toujours moins de valeur qu’un 14 à Paris, souffle Charlotte, une autre enseignante. Ça dévalorise aussi notre métier. On pensera inévitablement que les profs de Bobigny surnotent leurs élèves. »

Vendredi matin, la tension puis la délivrance

Autant de raisons qui ont poussé les lycéens à poursuivre et durcir le mouvement. Ce vendredi, l’établissement a été de nouveaux bloqué et des poubelles incendiées. Un noyau d’élèves avait même entrepris d’entrer par effraction dans l’établissement pour s’y faire entendre. Finalement, une réunion de crise a été organisée entre la direction de l’établissement, les enseignants et des représentants des élèves et le personnel du lycée a réussi à faire redescendre la tension.

« Ça a failli dégénérer. On nous a demandé de réunir dix élèves de première et terminale pour aller rencontrer le proviseur », raconte Oumaïma. Là, le chef d’établissement leur a annoncé sa décision de reporter les E3C à la rentrée, la semaine du 24 février. La négociation a ensuite achoppé sur la question du bac blanc des lycéens de terminale. Contrairement à ce que réclamaient ces derniers, les épreuves auront bien lieu mais les élèves ont obtenu qu’elles ne soient comptabilisées que dans les bulletins du troisième trimestre, afin de ne pas compromettre leurs dossiers Parcoursup.

De son côté, le rectorat n’a pas répondu pour l’heure à nos sollicitations.

Hervé HINOPAY

Crédit photo : Coline BEGUET (Speos)

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