« C’est une rentrée particulière face à la crise sanitaire. Les adultes sont dans l’obligation de porter un masque, c’est assez difficile en maternelle car nous lisons, chantons beaucoup et l’entrée dans la phonologie se fait plus difficilement » déclare Fanny. La noiséenne de 23 ans a débuté en septembre dernier en tant que remplaçante dans une école maternelle de Vitry-sur-Seine. Avertie de son affectation seulement à la veille de la rentrée, elle et ses collègues ont déjà eu à mettre en place différents protocoles sanitaires dans l’établissement.

« Depuis la rentrée scolaire, nous avons lu plusieurs protocoles à respecter dans l’école, mais celui-ci change sans arrêt ! Aux dernières nouvelles si un enfant est positif au Covid il peut quand même venir à l’école. Au vu du contexte et du nouveau protocole sanitaire de nombreux collègues appréhendent d’aller travailler » raconte la jeune enseignante.

Une formation tronquée pour un quotidien difficile 

Cette appréhension, Lucie l’a également ressentie à la veille de la rentrée. Elle qui durant sa formation n’a travaillé qu’auprès d’élèves de maternelle s’est retrouvée avec une classe de CM2, elle explique : « De nature très angoissée, cette affectation m’a valu de belles nuits blanches. C’est brutal : du jour au lendemain, on vous annonce que vous devez prendre en charge 27 enfants, qui ne sont pas vos élèves, qui sont en CM2, un niveau que vous ne connaissez pas, que vous n’avez jamais côtoyé et, par-dessus tout, un niveau pour lequel vous n’avez pas envie d’enseigner » détaille la jeune prof qui enseigne à Mitry-Mory en Seine-et-Marne.

Elle poursuit : « Pendant la formation on nous prépare à toutes les éventualités, à prendre en charge tous les niveaux de classe mais il est compliqué de se projeter et l’expérience en classe est tout autre ». Au sein de son établissement le protocole sanitaire est respecté à la lettre : lavage des mains systématiques, entrée et sorties échelonnées. « Nous essayons de respecter au maximum le protocole sanitaire. Par exemple, le lavage des mains est obligatoire en arrivant à l’école (l’entrée échelonnée mise en place pour permettre à tous les élèves de passer aux toilettes) ainsi qu’avant et après les récréations. Des lingettes et du gel hydro alcoolique nous ont être distribué en début d’année pour permettre une désinfection quotidienne. » décrit l’enseignante qui aurait préféré se concentrer sur sa formation que le protocole sanitaire.

Les jeunes enseignants stagiaires face à l’impossibilité de la classe à la maison

Pour ces trois jeunes femmes la dernière année de formation a été très perturbée par la crise sanitaire dès le mois de mars. Alors qu’elles devaient jongler entre leur poste d’alternante à l’école et les cours, le confinement est venu mettre à mal leur dernière année de master. Estelle raconte :

Durant le confinement, j’ai eu très peu de cours à distance provenant de professeurs de l’ESPE. J’ai dû avoir 5-6 cours maximum. Nous étions un peu abandonnés dans cette deuxième année de master. 

Cette dernière est désormais professeure en classe de CE1/CE2 dans sa ville en Seine-et-Marne également. La villeparisienne de 24 ans a galéré un temps à assurer la continuité pédagogique des élèves qu’elle avait à charge l’année dernière : « Au début c’était la panique, je ne savais pas comment faire, quoi faire, il fallait récupérer les adresses mail de tout le monde. Nous devions donc contacter chaque famille ce qui a parfois pris beaucoup de temps. Certains apprentissages étaient difficiles à faire à distance. Parce que les apprentissages passent de plus en plus par la manipulation et les parents ne disposent pas forcément de matériel adapté pour cela à la maison. » se souvient-t-elle

Pour Estelle, le confinement et l’enseignement à distance a aussi accentué des difficultés sociales présente chez certains parents d’élèves : « Dans l’école où je me trouvais, de nombreux parents ne parlaient pas forcément français ce qui était donc compliqué parfois pour les apprentissages ou encore la communication. D’autres encore n’avaient pas d’accès à internet, nous devions donc déposer les photocopies à l’école pour que ces derniers puissent venir les récupérer. Je trouve que nous avons vraiment été livrés à nous même. »

Les jours passant, la continuité devenait de plus en plus dure à assurer : « Plus le temps passait et moins les élèves et parents étaient impliqués. À la fin je n’avais qu’un retour d’élève sur 25 par jour. C’était assez décourageant car j’essayais pourtant de donner des choses assez interactives et qui passent par le jeu afin que cela leur paraisse plus ludique. ».

Un protocole sanitaire presqu’impossible à faire respecter

Contrairement à Lucie et Fanny, la situation sanitaire dans l’établissement où exerce Estelle est beaucoup plus critique. Entre le brassage d’élèves, et l’arrêt des prises des températures, le pire est à craindre : « La distanciation entre les élèves n’est pas possible à respecter dans la classe. Elle ne peut l’être non plus dans la cour de récréation car les élèves sont brassés entre eux, lors de la cantine tous les élèves sont mélangés » détaille la jeune femme.

« Au début nous prenions la température de chacun de nos élèves mais cela nous a été refusé quelques jours après. Nous savons d’autant plus que la plupart des parents ne prennent pas la température de leurs enfants le matin avant de les mettre à l’école. » 

D’autant plus que l’allègement des mesures sanitaires annoncé, à la mi-septembre, par le ministre de l’éducation n’a pas arrangé les choses : « Nous avons décidé de faire 4 passages aux toilettes dans la journée pour se laver les mains. En effet cette obligation a été retirée du protocole sanitaire mais nous avons jugé important d’aller se laver les mains le matin en arrivant, après les récréations et au retour de la pause méridienne. Le fait que le protocole ait été allégé n’est pas très rassurant, plus de lavage de mains obligatoire, plus de distanciation entre les élèves d’une même classe, entre les classes entre elles». 

Lucie, Fanny et Estelle se souviendront de leur première année en tant que professeur titulaire en temps de Covid. Les trois enseignantes confirment toutes les trois avoir, en l’espace de quelques mois, développé des faculté d’adaptation insoupçonnées. Reste à savoir maintenant si ces capacités d’adaptation seront éprouvées en classe, ou à la maison une nouvelle fois.

Felix Mubenga

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