Difficile de trouver un emploi ou une formation après un décrochage scolaire. Bruno, Mohamed* et Sarah*, trois élèves de l’école de la deuxième chance (E2C) de Rosny-sous-Bois, nous racontent comment ils ont rebondi après avoir quitté les bancs de l’école. Récit.

« J’étais bon élève, c’est ça qui est dommage », confesse Mohamed, 19 ans, quand il évoque son décrochage scolaire. Le jeune élève venait d’obtenir une mention au brevet mais choisissait de ne pas faire sa rentrée au lycée. « Ça ne me disait plus rien », explique-t-il. Ses parents, croyants, lui proposent alors de partir étudier le Coran à l’étranger. « Ils ne m’ont pas forcé mais comme ils croient en Dieu, ils se sont dit que tout irait bien à mon retour« , raconte celui qui s’est alors envolé pour l’Égypte et la Mauritanie durant deux ans.

« Quand tu as 16 ans, c’est facile de te faire changer d’avis »

Si Mohamed a quitté le système scolaire avec au moins un diplôme en poche, ce n’est pas le cas de Sarah qui, trois mois avant les fameuses épreuves, a arrêté d’assister à ses cours. « Je savais que j’aurais eu tout faux », se justifie-t-elle. La jeune femme, âgée aujourd’hui de 19 ans, choisit de suivre ses amis sécheurs. Souffrant d’un manque de confiance en elle presque maladif, elle se réfugie dans l’amusement pour fuir ses responsabilités. « J’avais la phobie des cours, je ne m’y sentais pas à l’aise. Mes résultats étaient catastrophiques, mon comportement aussi », admet celle que ses professeurs disent capable mais involontaire. De nombreuses querelles avec son prof de maths auront eu raison de sa détermination. « Je devais me tenir droite, ne pas parler ou encore ne pas jouer avec mon stylo sous peine d’être virée de cours. Ce qui m’arrivait du coup tout le temps », avoue la jeune femme, qui vit actuellement avec son père, à Romainville.

« Une conseillère d’orientation m’a dit de ne pas faire un bac pro d’informatique car je risquais de ne pas être embauché par la suite », raconte Bruno, jeune Portugais de 20 ans. Arrivé en France, à Rosny-sous-Bois précisèment, il y a trois mois pour reprendre ses études, le garçon obtient un bac pro mécanique qui ne lui servira jamais. C’est la conseillère qui lui avait indiqué que c’était une belle voie pour lui étant donné qu’il « aimait les voitures ». Retour alors au point de départ alors qu’il ne se voyait pourtant pas faire de longues études. « Si je la revoyais, je lui dirais de changer de métier », plaisante à moitié Bruno qui regrette sa décision prise trop jeune. « Quand tu as 16 ans, c’est facile de te faire changer d’avis », lâche-t-il amer.

L’E2C pour (re)trouver sa voie

Les trois jeunes sont sortis du système scolaire pour diverses raisons. Si Bruno possède le diplôme du baccalauréat, ce qui ne fait donc pas de lui un décrocheur scolaire, il ne se voit cependant pas entrer dans la vie active pour exercer le métier de mécanicien, profession qu’il n’affectionne pas. Le problème est donc le même : se raccrocher. Une priorité pour l’Education nationale qu’on a pourtant grillée à Sarah. Quand celle-ci rate son brevet, son collège refuse de la faire redoubler, faute de place. On lui propose d’entrer en SEGPA ou de l’affecter dans un lycée général mais qui a mauvaise réputation. Elle refuse car elle n’a ni besoin d’un enseignement adapté ni le diplôme nécessaire pour entrer dans ce qu’elle nomme « la cour des grands ». Tout ce qu’elle demande, c’est le droit de redoubler.

Mohamed, lui, est rentré en France l’an dernier pour travailler en tant que livreur de pizzas et ainsi passer son permis. « J’avais plus besoin d’argent que de reprendre le lycée », indique-t-il. Parallèlement, le jeune homme, qui vit toujours chez ses parents à Montreuil, décide de se remettre sur la voie de la formation en se rendant à la mission locale de sa ville. Bruno et Sarah suivent la même démarche que lui. C’est à la mission locale qu’ils entendent parler de l’école de la deuxième chance (E2C) de Rosny-sous-Bois, dispositif leur permettant de faire des stages et de se remettre à niveau pour trouver une formation ou un emploi.

Bien qu’elle rêve en secret d’être avocate, Sarah ne compte pas reprendre le chemin des études : « Quand je vois un lycée, je change de trottoir ». Pour l’instant, la jeune femme apprécie le fait de pouvoir réaliser des stages dans différents domaines et de se remettre à niveau grâce à l’E2C car avec le temps elle a « oublié beaucoup de choses ». Même son de cloche du côté de Mohamed : avec l’E2C, il obtiendra son BAFA d’ici la fin de l’année et sera directement recruté pour devenir animateur en centre de loisirs. Si Bruno a fait le choix de l’école de la deuxième chance, c’est surtout pour la remise à niveau en français. Même si le système d’alternance de l’école (stage/remise à niveau) n’est pas optimal pour lui, le jeune Portugais veut se donner toutes les chances d’intégrer une école pour suivre des études informatiques : « Il y a plein de choses que je n’ai pas apprises mais je n’ai pas de regrets. Ce sera plus dur, mais je cherche juste une formation qui m’ouvre des portes ». Cette deuxième chance l’aidera à forcer la serrure.

Oumar DIAWARA

Crédit Photo : Anne-Claire Dufour

*prénoms modifiés

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